Le père d’Elif, victime liégeoise des attentats: «Nous sommes honorés par ce soutien»

Des centaines de personnes se sont rassemblées à Liège ce mardi pour rendre hommage aux victimes du terrorisme. Parmi la foule, des proches d’Elif et Milko, les deux victimes liégeoises.

Benjamin Hermann

Des jeunes, des vieux, des musulmans, des cathos, des athées, des blacks, des blancs, des beurs, des politiques, des anonymes, peu importe qui: ce sont des centaines de personnes qui se sont rassemblées ce mardi à 17h30 à Liège, au pied du Perron, face à l’hôtel de ville.

Elles voulaient rendre hommage aux victimes du terrorisme, à Paris, au Liban et partout dans le monde. Messages de paix, de soutien aux proches des victimes, d’amour pour la liberté étaient affichés, tandis que de la musique parisienne était diffusée sur la place du Marché.

«Je suis ici pour les victimes de Paris et du Liban, pour un message de paix, contre les amalgames, parce que j’ai une pensée pour toutes ces personnes qui ont perdu la vie, je suis contre le terrorisme… J’avais vraiment pas mal de raisons de venir», nous explique une jeune dame dans l’assemblée.

«Au quotidien, plein d’actes terroristes touchent des milliers de personnes à travers le monde. En fait, vendredi, cela s’est rapproché de chez nous. On ressent la même terreur que d’autres, qui fuient leur pays au quotidien…», glisse pour sa part Laura, faisant un lien avec l’actualité des migrants

C’est donc dans une atmosphère à la fois lourde et de résistance à la teneur que s’est tenu ce grand rassemblement.

Une émouvante Marseillaise

Sur le coup de 18h, une minute de silence a été observée, suivie par une Marseillaise interprétée par les cuivres de l’Orchestre philharmonique royal de Liège et chantée par le public.

Parmi la foule se trouvaient les familles et les amis de Milko Jozic et Elif Dogan, un couple liégeois qui était monté à Paris voici plusieurs mois, et qui a perdu la vie vendredi soir.

«Nous sommes très honorés par ce soutien populaire», nous a confié Mustafa Kemal Dogan, le papa d’Elif, quelques minutes après la Marseillaise. «Au-delà du décès de ma fille et de son compagnon, de toute la douleur que l’on ressent à cause de ces actes de barbarie, je dois dire que tous ces messages de soutien font du bien. De très nombreuses personnes sont venues ce soir. La Ville, la Province, les Liégeois: tout le monde a fait ce qu’il fallait pour nous venir en aide. Nous tenons vraiment à les remercier.»

«Elif aurait voulu qu’on vienne avec un verre de vin»

Un verre de vin rouge à la main, une clope au bec et, comme de nombreux amis, un t-shirt affichant la photo d’Elif et Milko: Laurent Bauduin était un proche ami de la Liégeoise. C’est donc tout naturellement qu’il s’est joint à la foule ce mardi en début de soirée, pour rendre hommage aux victimes.

Le père d’Elif, victime liégeoise des attentats: «Nous sommes honorés par ce soutien»

Laurent Bauduin, des centaines de personnes sont présentes pour ce rassemblement. Cela fait du bien?

Oui, c’est touchant, cela fait du bien de voir qu’autant de monde se recueille. C’est la première fois que je suis touché d’aussi près par un événement pareil.

À quel point connaissiez-vous Elif et Milko?

Elif, je la considérais vraiment comme ma meilleure amie. J’étais encore à Paris, dans leur appartement, il y a trois semaines. Il était prévu que j’y retourne la semaine prochaine. Nous étions vraiment très proches.

Comment avez-vous vécu la soirée de vendredi et les derniers jours?

D’abord, on ne réalise pas. Je me suis réveillé à midi le samedi, après une petite soirée arrosée, du même type que celles qu’on avait l’habitude de faire avec Elif, justement. J’avais plein de messages qui me demandaient si j’avais des nouvelles d’elle.

Les premiers messages qu’on lui a envoyés, c’était “allez, réveille-toi de ta cuite”. Et puis à 14h, le drame: on a appris la nouvelle. Il a fallu un peu de temps pour réaliser. Maintenant, il faut accepter, on ne les reverra plus.

Vous êtes venu avec un verre de vin… C’est l’image d’Elif que vous voulez garder?

Elif était une fille épicurienne, qui adorait faire la fête. Elle aurait voulu qu’on vienne aujourd’hui avec un verre de vin, qu’on pense à elle en lui disant “santé ”. C’est ce message-là qu’on veut faire passer, toujours avec le sourire, parce qu’elle avait toujours le sourire aux lèvres.