Inondations: L’amertume et les larmes de la bourgmestre d’Esneux

La bourgmestre est venue livrer un témoignage plein d’amertume aux députés wallons. Très émue en évoquant ces jours pénibles de juillet, elle a éclaté en sanglots.

Alain Wolwertz
Inondations: L’amertume et les larmes de la bourgmestre d’Esneux
Laura Iker, la bourgmestre d’Esneux, reste très marquée par les inondations. Elle a craqué devant les députés wallons.

Grosse émotion ce vendredi après-midi lors de l’audition de Laura Iker, la bourgmestre d’Esneux devant la commission parlementaire wallonne sur les inondations de juillet dernier.

La bourgmestre, dont la maison a aussi été sinistrée, a énuméré le déroulé des événements entre le 13 et le 16 juillet, journées et nuit dantesques dans sa commune lors desquelles 4 de ses concitoyens ont perdu la vie tandis qu’un autre est toujours porté disparu. L’Ourthe ayant atteint des débits et hauteur d’eau jamais vus tandis que son lit, à certains endroits, s’est élargi de plusieurs centaines de mètres, a-t-elle rappelé.

Il y avait beaucoup d'amertume dans les propos de la bourgmestre esneutoise. Si elle s'en est d'abord tenue à un rappel précis, heure par heure, de la manière dont elle a géré la crise, vaille que vaille, avec ses équipes, elle ponctuait régulièrement ses explications d'un: "Et toujours aucune information ou recommandation reçue" de la part des autorités supérieures, provinciales en l'occurrence.

Au début de la crise, le 13 juillet vers 3 heures, c’est même une voisine qui la réveille en pleine nuit pour lui dire que l’eau monte et arrive dans les maisons.

Déjà, le numéro 112 est injoignable. Et lorsqu'elle parvient à joindre les pompiers via un autre numéro, elle se fait proprement remballer, dit-elle. "Ce n'est pas parce que je suis bourgmestre que cela va changer quelque chose. Je dois suivre la procédure et téléphoner au 112, me dit-on. Je ne demandais même pas une intervention, mais simplement qu'on prenne note de la situation afin d'assurer un suivi…"

La suite de la crise? Lorsqu'elle parvient à quitter sa maison, c'est avec une poignée de personnes qu'elle tente de la gérer: le fonctionnaire planu (planification d'urgence), un échevin, le chef des travaux, le président de CPAS et quelques autres. "Et toujours aucune information ou recommandation reçue… "

"La détresse était absolue, tant chez nos citoyens qui nous appelaient pour demander de l'aide que dans notre chef qui faisions un constat d'impuissance", dira-t-elle en éclatant en sanglot. "Et toujours aucune information ou recommandation reçue…"

Gestion des appels téléphoniques de la population, décisions d’évacuations (notamment les personnes d’un home avec des 4x4 à travers les bois), ouverture de lieux d’accueil pour les sinistrés,… Les premières heures de la crise ont été gérées par une poignée de personnes de la commune dans un sentiment d’abandon total, raconte la bourgmestre.

"Et toujours aucune information ou recommandation reçue… "

Ce n'est que le 15 juillet que tombe le premier courriel des services du Gouverneur de la Province: "On nous demande d'avertir la population d'éviter les déplacements inutiles…"

entre-temps, des pompiers sont arrivés. Mais les accès sont impossibles, la commune est coupée en deux, "ils ont des bateaux avec des moteurs de 5 chevaux qui sont totalement inadaptés. On évacue avec l'aide la population, avec des jet-skis…"

Calme, mais très émue, Laura Iker terminera son audition en donnant quelques pistes constructives pour que, si une telle crise venait à se reproduire, la coordination de l’aide, les moyens pour la mettre en place et, surtout, une communication efficace soit cette fois au rendez-vous.

"Parce que nous, on n'a rien reçu. Rien, nada! "