L'assassin court toujours

Quatre personnes seront arrêtées, mais rien ne sort. On cherche toujours l'assassin de Denis Lebrun.

Dès le surlendemain du crime, le juge d'instruction, M. Lecrenier, fait comparaître tous les habitants du hameau de Pavillonchamps. Cette série d'interrogatoires entraîne une double arrestation, celle d'Albert Dubois, et un certain Williquet, domicilié au Fond de Harzé, très lié à Dubois, et compagnon de travail des deux fils Lebrun. Albert Dubois et Williquet étaient des braconniers particulièrement surveillés par le garde-chasse.

On rappela certaines paroles imprudentes de Dubois, qui s'était vanté qu'il n'hésiterait pas, au besoin, à tirer sur le garde-chasse, s'il était surpris en flagrant délit de braconnage.

Mais très vite, cette double arrestation semble intempestive. D'abord un des enfants, témoin direct du drame, prétend qu'un des agresseurs de son père portait des moustaches. Ce n'est pas le cas ni de Dubois ni de Williquet. Un des deux est donc innocent ? Lequel ? De plus, si Dubois et Williquet ont une solide réputation de braconniers, ils sont réputés, d'autre part, comme étant des travailleurs assidus et honnêtes.

Il faudra attendre dix-sept jours après le drame pour que la veuve Lebrun sorte enfin d'une trop longue amnésie. Elle accuse Dubois qu'elle prétend maintenant formellement reconnaître comme l'un des deux bandits.

On croit alors que l'enquête va se conclure quand Dubois, à son tour, décide de parler. Le juge d'instruction décide de confronter la veuve Dubois et Lebrun.

Le devoir judiciaire doit avoir lieu à Harzé. Au lieu de répondre à la convocation, Mme Lebrun quitte la ferme de'Fayheid 'et va voir ses amis à Ferrières.

Le 22 février 1922, après un difficile interrogatoire de la veuve Lebrun et de sa fille Rosine, témoins oculaires du crime, qui ne répondent toujours que par des monosyllabes, le juge Lecrenier les place toutes deux sous mandat d'arrêt.

« On attend d'elles, écrit un hebdomadaire, que l'épreuve de la détention préventive au secret, les décide, enfin à donner une version exacte et définitive des faits qui se sont déroulés sous leurs yeux ». Les principales charges relevées contre les deux prévenues sont les mensonges et les contradictions accumulées au cours des interrogatoires. Il y a à ce moment quatre personnes écrouées : la veuve Lebrun et sa fille Rosine, Albert Dubois et Williquet dont on ne parle guère. Le 2 mars, la Chambre du Conseil ordonne la mise en liberté de Dubois et Williquet et confirme le mandat d'arrêt de la veuve Lebrun et de sa fille Rosine. Quand Dubois, libéré de la prison de Huy, sort de la gare d'Aywaille, une centaine de personnes lui manifeste sa sympathie ! Enfin, le Procureur du Roi va déclarer que l'état de l'instruction ne lui permet pas d'avoir la moindre confiance dans les dénégations des prévenues. Il souligne l'invraisemblance des récits, qu'il taxe de pures inventions. Et le 15 juillet 1922, l'épouse est relâchée. Aujourd'hui, l'assassin court toujours.

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