Des témoins d'un crime peu crédibles

Un garde-chasse est tué à Harzé , mais pourquoi sa famille reste muette à propos de ce crime. Le juge cherche à comprendre.

Thierry DELGAUDINNE

De la crête du hameau de Havelange, à Harzé, on découvre un magnifique point de vue avec, à droite, la chaîne de collines s'étageant vers Werbomont et Manhay et, à gauche, l'étendue vallonnée qui descend vers l'Amblève. De la route de Liège, un chemin assez étroit conduit au hameau de Pavillonchamps et grimpe vers Havelange, mais avant d'atteindre cet autre hameau de Harzé, un sentier serpenté, à travers prairies et bois, au lieu-dit'Fayheid '. C'est là que se dresse, dans un décor de sapins, une fermette isolée, de construction basse, comme il en existe tellement dans nos Ardennes. Au corps de logis, est adossée une remise servant de fenil et de grange.

Nous sommes le 26 février 1922. La fermette est exploitée par un certain Denis Lebrun, qui est aussi garde-chasse. Les jours précédents, la neige est tombée en abondance, et le sentier est verglacé. Sous un ciel de plomb, dans cette étendue silencieuse, le bâtiment se dresse, sinistre.

La lueur tremblotante d'une bougie éclaire faiblement la fenêtre basse de la cuisine. C'est dans cette pièce que, durant quatre heures d'horloge, le juge Lecrenier et les autres membres du Parquet de Huy s'efforcent d'établir les circonstances exactes du drame étrange qui s'est produit la veille.

Le jour des faits, dans la ferme, outre le garde-chasse, il y a son épouse, une fillette de 15 ans, Rosine, un garçonnet d'une dizaine d'années et une autre fille, qui se trouve dans la chambre.

Tout à coup, Lebrun croit entendre du bruit venant de la remise. Il sort, armé d'un gros bâton. À peine a-t-il atteint la cour qu'il est assailli par deux individus dont le visage est maculé de poussière charbonneuse.

Lebrun, blessé par un premier coup de feu, est ramené dans la cuisine. Tandis qu'un des agresseurs ligote la mère sur une chaise, l'autre achève le blessé de trois coups de feu. Les enfants, pétrifiés, ont assisté à l'horrible scène. Les assassins se retirent aussitôt sans avoir prononcé un seul mot, ni emporté quoi que ce soit. La fillette, qui se trouvait dans sa chambre, revient dans la cuisine, ne se rend pas chez le voisin le plus proche, mais assez loin de la ferme, chez un certain Albert Dubois, un habitué de la maison. Celui-ci accourt sur les lieux, délivre Madame Lebrun, puis alerte la gendarmerie d'Aywaille.

Les gendarmes questionnent Mme Lebrun, qui est blessée à la cuisse, mais, sous le coup d'une commotion, elle ne répond que par des monosyllabes. Grâce à son témoignage, on parvient pourtant, péniblement à reconstituer les faits tels qu'ils sont relatés ci-dessus.

N'empêche, dès le début, des faits difficilement explicables troublent le juge d'instruction. Pourquoi les enfants, les grands comme les petits, les témoins oculaires du drame, comme les autres, s'enferment-ils dans un silence méfiant et se montrent-ils tellement peu disposés à coopérer avec la Justice qui veut découvrir les assassins de leur père ?