Laïka: au nom des oubliés de Dieu (Huy)

Point d’orgue du projet d’expo sur le père Pire, la pièce « Laïka » avec David Murgia jouée vendredi dernier à Huy questionne notre regard sur les pauvres.

Nathalie BOUTIAU
 David Murgia et Maurice Blanchy profondément humains dans la pièce «Laïka» proposée vendredi dernier par le Musée communal de Huy.
David Murgia et Maurice Blanchy profondément humains dans la pièce «Laïka» proposée vendredi dernier par le Musée communal de Huy. ©ÉdA

Il est écrit dans la Bible que Dieu est du côté des pauvres. Dans la pièce Laïka, Ascanio Celestini part du constat contraire, dans un texte fort qui questionne le regard que nous portons sur les plus fragiles. Proposée vendredi à l’espace Saint-Mengold de Huy dans le cadre de l’exposition consacrée au père Dominique Pire – lui-même sensible à la souffrance humaine – la pièce met en scène Jésus incarné dans un seul en scène où David Murgia excelle dans un jeu d’acteur millimétré.

Il est question ici de théâtre de narration où l’ironie et le drame côtoient la poésie tandis que sont racontées des histoires tragiques inspirées de la réalité. Tout est dans la simplicité d’un verbe porté aux nues dont l’intention noble est celle de mettre en avant ceux pour qui Dieu a détourné les yeux. C’est-à-dire, les exclus, les marginaux, les pauvres, les prostituées et tous ces écorchés de la vie.

Et c’est avec leurs mots, ceux de la rue, simples, crus, abordables, que David Murgia fait entendre sa voix pour mieux réveiller celle de ceux qu’on n’écoute pas. Avec rage ou désespoir, révolte et indignation, il dit l’absurdité d’un monde contrôlé par le mal plus que par le bien et donc, le pouvoir et l’argent.

Débités à toute allure, comme de toute urgence, les mots s’ancrent dans une réalité qui touche l’humain que nous sommes. Rouge colère est son propos comme le sont les éléments de décor d’une scénographie qui veut rappeler la dureté d’une vie sur le trottoir où l’hiver, on brûle des pneus pour se réchauffer un peu.

En écho sonore à cette plainte humaine, l’accordéon de Maurice Blanchy apporte sa voix mélancolique et passionnée, tandis que celle de Yolande Moreau, en voix off, apporte sa touche personnelle et sensible qui rappelle celles de gens simples et sans histoire.

Fable humaniste, satyre sociale ou politique, Laïka est un cri de révolte parfois murmuré, comme par dépit, parfois hurlé où Jésus lui-même se met à hauteur des hommes dans ses habits de clochard. Accoudé au bar à boire du péket, il parle la voix du peuple au nom de cette injustice sociale largement revendiqué dans ce seul en scène qui force notre capacité à s’en émouvoir. Présentée la première fois en 2017, cette pièce reste d’actualité dans une société où Dieu sera toujours du côté des riches.