30 ans d’enseignement spirituel à Tihange

Samedi, l’institut tibétain Yeunten Ling à Tihange (Huy), célébrera les 30 ans de transmission de la sagesse, de l’harmonie et de la collaboration. Rencontre avec Lama Zeupa, un des enseignants de cette lignée.

Jean-Louis Tasiaux
 Lama Zeupa, aux côtés de Lama Tashi Nyima, enseigne à Huy depuis 30 ans.
Lama Zeupa, aux côtés de Lama Tashi Nyima, enseigne à Huy depuis 30 ans. ©Eda JLT

Installé depuis les années 80 au château Fond l’Évêque à Tihange, le centre tibétain Yeunten Ling rayonne dans toute l’Europe. On vient de loin pour s’y ressourcer, pour s’extraire durant quelques jours de la réalité quotidienne, pour méditer…

Depuis 30 ans, Lama Zeupa et Lama Tashi Nyima, comme leurs prédécesseurs, y enseignent l’harmonie, la collaboration et la sagesse. Lama Zeupa est aussi l’actuel directeur spirituel de l’institut. Il nous parle de ces 30 ans passés à Tihange.

Lama Zeupa, comment êtes-vous arrivé ici?

Un de mes amis d’enfance, Lama Karta (NDLR: son prédécesseur à Tihange) venait du même monastère que moi, à Sonada (Inde). Je suis venu ici en visite et il m’a demandé de rester. C’était une proposition que je ne pouvais pas refuser.

Quand vous êtes arrivé ici à Tihange, qu’est-ce qui vous a le plus surpris?

C’est un choc culturel. Il y a beaucoup de différences avec l’endroit d’où je viens (NDLR: Sikkim, dans le nord de l’Inde). Il y a des hauts bâtiments et beaucoup de voitures. Ce qui m’a frappé, c’est qu’on voyait peu de gens dehors. Les gens ici restent le plus souvent dans leur maison, leur bureau ou leur voiture.

Je suis venu ici pour enseigner mais aussi pour apprendre dans une sorte d’échange culturel. Par exemple, j’ai trouvé qu’en Belgique les soins de santé et l’éducation étaient bien organisés. Même si cela s’est détérioré depuis…

Quels types de personnes viennent ici suivre votre enseignement?

Très peu de Tibétains. Eux viennent plutôt à Huy pour visiter le monastère ou exécuter des rituels. Ceux qui suivent les enseignements, ce sont plutôt des Belges francophones et néerlandophones ainsi que des Hollandais. Certains viennent d’abord par curiosité, d’autres pour apprendre la philosophie bouddhiste et d’autres encore pour pratiquer et approfondir les connaissances dans ce domaine.

En 30 ans, vous avez vu une évolution dans le profil de vos élèves?

Au début c’était davantage des personnes qui venaient pour l’amusement, pour le côté exotique; un peu comme des hippies. Mais au fil du temps, ce sont plutôt des gens en recherche intérieure qui sont attirés par ces stages. Ils pensent que notre apprentissage de la méditation peut les aider. Mais c’est un travail aussi à effectuer sur soi-même.

Apprendre à méditer, c’est un cheminement qui se fait pas à pas. Par exemple, le premier point, c’est la posture car la méditation fait le pont entre le corps et l’esprit. Il faut d’abord adopter la bonne position: le dos bien droit, les épaules en arrière, la tête haute… Pas juste quand on veut méditer mais aussi dans la vie de tous les jours: en voiture, derrière son ordinateur… Bien souvent les Occidentaux adoptent une position recroquevillée sur eux-mêmes.

Il y a quelques mois, vous avez participé à une expérience scientifique sur le cerveau avec le professeur Steven Laureys, neurologue à l’ULiège. En quoi était-ce important pour vous d’y prendre part?

La méditation et ses bienfaits, c’est quelque chose qui ne se voit pas puisque c’est intérieur. L’expérience de Steven Laureys permet de visualiser ce qui se passe dans le cerveau quand on entre en méditation. Cela apporte une preuve concrète que la méditation agit sur le cerveau. Comme l’exercice physique est nécessaire pour développer le corps, la pratique de la méditation est aussi utile pour développer son esprit.

Peut-on espérer revoir un jour le Dalaï-Lama à Huy?

Je ne pense pas car il est âgé et il doit ménager ses déplacements. Il est quand même déjà venu six fois à Huy!