Première mise en cuves au Domaine Vins des Cinq (XXV)

La fratrie des Grégoire passe à l’étape "production" sur son vignoble à Couthuin.

Frédéric Renson

Lancé en avril 2018 par la fratrie mohatoise des Grégoire (Denis, Damien, Jérôme, Renaud et leur sœur Dominique), rue des Theysses à Couthuin, le Domaine Vins des Cinq (XXV) passe à l'étape "production" cette année. C'est la première fois que le raisin des quatre premiers hectares plantés voici trois ans se retrouve dans les cuves du chai bâti récemment sur site. "Après une première vendange en 2020 pour se faire la main, on entre dans le vif du sujet avec la première mise en cuve de notre récolte 2021 dans notre chai, confirment Damien et Renaud Grégoire. Après trois belles années solaires, on a joué de malchance pour notre première vraie récolte. Les confrères d'autres vignobles du pays nous ont dit qu'ils n'avaient jamais connu une année aussi pourrie. On peut dire qu'on a fait "strike" d'entrée… En raison des saints de glace, on avait déjà perdu la moitié de notre récolte. Et sur ces volumes, on a encore perdu 70% en raison de l'oïdium et du mildiou durant l'été. Du coup, on a eu une petite vendange et difficile à sélectionner. On en a tiré peu de jus avec seulement 1 500 litres, ce qui devrait correspondre à environ 2 000 bouteilles."

Assumer tout le procédé

Le chai (200 m2 répartis sur deux niveaux) est toujours en chantier mais les 17 cuves placées au rez-de-chaussée sont opérationnelles. L'étage sera, lui, réservé à quelques locaux techniques (labo), un bureau et une grande salle de réception-dégustation. "Quand nous aurons planté notre dernier hectare de vignes en 2022 (NDLR: 3 hectares de Chardonnay et Pinot gris étaient déjà venus s'ajouter en 2020), le domaine en comptera 8 au total. Notre chai a été dimensionné pour absorber 10 hectares de vignes. Ainsi, on a une marge confortable pour assumer les très belles années avec davantage de volumes. Notre réflexion en famille, à cinq, nous a conduits à vouloir assumer tout le procédé depuis la vigne jusqu'à la bouteille plutôt que de faire du vin à façon ailleurs ou de faire appel à une coopérative à la française. Cette dernière formule aurait été trop compliquée car elle demande aux coopérateurs d'avoir le même type de cépages. Elle repose aussi sur la mise en commun de moyens et de compétences. Or, tout le monde est toujours en train d'apprendre en Belgique. Nous avons donc engagé un maître de chai. On avait besoin de quelqu'un car c'est un vrai métier", insistent les frères.

«La qualité est là»

Le choix des Grégoire s'est porté sur Hélène Thomas, une Française détentrice d'un master en œnologie et qui s'est laissée charmer par leur souci d'une production suivant les principes de l'agriculture biologique. Elle est déjà concentrée sur les premières manipulations du raisin cueilli début du mois d'octobre, sur la première parcelle où avaient été plantés 15 250 pieds avec en sélection de cépages le Chardonnay, le Pinot, le Meunier, le Pinot Noir, et le Muller Turgau. "Le volume est petit suite à cette année catastrophique pour le secteur mais la qualité est là, se réjouit Hélène Thomas. Je suis satisfaite pour une jeune vigne qui doit encore se révéler. Les équilibres sont intéressants. L'aromatique commence à se dégager. Les fermentations alcooliques sont finies. Mon boulot est de révéler le terroir. C'est lui, le meilleur marqueur de l'aromatique. On ne sait pas encore quel sera l'arôme final. C'est à nous à nous adapter à ce que la nature nous donne. Ce qui est intéressant, c'est qu'on est sur du schiste. Cela présage quelque chose de très bon."

À déguster en 2023

Une première cuve est dédiée au vin mousseux… à déguster en 2023. En deuxième cuve repose un vin qui doit encore se mettre en place. " En fonction de la dégustation, on partira à nouveau sur des bulles ou sur un vin tranquille. On se fixera sur le profil d'ici un mois", termine la maître de chai, porteuse de tous les espoirs du Domaine XXV impatient de "faire péter" les bouchons et de se faire un nom sur la carte des vignobles belges.

Première mise en cuves au Domaine Vins des Cinq (XXV)
©Heymans

Pour conduire son raisin jusqu'au palais des amateurs de vin, la famille Grégoire place toute sa confiance et ses espoirs entre les mains expertes d'une jeune dame. À 33 ans, Hélène Thomas est aujourd'hui la maître de chai au Domaine Vins des Cinq (XXV). Une haute responsabilité pour cette Française au long parcours dans plusieurs domaines de son pays. "Au départ, je suis en fait diplômée pour être pharmacienne en officine, sourit Hélène Thomas, qui pensait alors suivre les pas professionnels de son père. Mais papa était aussi un grand amateur de vin… Si bien que j'ai fini par suivre un master en œnologie à Toulouse avant de faire plusieurs stages, dans le Languedoc et en Bourgogne notamment."

Un projet familial grisant

Après avoir entamé sa carrière au pays, Hélène Thomas débarquait chez nous pour d'abord partager son savoir chez Grafé-Lecocq à Namur. C'est là que les Grégoire sont allés la "débaucher". "J'ai été séduite par leur projet familial, confie l'alchimiste du Domaine XXV. Ils ont des valeurs hyperintéressantes au niveau de la préservation de la biodiversité et de la volonté de s'intégrer dans le village. Et puis, le cadre est fabuleux. C'est vraiment grisant."

En 2018, la fratrie des Grégoire plantait ses 4 premiers hectares de vignes. En 2020, elle étendait une première fois son vignoble avec 3 nouveaux hectares de pieds. En 2022, une dernière plantation portera la superficie du Domaine XXV à 8 hectares au total. "Nous aurons alors entre 30 000 et 31 000 pieds", calcule Renaud Grégoire.

L'ancienne fermette a été transformée en gîte. La "XXV House" est habitable depuis l'été 2020 avec ses 5 chambres, 12 lits et… sa magnifique vue sur l'ensemble du vignoble. "La clientèle est à 60% originaire de Flandre, 20% de Bruxelles et le reste de France et des Pays-Bas, constate Jérôme Grégoire. Covid oblige, on la loue actuellement en deux blocs distincts."