Elle sauve des lévriers d'Espagne

À Thisnes, Patricia Colomberotto a fondé une ASBL qui sauve et fait adopter les lévriers galgos d'Espagne. Chiens au lourd passé, mais adorables.

Sandrine GEUQUET
Elle sauve des lévriers d'Espagne
lévrier ©eda

À peine arrivé devant la porte, qu'Elias, Athénea, Romy et Cali aboient et viennent aux nouvelles. Patricia suit heureusement de près et nous ouvre avec un grand sourire. Pas de quoi s'affoler devant les quatre effilés canins, ils viennent gentiment flairer une main, rechercher une caresse. «Je n'ai jamais vu un comportement agressif chez un galgo !» Des chiens élégants, gentils, doux et discrets : le rêve, quoi !

Pourtant ces chiens adorables ne sont pas reconnus comme tels dans leur pays d'origine, l'Espagne. «En fait, pour les Espagnols, ce ne sont pas des animaux de compagnie...» Et pour une certaine partie de la population, ce «non-statut» permet toutes les atrocités. «Vous avez le temps, là ? Parce que je vais vous en raconter ! Je vais en Espagne tous les mois et j'en vois !» En fait, les galgos sont utilisés par les Galgeros pour la course de lièvre. «Ce sont des courses où le lièvre a plus de valeur que le galgos... On les empêche d'ailleurs de le croquer pour ne pas trop en user.» Les galgos sont entraînés pour ces courses. «Le gouvernement a même voté dernièrement une légalisation autorisant l'entraînement avec véhicule à moteur ! Imaginez un calgeros sur un kwad tirant cinq chiens derrière lui ? Il y a ceux qui suivent et les autres, qui n'ont plus qu'à se laisser traîner...»

Animaux de travail

Les galgos sont considérés et élevés comme des animaux de travail. «Ils vivent dehors et n'ont droit à manger, du pain sec et de l'eau, que deux fois par semaine. Ils sont maltraités depuis la naissance. J'ai vu un enfant de quatre ans battre à coups de poings une galga sans que les parents ne bronchent. Après, le père a pris la galga et l'a mise dans son coffre en nous disant que de toute façon elle allait y passer...» Une situation qui laisse difficilement indifférent, d'autant plus qu'il ne s'agit là que de la première partie du processus. «Il faut savoir qu'une galga a en moyenne deux portées par an de plus ou moins huit chiots ! Il y en a vraiment partout. Après les courses, c'est le plus dur...» Les Calgeros se débarrassent alors des chiens qui ont couru pour eux. «Vous avez certainement vu ces photos... Au mieux, on les abandonne...» Mais souvent, il 'agit d'un rituel sadique : «les galgos sont pendus par les pattes, brûlés vifs...» Une situation qu'ont prise à coeur quelques associations belges, hollandaises ou allemandes. «Ils n'ont quasiment aucune issue en Espagne. Leur avenir, s'il y en a un, est à l'étranger.» Patricia a ainsi adopté sa première chienne il y a trois années, «puis on en a adopté un deuxième... Et on a créé notre propre association en mars 2010» .

La dizaine de personnes avait comme objectif d'en sauver cinq la première année. «On a fait trente adoptions depuis août ! Alors, pour 2011, il faut nous en souhaiter une centaine !» Et dans le regard d'Elias, - «reconnaissant, ah oui ! ils le sont vraiment !» -, on se dit que c'est tout le mal qu'on souhaite à ces très beaux chiens : une retraite anticipée sous le soleil hannutois sous la protection de Patricia !