Hamoir: cinq mois après les inondations, où en sont les sinistrés?
À l’aube des fêtes de fin d’année, cinq mois après les inondations, certains sinistrés vivent encore des situations compliquées: Sophie et Nicolas, du restaurant du même nom, David et sa famille de quatre enfants, toujours en gîte… La Commune a visité en porte-à-porte les 400 maisons touchées. Pour faire le point au cas par cas, pour disposer d’une vision globale, et surtout, pour renouer contact.
Publié le 23-12-2021 à 23h25
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Cinq mois après les terribles inondations de juillet 2021, à l’aube des fêtes de fin d’année, où en sont les sinistrés de la vallée de l’Ourthe? Car si les villages semblent avoir effacé la plupart des stigmates, retrouvé leur visage, derrière de nombreuses façades, la vie est loin d’avoir repris un cours normal.
À Hamoir, la Commune a décidé de reprendre contact avec chaque sinistré, pour faire le point, rappeler les aides et subsides auxquels ils ont droit, faire remonter leurs soucis, tendre une oreille aussi, garder le contact. Sur plusieurs semaines, par petite équipe, les élus, de la majorité comme de l'opposition, communaux ou du CPAS, ont visité en porte à porte les 400 maisons sinistrées de l'entité, essentiellement situées au centre de Hamoir et à Comblain-la-Tour. "Nous leur déposons un feuillet reprenant toutes les aides mises en place avec les informations, les contacts, les interlocuteurs à la Commune, au CPAS…, détaille Michel Legros, échevin. On ne veut pas que des gens passent sous le radar. Ils reçoivent aussi un questionnaire de recensement post-inondation à nous renvoyer afin de faire un état des lieux de chaque situation: assurance, suivi administratif, état du logement, besoins que ce soit alimentaire, matériel, technique ou psychologique. Nous pourrons ainsi faire un cadastre général et agir là où c'est encore nécessaire. D'autant plus que la Région lance pas mal d'aides à thème. Avec ce cadastre, on pourra répondre en fonction des besoins, des demandes, utiliser ces subsides à bon escient."
Quai du Batty, c'est avec un grand sourire que la jeune Anathaïse, sa fille de trois ans dans les bras, ouvre la porte aux mandataires. Avec son mari, elle a acheté cette jolie maison en bord d'Ourthe, il y a quatre ans. "On n'avait jamais eu d'inondation dans la maison." En juillet, l'eau est montée à 1,5 mètre dans son rez-de-chaussée. "Depuis, on vit à l'étage en attendant les travaux".
Un coup dur cette crue? Oui mais pas de quoi la faire partir. "Je pense qu'on ne connaîtra plus ça avant longtemps. Et puis, en été, on est comme en vacances ici tellement c'est beau!"
Quai du Batty, sur 12 maisons, trois sont encore inhabitées. "On peut dire que 20% des maisons sinistrées à Hamoir sont encore vides", souligne le bourgmestre, Patrick Lecerf. Certains ont préféré partir. C'est le cas d'une dame et ses enfants installés récemment à Hamoir, dont la maison a été fortement inondée et qui habitent désormais à Wanze. "Oui, il y a pas mal de maisons mises en vente depuis, surtout des nouveaux habitants qui ont pris peur", souligne Michel Legros.
Les situations les plus critiques sont liées à des travaux qui tardent ou qui ne se feront jamais. "Certains pensaient être quitte des inondations en deux ou trois mois, ce n'est pas du tout le cas." Ils connaissent des problèmes avec les assurances, de pénurie de main-d'œuvre, de matériaux, d'humidité. Même en difficulté, certains ne font pas appel aux aides auxquelles ils ont droit. "Le niveau de sinistre est tel que les gens sont devenus autonomes, qu'ils se débrouillent. C'est pour ça qu'on vient leur rappeler ce qui est mis en place."
Ce que la Commune retient de cette tournée, sur le plan humain? "Les sinistrés sont contents de nous voir, de se confier. On se rend compte qu'ils ont pas mal de ressources. On en a connu certains au bout du rouleau, au début. Et on les voit aujourd'hui reprendre du moral , confie Loïc Jacob, président du CPAS. Je dois dire aussi que sur Hamoir, on n'a pas connu d'attitude d'assistés, de gens qui profitaient, abusaient et je le salue."
Ce qui reste le plus compliqué cinqmois après? "Le sentiment que ce n'est pas encore fini. Dans certaines maisons, les plus grosses dégradations s'accentuent au fil des mois. Les dégâts progressent. Les assurances interviendront-elles encore?", s'interroge Michel Legros.
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Sophie et Nicolas ont encore du boulot, beaucoup de boulot. Mais ils sont soulagés de pouvoir enfin débuter les gros travaux de rénovation de leur restaurant gastronomique "Sophie et Nicolas", situé rue de Fairon à Comblain-la-Tour et fortement sinistré. Un chantier qui démarre seulement maintenant, cinqmois après les inondations. "Oui, on a enfin débuté, souffle Nicolas. Ce qui a pris du temps, ce sont les assurances. Et puis le séchage des bâtiments. Car notre restaurant est sur deux maisons, une très ancienne, en briques, qui est restée longtemps très humide, et une autre, plus récente. Tout le rez-de-chaussée est à refaire car l'eau est montée jusqu'à 1,5 m. Nous avons tout arraché et mis les murs à nu. La structure en elle-même ne va pas changer mais tout le reste sera remis à neuf… Je dois aussi entièrement me rééquiper en matériel professionnel."
Là, le cœur à l'ouvrage y est, le moral est revenu mais il y a cinqmois, il ne cache pas que ce fut la douche froide. "Le moral n'était pas très bon pendant les premières semaines. On a eu un coup de mou mais on a réussi à se remobiliser, à se relever, à voir le positif dans le tragique. Le positif, c'est qu'on va redémarrer sur de bonnes bases. Depuis qu'on est là, le restaurant a connu des transformations successives. Là, on refait tout une bonne fois pour toutes. On apporte un nouveau cachet, plus moderne tout en gardant le côté authentique. Des pierres de taille seront laissées apparentes, un mur sera enduit à la chaux."
Les cinqmois n'ont pas été un long fleuve tranquille. Ils ont dû s'accrocher. "Le plus difficile, c'est le temps que tout prend: assurances, devis, commandes… Il faut être patient, déjà qu'on l'avait été avec le Covid! Et puis nous sommes des restaurateurs, c'est notre job, notre passion, donc cuisiner nous manque beaucoup…"
Le couple, qui salue le soutien du voisinage et de sa clientèle, fidèle, compte rouvrir au mois de mars. "On ne veut pas non plus se précipiter, on veut faire les choses bien… Je relance aussi toute la communication sur les réseaux sociaux. Ça reprend…" Avec l'espoir de jours meilleurs pour leur activité. "Car avec le Covid puis les inondations, on a dégusté."