Les incivilités des spectateurs du rallye du Condroz

À Clavier, deux agriculteurs sont furieux par rapport à l'attitude des spectateurs du rallye. Leur cas est loin d'être isolé.

Emmanuel Huet
Les incivilités des spectateurs du rallye du Condroz
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Les cannettes, bouteilles, cap sules, Eternit (!), banderoles, filtre à huile (!) avaient été évacués lundi. Mais hier matin, Marc Dubois et Léon Oerlemans enlevaient encore les quelques déchets jonchant leurs cultures.

Lundi soir, lors du conseil communal de Clavier, les deux agriculteurs de Vervoz ont poussé une gueulante. Une vraie! Et ce qu'il faut retenir, c'est que ce n'est pas à la compétition qu'ils en veulent mais bien aux spectateurs. «L'année dernière, ça allait, constate et relativise Marc Dubois. Mais cette année, il n'y a pas de limites! On a dénudé des clôtures, piétiné des semis, traversé des champs en voiture : on ne respecte rien! Il faut mettre des limites, on ne peut pas tout permettre.» Car, au-delà des dégâts, c'est l'incivisme profond, dont ont fait preuve les spectateurs tout au long de ce week-end de rallye, qui choque. Pour les deux agriculteurs, tous ces dégâts, c'est une négation de leur labeur. «Chez moi, on a même placé des Eternit dans le champ pour ne pas se salir les pieds. J'ai pu ramasser tous les morceaux.» Son voisin, Léon Oerlemans, a même retrouvé un filtre à huile suite à un crash. Et la voiture a perdu le contenu de son réservoir sur une dizaine de mètres.

En parcourant les dégâts avec les agriculteurs, on peut difficilement nier que des spectateurs ne sont pas passés par là. «Regardez, ici, on voit clairement la voiture qui a reculé dans le semis.» Les jeunes pousses de froment sont damées sous une épaisse couche de boue. Et on peut constater que plusieurs véhicules sont passés dans cette zone. Dans une prairie, Léon Oerlemans explique même qu'il y a eu un «rodéo». Les traces confirment que les spectateurs ont été très généreux avec le frein à main.

Et pourtant, malgré l'état de leurs cultures, les deux agriculteurs sont assez préservés par rapport à d'autres sites où passe le rallye. «On ne va pas rouspéter sur tout, mais c'est l'ensemble qui fait que... Ce n'est pas l'argent qu'on cherche, c'est le respect envers les propriétaires et les gens qui habitent ici.» Preuve en est lors des reconnaissances. «Un dimanche matin, une voiture est sortie de la route et a percuté quatre poteaux de clôture. Le conducteur est venu à la ferme et m'a demandé ce qu'il devait. Je lui ai dit que c'était bien de l'avoir signalé et que c'était bon ainsi. Le lendemain, il est venu m'apporter une bouteille de vin.» Cette année, autant du côté des pilotes, que des riverains et des spectateurs «honorables», on a ressenti un certain changement dans la masse des spectateurs. Certains se croient tout permis, ne respectent rien et sont grossiers. Les organisateurs de rallye doivent en tenir compte immédiatement. Sinon, le rallye sera persona non grata dans la plupart des communes. Et Villers-le-Bouillet, qui a refusé de voir la spéciale passer sur son territoire, ne sera plus un cas isolé.

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