Le coutelier aiguise sa passion

Il était présent lors du Week-end Bienvenue à Clavier. Le coutelier Jean-François Istas réalise de ses mains de véritables oeuvres d'art.

Sabine Lourtie
Le coutelier aiguise sa passion
11742895 ©© EdA

Lors du Week-end Bienvenue à Clavier, le mois dernier, les couteaux, poignards et canifs de Jean-François Istas ont fait fureur. De véritables petits bijoux, des oeuvres d'art à part entière. Chacune de ses pièces a été réalisée, faço nnée par ses propres mains, suivant les techniques anciennes. Cet habitant d'Ocquier, 44 ans, est un des rares couteliers en Belgique (et même au-delà) à élaborer son couteau de A à Z, de la forme du manche, à la lame forgée, en passant par la visserie et le polissage du bois...

Sa passion est née il y a 15 ans alors qu'un ami lui demande de réparer un couteau. « Je ne connaissais rien à la coutellerie mais je travaille dans la métallurgie et j'ai suivi mon intuition », explique-t-il. Très vite, de manière autodidacte, en se penchant dans quelques ouvrages spécialisés, il a mis au point sa propre technique de travail, d'abord à l'atelier de son boulot, après journée, puis chez lui dans un appentis aménagé tout spécialement.

Le travail est minutieux et de longue haleine. Première étape : dénicher le bois, des essences particulières que Jean-François trouve dans la région : aubépine, buis, églantier et même du bois de... cerf. Ce bois, il faut ensuite le laisser sécher pendant plusieurs années. « Je dispose d'une réserve de bois de 15 ans, des morceaux de bois qui m'inspirent, qui ont des formes particulières » . Au moment de sculpter et de polir le manche, le coutelier se laisse entièrement guider par son inspiration. « Car ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'usage qu'on va en faire mais l'objet en lui-même, son esthétique ». Quant à la lame, elle est réalisée à partir d'acier récupéré sur de vieux outils et engins, mis dans une forge, refaçonné, puis polit. « J'aime rendre une seconde vie aux choses », confie-t-il. À terme, il projette même de fabriquer son propre acier. Reste ensuite à assembler les deux parties, le manche et la lame, avec de la visserie et des rivets, là encore réalisés de ses mais avec des tours fraiseuses.

Le résultat ? Un objet artistique de belle composition. De grande valeur aussi : certains couteaux peuvent se vendre 700?. « Mais je ne fais pas ça pour l'argent, juste par pur plaisir et tradition. Je réponds toutefois à l'appel de collectionneurs ou de particuliers qui souhaitent réparer des couteaux de famille ». En 15 ans, le Clavierois a réalisé quelque 300 couteaux, de tous styles.

Les couteliers comme Jean-François Istas sont rares. « La plupart achètent toutes les matières premières : manche, lame, visserie. J'estime que ça n'a plus de sens ». Il est un des seuls à travailler le couteau dans toutes les étapes du processus. Et sans produits artificiels, ni vernis. C'est toute une tradition qu'il veut sauvegarder. « Le couteau-canif, autrefois dans toutes les poches, était un prolongement de la main, pour cueillir, ouvrir, dégoupiller. Comme la fonction utilitaire a disparu, elle est prolongée par l'artistique ».