Clavier : un pied de nez au conflit communautaire

Ce week-end, l'équipe réserve de Clavier dispute un match de foot amical avec Westouter (Ypres). Un pied de nez au conflit communautaire.

Sabine Lourtie

Alors que Flamands et Wallons se rendent aux urnes avec des pieds de plomb, alors que les politiques ont plongé le pays dans une crise communautaire sans précédent, il existe des deux côtés de la frontière linguistique des personnes qui veulent dépasser les clivages et les clichés. Et qui le prouvent en toute simplicité. C'est le cas de deux équipes réserve de football, celles de la Clavinoise et de Westouter près de Poperinge (Ypres, à plus de 200 km de Huy). Il y a quelques mois à peine, ils ne se connaissaient pas. Et voilà qu'ils tâtent du ballon ensemble. Ce week-end du 13 juin, hasard du calendrier, ils organisent leur deuxième rencontre amicale et elle prend une tournure toute symbolique.

L'aventure est née grâce aux deux firmes qui sponsorisent chaque équipe, Knauff pour Clavier et Mondi pour les Yprois. Via des contacts communs, les deux gérants lancent l'idée d'un match amical entre Flamands et Wallons. L'idée séduit d'emblée...

En quelques semaines, l'affaire est rondement menée. En avril 2009, les 18 Yprois débarquent donc en terre condrusienne. L'équipe de Clavier et son sponsor n'ont pas lésiné sur l'accueil : match, souper, logement dans un gîte à Strée... Les Flamands, eux, dans leurs valises, ont emporté un petit panel de produits régionaux. Le ton est donné. « On ne se connaissait aucun, assure Pascal Hubin, joueur. Mais directement, le courant est passé. Chacun a fait des efforts pour parler l'autre langue et se comprendre. Il y avait vraiment un esprit d'ouverture. Le soir, nous avons assisté au Café des Sports de Villers-le-Temple au match qui opposait Gand au Standard, avec le fameux penalty retenu par Bolat. L'ambiance était extraordinaire. Et ce fut ainsi tout le week-end. » Ces 12 et 13 juin, rebelotte... Cette fois, le match retour est prévu à Westouter. Et les Claviérois se réjouissent déjà. « Ce sera la grande surprise côté organisation mais on sait déjà que l'ambiance sera festive tout le week-end, poursuit Pascal. Car notre séjour coïncide avec le début de la Coupe du monde. » À leur tour, ils emporteront un petit panier de produits typiquement condrusiens à offrir : des saucissons préparés par le boucher de Ochain et des bouteilles de la bière hutoise Saint Mengold. « Oui, on peut réellement parler d'amitié. Le football est quelque chose d'universel. Le clivage wallon et flamand n'y a pas sa place. On n'a d'ailleurs pas parlé une seule fois politique », assure l'équipe.

Seul bémol : l'obligation de se rendre aux urnes, dimanche. « On peste sur les élections qui nous obligent à revenir plus tôt alors qu'on aurait préféré rester en Flandre, avec eux, toute la journée du dimanche. On a tenté d'obtenir des procurations mais c'était compliqué. » Ils espèrent, en tout cas, pouvoir remettre ça dans le futur ...