Meurtre de Philippe Alicardo à Jumet: "Je n'avais pas l'intention de le tuer ou le blesser"

Le procès de Jean-Yves Verreydt, 49 ans, accusé du meurtre de Philippe Alicardo, commis à Jumet le 27 novembre 2020, a commencé lundi devant la cour d’assises.

Belga
 L’accusé, Jean-Yves Verreydt, a été interrogé par le président de la cour, lundi en fin de matinée.
L’accusé, Jean-Yves Verreydt, a été interrogé par le président de la cour, lundi en fin de matinée. ©BELGA 

Jean-Yves Verreydt, 49 ans, a été interrogé par le président de la cour, lundi en fin de matinée. Père de deux enfants, l’accusé raconte qu’il menait une vie active dans le bâtiment, avant son premier séjour en prison. À sa sortie, il a bénéficié d’un logement du CPAS et a travaillé sous le régime de l’article 60 à la Sambrienne. Dépressif, il n’a plus payé son loyer et s’est retrouvé à la rue au moment du Covid.

Le 27 novembre 2020, Jean-Yves Verreydt installe sa tente le long du Ravel, reliant la place de la Perche à Jumet à un magasin. Durant l’après-midi, il rencontre Philippe Alicardo sur le parking du magasin. Une première dispute éclate entre les deux hommes.

”Il est passé devant moi en m’insultant. J’ai mis ma main gauche sur son épaule droite pour l’interpeller et discuter avec lui, car il avait proféré des menaces contre une copine, dix mois plus tôt, et insulté ma mère. J’ai dit: ‘ça va, Philippe faux-cul ?’ Il m’a donné un coup avec son sac”.

La scène a été filmée par une caméra de vidéosurveillance du magasin et sera diffusée lors de l’audition des enquêteurs.

Très peu de souvenirs

L’accusé prétend qu’il saignait de la bouche et qu’il a perdu une partie de son dentier. Il était "sonné", mais il a pu rejoindre sa tente, plantée à quelques mètres de là. “ Alors que je me trouvais dans ma tente, j’ai reçu des coups dans les jambes, lesquelles dépassaient de la tente. Ils m’ont tiré de la tente et j’ai reçu des coups de bâton sur la tête. Je ne voulais pas me battre”. L’accusé ne semble pas avoir déclaré cela lors de la reconstitution.

Il prétend qu’il ne voulait pas sortir, mais il est sorti quand même, en tenant son couteau dans la main, afin de repousser ses adversaires et de leur faire peur, menaçant quand même de “les planter”. “J’étais énervé et sous l’emprise de l’alcool. Si je n’avais pas bu, les choses se seraient passées autrement”.

L’accusé déclare que ses adversaires tournaient autour de lui. Il s’est mis à faire des gestes circulaires avec son couteau en main et il a porté le coup mortel, dans le cou de Philippe. “Je n’avais pas l’intention de le tuer, de le blesser. J’ai pris peur, je n’ai pas reconnu tout de suite l’utilisation du couteau”.

Il prétend que la scène s’est déroulée très vite et qu’il en garde peu de souvenirs. Toutefois, des témoins ont déclaré qu’il avait calmement essuyé son couteau ensanglanté après avoir terrassé son adversaire. “C’est un accident pour une chamaillerie”, dit-il.

Le soir même, Jean-Yves Verreydt était interpellé par la police devant une pharmacie à Jumet.


La chronologie des faits

La cour a auditionné, lundi après-midi, le juge d’instruction et les enquêteurs. Une ligne du temps de la fin de journée a pu être établie.

Vers 11 heures, Jean-Yves raconte à un homme qu’un type le cherche pour le frapper. Il prétend qu’il s’agit de Philippe, qu’il croisait chaque jour à Jumet. «Nous étions en conflit depuis le début des vacances d’été», déclare l’accusé. L’origine du conflit est nébuleuse.

A 14h49, Philippe signale à son fils, par téléphone, qu’il a été «embêté» près de chez lui, sans précision. L’accusé prétend qu’il n’a pas rencontré Philippe avant 17h45.

À cette heure-là, Jean-Yves croise Philippe et court vers lui. Ce dernier se rend sur le parking d’un magasin. Jean-Yves l’interpelle et fait, selon les enquêteurs, de grands gestes avec ses mains pour le frapper. L’accusé répond qu’il n’a pas voulu frapper. Philippe lui répond en lui portant un coup avec son sac, contenant une bouteille. Le GSM de l’accusé tombe sur le sol. Philippe entre dans le magasin, alors que Jean-Yves ramasse son téléphone. Ce dernier se poste alors devant la porte du magasin. Il n’entre pas et semble énervé.

Lorsque Philippe sort du magasin à 17h49, les deux hommes s’invectivent à nouveau. Philippe part et Jean-Yves le suit.

Quelques minutes plus tard, les deux hommes sont dans le magasin, mais s’ignorent.

À 18h05, Philippe discute avec un employé devant le magasin et quitte les lieux. Jean-Yves, quant à lui, quitte le parking à 18h10 après avoir parlé avec une dame.

Vingt-six minutes plus tard, Philippe contacte Roland Wuyts avec lequel il revient devant le magasin à 18h44. Il présente ses excuses à l’employé pour la scène précédente et déclare qu’il sait où se trouve le SDF. Les deux hommes décident de se diriger vers la tente que Jean-Yves a planté non loin de la place de la Perche.

«Ils reviennent», déclare Jean-Yves à un proche par téléphone, deux minutes plus tard. Selon deux témoins qui promènent leurs chiens, Philippe et Roland invectivent Jean-Yves, l’invitant à sortir de sa tente. Les deux hommes auraient alors suivi Jean-Yves, lequel se dirigeait vers la place de la Perche.

Roland Wuyts déclare, quant à lui, que c’est à l’inverse Jean-Yves qui les suivait vers la place où la bagarre éclate. Philippe est mortellement touché sur la gauche dans le bas du cou, d’un coup de couteau. «C’était involontaire», affirme l’accusé.

Les premiers services de secours arrivent très vite sur les lieux. Le décès est annoncé six minutes plus tard.

À 20h43, le suspect est arrêté rue Puissant, à Jumet. Son étui à couteau est vide et des taches de sang sont relevées sur ses vêtements. Il a des traces de coups sur le visage, au niveau de la lèvre supérieure et du nez.

Les témoins des faits seront auditionnés mardi. Belga

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