Charleroi se heurte à ses limites

Le Sporting a probablement dit adieu à l’Europe samedi soir au bout d’un match qui l’a rappelé à ses limites.

Vincent Blouard
 Les rêves européens des Zèbres se sont envolés.
Les rêves européens des Zèbres se sont envolés. ©belga

En deux matchs d’Europe play-off, Charleroi a été ramené à la réalité. Sa réalité. Même s’il méritait sans doute mieux. Zéro point sur six, un seul but marqué (sur penalty) et quatre encaissés. Les hommes peuvent mentir, pas les chiffres.

Les doux rêves d’Europe se sont envolés. Ils restent à portée d’exploits, mathématiquement.

Mais avec sept points de retard sur Gand et douze encore à disputer, personne n’est dupe. Au regard de son noyau, de ses qualités, de son (in)expérience, et de l’envergure de ses adversaires, ce Charleroi-là est à sa place, qu’on le veuille ou non. Afficher des ambitions, c’est bien. C’est légitime, même. Le contraire aurait presque été considéré comme une faute professionnelle. Mais celles exposées en début de saison n’étaient-elles pas trop grandes pour un effectif si nouveau dirigé par un coach si jeune?

Et si c’était de là, finalement, qu’émanaient la grogne des tribunes et la déception du vestiaire, samedi soir après la défaite concédée contre Gand (1-3), au bout de nonante minutes durant lesquelles le Sporting, joueur, s’est peut-être confronté à ses limites?

Des erreurs individuelles

Comme la semaine dernière à Malines, les Zèbres ont été plombés par des erreurs individuelles. De placement ou de concentration. Sur le premier but, Lemajic ne pouvait jamais recevoir le ballon.

Ozornwafor, pourtant solide en première mi-temps, était très mal placé. Et Bessilé couvrait le hors-jeu. Sur le deuxième, l’arrière-garde était désorganisée. Samoise aurait déjà dû conclure mais a trouvé la latte avant que Lemajic, un peu chanceux et opportuniste, ne termine l’action. Et que dire du troisième, où les Carolos ont été battus dans les airs?

Encaisser trois buts en moins d’un quart d’heure, alors qu’on mène et qu’on veut battre Gand pour viser la cinquième place, c’est inconcevable. "C’est difficile de comprendre comment le match a pu basculer alors qu’on contrôlait tout", regrettait Edward Still.

Un manque d’efficacité

Samedi soir, Charleroi a facturé un "expected goal" (but statistiquement attendu) de 1,99. Il n’en a marqué qu’un, sur un penalty de Zorgane qui est venu récompenser quarante-cinq premières minutes encourageantes.

Un vulgaire tirage de maillot de Lemajic sur Knezevic que l’arbitre, Monsieur Lambrechts, n’avait pas vu, mais que le VAR a très justement signalé. À côté de ça, le Sporting n’a pas concrétisé ses quelques occasions, dont des tirs lointains de Bessilé et Gholizadeh, ou une tête à bout portant de Badji.

C’est la deuxième fois consécutive dans ces EPO que Charleroi n’atteint pas son nombre de "buts attendus". Déjà à Malines, malgré un expected goal de 1,77, il était resté muet. Et il serait trop facile de tout remettre sur l’absence de Bayo.

À l’inverse, on constate dans les chiffres que Malines (0,68 xG pour 1 but marqué) et Gand (2,49 xG pour 3 buts marqués) ont été plus réalistes.

Un effectif inexpérimenté

Les Zèbres n’ont pas baissé les bras au fil des minutes, samedi, comme ils l’avaient notamment fait lors de la lourde défaite à Anderlecht (4-0, le 3 avril). Il n’y a pas eu de révolte notable, mais pas d’abdication non plus.

Depuis son intronisation, Edward Still répète sa satisfaction d’avoir drastiquement rajeuni l’effectif, de lui avoir ouvert de nouvelles perspectives. Sauf que dans ce genre de match, quand la pression monte, le manque d’expérience se fait ressentir.

Ce déficit complique inévitablement la tâche, d’autant plus face à un adversaire de la qualité de Gand qui, même privé de Depoitre et d’Odjidja, compte des joueurs rodés, à qui "on ne l’a fait pas".

Une remobilisation attendue

Dès aujourd’hui, staff et direction vont devoir s’atteler à remobiliser le vestiaire. Il reste des points à prendre, un coefficient à soigner, un honneur à sauver et un public à calmer. C’est là aussi qu’on verra ce que ce groupe a dans le ventre. "On exerce le plus beau métier du monde. On a un ego, une fierté, et on va se battre jusqu’au bout pour le blason", motivait déjà Nkuba après le match.

Il en reste quatre à Charleroi, dont le prochain vendredi à domicile contre Genk, pour repousser ses limites.