Mort de Jean-Yves Verreydt à Jumet: les proches ne croient pas à l'accident

Selon les parties civiles, Jean-Yves Verreydt a bel et bien commis un meurtre sur la personne de Philippe Alicardo.

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Les parties civiles ont entamé les plaidoiries, mercredi, dans le cadre du procès de Jean-Yves Verreydt, accusé du meurtre de Philippe Alicardo, tué d’un coup de couteau sur la place de la Perche à Jumet, le 27 novembre 2020. Selon leurs avocats, c’est bien un meurtre qui a été commis.

Me Camille Brison, avocate de la fille et de la compagne de la victime, a été la première à prendre la parole. Elle a relaté la douleur des trois enfants de la victime. "Philippe était un papa présent et aimant", relate l’avocate, suite aux témoignages de moralité qui ont eu lieu, en matinée, devant la cour.

Me Mevlut Turk a insisté auprès des jurés pour ne pas retenir les colportages au sein du magasin, où l’accusé et la victime avaient leurs habitudes. Une première bagarre avait éclaté entre les deux hommes, le 27 novembre, vers 17h, devant le magasin. Il a demandé aux jurés de retenir les éléments objectifs du dossier. L’avocat a retenu des témoignages de moralité que l’accusé pouvait se montrer agressif. "Il a sorti son couteau, il a choisi sa lame", a insisté l’avocat,

Me Étienne Gras, avocat des enfants de la victime, a estimé que l’accusé est un manipulateur. "Nous avons eu plusieurs versions de l’accusé, avec chaque fois une adaptation. La manipulation a été pratiquée à l’envi. Nous voulions juste savoir ce qui s’est passé, le 27 novembre, en début de soirée". Le pénaliste ne croit pas à la thèse accidentelle, présentée par l’accusé. "Il a utilisé une arme létale, un couteau, une pince multifonction qu’il a fallu déplier. Il a choisi de sortir la lame. Il a accepté la conséquence, la mort en effectuant un geste de haut en bas. Un geste sec qui a atteint les cervicales, sectionnant la carotide et la veine jugulaire."

L’avocat a plaidé le dol éventuel, la possibilité que, vu les moyens mis en œuvre, ceux-ci peuvent causer la mort. "Il était parfaitement conscient de ce qu’il avait fait, déclarant à un proche: ‘‘Tu vas me voir aux infos’’".

La légitime défense est écartée par le pénaliste en raison du critère de proportionnalité. Jean-Yves Verreydt était armé, pas Philippe Alicardo. "Vêtu comme un militaire, l’ancien légionnaire est allé au combat, couteau en main. Philippe Alicardo ne voulait pas aller au combat".

La provocation est aussi balayée par Me Gras. "Qui provoque qui ? Monsieur Alicardo part faire ses courses, quand il est agressé par l’accusé qui court vers lui sur le parking. Une provocation sur provocation n’existe pas en droit. Et qui part au contact, couteau en main ?", a demandé l’avocat.

Enfin, les parties civiles ont rappelé que la victime n’a pas été décrite comme un homme violent. "Philippe Alicardo aimait bien la marche, il avait des amis proches, des enfants qui étaient la prunelle de ses yeux et pour lesquels il a essayé de se soigner. Il s’était d’ailleurs repris en main".


L'avocat général requiert la culpabilité de Jean-Yves Verreydt pour meurtre

François Demoulin, avocat général devant la cour d’assises du Hainaut, a requis mercredi la culpabilité de Jean-Yves Verreydt pour le meurtre de Philippe Alicardo. «Excès et absurde sont les termes qui me viennent à l’esprit», a déclaré le magistrat, estimant que l’accusé en faisait de trop, jusque dans ses moyens de défense. «Selon ses propres explications, l’acte est involontaire, un accident, on l’a poussé et son couteau a atteint la gorge de la victime». Pour l’accusation, ce n’est pas crédible.

Le magistrat note que, dans sa première déclaration, l’accusé a déclaré qu’il ne s’était pas battu, avant de dire qu’il avait utilisé un bic, et d’avouer que l’arme du crime était son couteau multifonction. «À force de mentir, il est devenu difficile à croire», déclare l’avocat général. Par ailleurs, «il n’a pas de trou de mémoire, comme il le dit. Selon les experts, sa mémoire est intacte et il ne souffre d’aucun trouble. Ses problèmes de mémoire sont en contraste par rapport aux faits», insiste l’avocat général.

L’avocat général avoue qu’il n’a pas été convaincu par le témoignage de Roland, qui avait rejoint Philippe après cette première bagarre. «Plusieurs témoins ont confirmé que Philippe et Roland avaient incité Jean-Yves à sortir de sa tente. Toutefois, on est loin des coups de bâton évoqués par l’accusé. Ce n’est pas objectivé par l’examen médico-légal. Les lésions ne sont que superficielles». François Demoulin n’est pas convaincu quand l’accusé déclare que les deux autres voulaient en découdre avec lui. «Qui frappe en premier? C’est l’accusé! Les autres n’étaient pas armés».

La défense remettra en question l’intention d’homicide, plaidant les coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Pour l’accusation, l’intention d’homicide est bien établie en raison de la nature de l’arme et de la zone létale visée. Selon les experts, le coup a été violent pour atteindre la moelle épinière. Il a été porté du haut vers le bas, en avançant, «ce qui ne correspond pas à la version de l’accusé». L’avocat général ajoute que l’accusé a joint le geste à la parole : «Je vais te planter» et qu’il a accepté les conséquences de son geste.

Au sujet des causes d’excuses qui seront plaidées par la défense (la légitime défense et la provocation), l’avocat général ne les retient donc pas.


La défense conteste l’intention d’homicide

MeMichaël Donatangelo, avocat de Jean-Yves Verreydt, a contesté l’intention d’homicide devant la cour d’assises du Hainaut, mercredi en fin de journée. L’avocat a plaidé une requalification en coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Il a également plaidé la provocation et la légitime défense.

Le jour des faits, les deux hommes entrent dans le magasin et se rendent chacun à une caisse.» Jean-Yves Verreydt a peur de Philippe qui, selon un témoin, a les yeux méchants. Jean-Yves déclare à la caissière qu’il a peur de rentrer chez lui. Philippe lui dit : nous deux, c’est pas fini et on s’arrangera après». Quelques minutes plus tard, ils sortent du magasin et discutent sur le parking.

L’avocat estime que cette scène n’est pas cruciale, car la seconde scène a lieu plus de cinquante minutes plus tard. «À 18h44, Philippe a déclaré à un témoin qu’il savait très bien où le SDF traînait et il n’est pas revenu tout seul». Philippe est alors accompagné de Roland Wuyts, qu’il a joint par téléphone à 18h36. «Roland est en renfort, il est agressif en paroles, alors que l’accusé est dans sa tente, il se plaint au téléphone.»

Me Donatangelo insiste pour tenir compte de la déclaration des témoins directs des faits. Deux témoins ont déclaré que les deux hommes sont allés invectiver l’accusé, qui refusait de sortir de sa tente. Selon les témoins, Jean-Yves demandait de le laisser tranquille. «Pendant qu’un témoin discute avec les deux autres, en tentant de les raisonner, Jean-Yves a peur et sort de sa tente, il part en direction de la place de la Perche. Il ne voulait pas se battre».

Selon les témoins, Philippe et Roland ont suivi Jean-Yves. Pour l’avocat, c’est la preuve qu’ils voulaient en découdre, alors que Jean-Yves voulait qu’ils restent à un mètre cinquante, en raison des distances de sécurité imposées durant la pandémie. «L’accusé est pris en tenaille et la bagarre éclate», insiste Me Donatangelo.

L’accusé reconnaît avoir dit «Arrête sinon je vais te planter», alors que les deux hommes s’avançaient vers lui. «L’accusé reculait, selon un témoin».

«Il n’a rien vis et il n’était pas acharné, car il a porté un coup de couteau à l’aveuglette, à un homme qui portait une doudoune, dont un morceau a été transpercé par le couteau». Pour Me Donatangelo, il existe un doute sur l’intention d’homicide.

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