Beaumont: ”Je ne l’ai pas frappée, elle s’est cognée dans la porte”

Jean-Pierre, poursuivi pour des coups répétés, n’est pas un homme violent – à l’entendre. Tout au plus menace-t-il tout le monde de mort et explose-t-il des portes, mais porter des coups ? Jamais.

Jean van Kasteel
Tournai: violence conjugale. (Cardon Coralie)
©CORALIE CARDON

Qui ment ? L’homme menaçant ou la femme battue ? S’il reconnaît aisément que quand il boit, ses paroles dépassent sa pensée, Jean-Pierre ne fait pas pareil avec ses poings, promis-juré-craché. Ce qui n’est pas la version de Marie, son ex-compagne, et Blaise – le frère de cette dernière. Pas du tout. Et le ministère public a plutôt tendance à croire le frère et la sœur, qui se sont plusieurs fois retrouvés avec des coquards, des bleus, des hématomes et des fractures. Manu, un ami, dit d’ailleurs avoir été frappé à plusieurs reprises, jusqu’à ce que Jean-Pierre le pousse violemment sur le sol, avant de continuer à le rouer de coups. Pourquoi ? Parce qu’il s’était rapproché de Marie, au fil du temps, et que cette dernière venait – une énième fois – de rompre avec Jean-Pierre.

Mais tout cela, c’est de la faute de l’alcool. Et en plus, Marie, Blaise et Manu se liguent contre Jean-Pierre, à l’écouter. Ils auraient fomenté leur mauvais coup en faisant passer leurs blessures, qu’ils se sont faites en se saoulant et en trébuchant, pour lui nuire. Ah, il fallait entendre Jean-Pierre se défendre devant le tribunal, et son avocate tenir un solide argumentaire : Oui, il a menacé tout ce beau monde – “je vais te dégommer”, “casse-toi de Beaumont ou j’te pète” ou encore “je vais te défoncer ta gueule” attestent des SMS. Oui, il a essayé d’exploser la porte d’entrée du domicile de Manu, jusqu’à démolir la vitre avec un coup de poing. Oui, quand il boit il crie, il vocifère et il menace de mort. Oui, il a appelé, envoyé des SMS et laissé des messages vocaux des centaines de fois au trio. Mais Jean-Pierre n’est pas un homme violent. Et jamais, au grand jamais, il n’aurait osé frapper quiconque. Les blessures de Marie ? Elle s’est cognée dans la porte pendant que le ton montait entre Jean-Pierre et son frère. Les blessures de Blaise ? Il se les est faites seul, en rentrant complètement bourré d’un anniversaire. “Avec la pression qu’on me met là-bas, qui plus est quand on boit – comme toujours chez ces gens-là – j’insulte et je menace. Mais les coups, ce sont des mensonges, Madame la juge”, ose Jean-Pierre, la vraie victime, selon lui.

Sauf que c’est lui qui est sur le banc des prévenus, lui rappelle la présidente Jadin. Son avocate le défend, expliquant qu’il n’a pas d’antécédents, que les policiers de quartier n’indiquent jamais – dans leurs nombreuses interventions suite à la consommation plus que régulière d’alcool de tout ce beau monde – que Jean-Pierre serait violent. Et pour chaque scène de coups qu’on lui reproche, il a donné ses explications. “Quel crédit donner à quelle déclaration ?” insiste l’avocate. Elle espère une peine de probation autonome, pour que Jean-Pierre prouve qu’il peut changer et arrêter de consommer de l’alcool. Ou au moins un sursis probatoire, pour se soigner, suivre une formation de gestion de la violence pour sa colère et ses menaces, et une interdiction de contact avec les trois victimes. La procureure du Roi demande un an de prison, sans s’opposer au sursis, “mais je demande qu’alors il s’abstienne de tout contact avec les victimes et qu’il règle ses problèmes d’alcool. Sinon, c’est la prison.”

Jugement le 30 janvier.

> Les prénoms des victimes ont été changés.

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