Adolescente abusée à Charleroi: le non de 75 ans conteste les faits

Laura espérait une reconnaissance des faits de la part de son nono qu’elle a aimé. En vain.

L.C.
 Deux ans de prison sont requis contre le papy.
Deux ans de prison sont requis contre le papy. ©ÉdA – 30474494700 

Pendant longtemps, la jeune Laura (prénom d’emprunt) s’est tue, avant de révéler l’horrible vérité au petit frère de son petit ami. En vacances dans le sud de la France, la petite-fille ne peut plus se taire lorsqu’on lui vante la gentillesse de son nono Giovanni. "Si tu savais", rétorque-t-elle avant de balancer les odieux actes commis par son grand-père. Entre 2014 et 2016, ce dernier est suspecté d’avoir violé et commis des attentats à la pudeur sur sa petite-fille, âgée d’une quinzaine d’années. Giovanni nie la prévention, tout en rapportant au tribunal correctionnel un "incident" vécu avec sa petite-fille, en 2015 ou en 2016. "Un matin, je me suis réveillé avec ma main sur sa cuisse. Elle se trouvait dans mon lit, parce qu’elle avait l’habitude de regarder la télé tard quand elle dormait à la maison. J’ai cru que c’était ma femme et quand j’ai réalisé, j’ai sauté hors du lit", confie-t-il.

Un message à faire passer

À la partie civile, Me Donatangelo s’est érigé en porte-parole de la souffrance de la désormais jeune femme. Depuis la révélation des faits, celle qui aimait plus que tout son grand-père est en détresse psychologique et espérait, au moins, une reconnaissance de son statut de victime par le prévenu. En vain. "On veut faire passer comme message que justice est faite, qu’il y a une reconnaissance de la souffrance psychologique de la victime et des parents. Et on aurait aimé au moins une reconnaissance des faits et un peu d’humanité vis-à-vis de sa petite fille. C’est pire que ce que je craignais", lance le pénaliste. Selon ce dernier, Laura a bien été victime d’attouchements à la poitrine et au sexe et n’a aucun intérêt à mentir face à son nono. Tout comme sa tante et propre fille du prévenu, qui a dénoncé des faits similaires une fois la parole de la jeune fille libérée. "Il a même menacé de tuer sa nona si elle révélait quelque chose."

La thèse de la vengeance évoquée par Giovanni (à la suite d’un différend entre son fils et sa belle-fille) pour expliquer l’origine de cette plainte est bottée en touche par le substitut Vervaeren. Le magistrat a notamment épinglé certaines déclarations interpellantes du prévenu, laissant penser à une forme d’attirance envers les jeunes filles. "Il dit que certains pédophiles ne sont pas des agresseurs s’ils n’ont commis les faits qu’une seule fois" ou alors "si ça plaît à un enfant, c’est son problème."

En tenant compte du dépassement du délai raisonnable et de la certaine lenteur de l’enquête, deux ans de prison sont requis contre le papy, sans s’opposer à un sursis probatoire. À la défense, c’est un acquittement au bénéfice du doute qui est plaidé. Jugement dans un mois.