Charleroi: un prévenu maladroit se fait aider par l'avocate de la partie adverse

Ça peut sembler l’évidence même, mais ça ne l’est pas pour tout le monde : faites-vous accompagner d’un avocat, prenez conseil pour vous défendre seul, ou renseignez-vous au moins dans la littérature disponible en ligne, si vous êtes prévenu dans une affaire devant le tribunal.

L.C.

Sandor, un Hongrois âgé de 42 ans, a bien failli en faire les frais ce vendredi à Charleroi. Pire: il a failli risquer plus gros pour un coup de poing raté que son agresseur, qui l’a passé à tabac avec une matraque télescopique! Mais ce dernier était accompagné, lui, d’un avocat.

Revenons-en aux faits: Adrien, 29 ans, menait une double vie. Il sortait avec Sarah et Anaïs en même temps. Le genre de choses qui finissent par se savoir. Le 1er septembre 2020, à Anderlues, Adrien est dans sa voiture avec Anaïs pour lui signaler que c’est fini entre eux, et qu’il choisit définitivement Sarah. Sauf qu’en parallèle, Sarah bouillonne et se met en quête d’Adrien pour lui expliquer ses quatre vérités. Elle prend sa voiture et passe chercher Sandor et son fils, mineur d’âge, avant de se mettre à zigzaguer dans les rues d’Anderlues, à la recherche d’Adrien. Malgré les protestations de Sandor, passager, elle finit par repérer la voiture d’Adrien, le double brusquement et se met en travers de sa route. Sarah et Adrien sortent, se disputent à grands cris, juste avant que la situation ne dégénère encore plus.

C’est là que les versions diffèrent. Selon Adrien, Sandor est sorti de la voiture de Sarah, énervé, pour venir lui casser la figure. Selon Sandor, c’est Adrien qui s’est précipité vers lui pour en découdre.

Toujours est-il que Sandor a fini par terre, passé à tabac par Adrien, qui s’était armé d’une matraque télescopique et qui a frappé si violemment qu’il a réussi à plier l’arme. Des images qui faisaient peur à voir, selon la juge et la procureure.

Adrien risque deux ans de prison ferme, malgré des excuses, un dédommagement à l’amiable et visiblement l’absolution de Sandor. Il faut dire qu’il est en récidive. Son avocate MeD’Agristina, persuadée que le jeune homme décrit comme bosseur et calme avec sa clientèle – il gère un business dans la région du Centre – n’a pas sa place derrière les barreaux, plaide la peine de travail ou la probation autonome.

Aidé par l’avocate de la partie adverse

Par contre, Sandor est victime, certes, mais est aussi poursuivi pour avoir mis, ou tenté de mettre au moins, un coup de poing à Adrien avant d’être passé à tabac. Le Hongrois de 42 ans se défendait seul, sans avocat. Et il n’avait visiblement pas préparé sa défense. Heureusement que l’avocate d’Adrien, bien gentiment, est venue lui suggérer de plaider la suspension du prononcé ou la peine de travail. Parce que sinon, malgré les tentatives de la juge Jamar qui lui a tendu plusieurs perches, Sandor risquait par son silence jusqu’à six mois de prison et 800 € d’amende.

Alors que son agresseur pourrait échapper à l’enfermement si le tribunal suit la plaidoirie de son avocate.

Faites-vous donc aider si vous êtes convoqués. La justice, même si les magistrats tentent de la rendre la plus humaine possible, est aveugle et impartiale. L.C.