La soudeuse révolutionnaire de Malex

Une PME de Marchienne a conçu une machine à souder novatrice pour la sidérurgie. Reste à la petite entreprise à convaincre les géants de l’acier.

Benoît Wattier
La soudeuse révolutionnaire de Malex
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C'est le type même du savoir-faire wallon, en particulier carolo, dans un secteur industriel traditionnel. Spécialisée dans les machines de soudage de tôles sur les lignes de production en sidérurgie, la société Malex a développé une machine à souder – qualifiée de «révolutionnaire» par ses concepteurs – intervenant dans la production d'aciers spéciaux, piste d'avenir pour la sidérurgie européenne. Une recherche menée dans le cadre du programme CWALity de la Région wallonne, en association avec le Centre d'études wallon d'assemblage et de contrôle des matériaux.

Spécialiste du «raboutage»

Les équipements de Malex s’insèrent dans le processus de production de l’acier au stade des coils, ces énormes bobines de tôle laminée. Celles-ci reçoivent ensuite des traitements tels que galvanisation ou peinture. Mais comme les lignes de production doivent fonctionner en continu, il est indispensable de souder la fin de la bobine au début de la suivante. C’est ce qu’on appelle le «raboutage» de coils.

Pour les aciers classiques, pas de problème: le soudage par résistance est efficace. Il en va autrement pour les nouveaux types d’acier, à haute valeur ajoutée, de plus en plus difficiles à souder. Or, en cas de rupture, c’est une petite catastrophe dans la production qui signifie perte de temps et financière. La solution habituelle, c’est le recours au laser au gaz pour réaliser les soudures, tout en conservant une découpe mécanique de la tôle. Pas l’idéal pour une telle technique de soudure.

La carte de la modernisation

Malex innove à plusieurs égards. D'abord elle recourt au laser à solide, plus compact, plus flexible, plus fiable et moins énergivore, tout en permettant de multiplier les postes de travail au départ de la source. Ensuite la machine est hybride: elle permet de coupler les technologies laser – y compris pour la découpe des tôles – et résistance, ce qui permet de passer d'un à l'autre selon les besoins. Surtout, Malex opte pour le revamping des outils existants. Cette modernisation de l'outil est plus économique que l'installation de matériel neuf (1,7 million€ au lieu de 2,2). Il est rapide à installer et ne bouleverse pas les compétences des opérateurs.

Et maintenant convaincre

La technologie a fait l'objet d'un brevet européen et les premiers essais ont été «impressionnants», que ce soit pour la qualité des soudures ou la vitesse d'exécution, réduite de 40 à 60%. «Le plus dur va commencer: convaincre nos clients», confie Alexandre Quaranta, general manager de la PME qui emploie 20 personnes. Certes, il évalue le marché mondial entre 2 000 et 3 000 soudeuses, ArcelorMittal, NLMK et ThyssenKrupp comptant parmi ses clients. Mais le problème est la taille de l'entreprise et son assise financière: une seule soudeuse dépasserait pratiquement le chiffre d'affaires actuel de Malex. Ce serait dommage si elle était contrainte à s'associer à un partenaire plus puissant ou, pire, à vendre sa technologie…