Avec Lucille, Rosie, Laure et Mélisandre, 1 500 femmes en colère contre les violences sexuelles à Ixelles: «On n’est jamais crues et toujours responsabilisées par rapport à nos agressions!»

La manifestation s'est déroulée sans encombre.

Sylvain ANCIAUX
Avec Lucille, Rosie, Laure et Mélisandre, 1 500 femmes en colère contre les violences sexuelles à Ixelles: «On n’est jamais crues et toujours responsabilisées par rapport à nos agressions!»

"Nous sommes fortes, nous sommes fières, et féministes et radicales et en colère!" Tel était slogan scandé et répété par les 1 500 manifestantes (selon la police) au départ du cimetière d’Ixelles vers la place Fernand Cocq, ce jeudi soir. À l’arrivée de la manifestation qui s’est déroulée pacifiquement, le bourgmestre d’Ixelles Christos Doulkeridis (Ecolo) a reçu une délégation de manifestantes.

L'ambiance était festive et familiale, mais pas naïve pour autant dans les rues d'Ixelles. Les manifestantes ont fait part de leur colère suite aux 17 accusations d'agressions sexuelles envers un serveur de deux bars du cimetière d'Ixelles. Et pourtant, l'énergie de la contestation n'était pas (uniquement) dirigée envers ce cas particulier, mais bien envers "tout un système coupable".

Lucille, Rosie, Laure et Mélisandre sont étudiantes, elles ont 20 et 21 ans, et elles étaient là pour "soutenir les victimes et protéger les générations futures, pour montrer que les femmes ne sont pas passives face à ces actes et ne l’ont jamais été". Selon les jeunes filles, il est temps de croire les victimes et de leur donner crédit. "On n’est jamais crues et toujours responsabilisées par rapport à nos agressions."

53% des affaires de viols classées sans suite

En Belgique, 53% des affaires de viols sont classées sans suite selon Amnesty International. Célia, 30 ans, était présente "en tant que militante féministe". "On se sent faible constamment, dans les bars, au travail, dans la rue. (…) 17 plaintes déposées, c’est énorme quand on sait que beaucoup de victimes ne portent pas plainte. On sait qu’on doit déjà faire attention à notre verre en soirée, alors si en plus on doit faire attention à celui que le serveur nous sert, on ne s’en sortira jamais."

La marche se poursuit avec une consigne particulière. Il a été demandé aux hommes, environ 10% de la masse présente, de rester en fin de cortège pour ne pas invisibiliser les principales concernées. " C’est bien qu’ils soient là, on a besoin d’alliés, mais ils ne doivent pas monopoliser la parole" confirment Lucille, Rosie, Laure et Mélisandre. Si la foule était principalement composée de jeunes, France, 70 ans, a elle aussi tenu à battre le pavé.

"C’est scandaleux ce qu’il se passe. Je marche avec elles parce que leur lutte est juste, c’est réconfortant de voir une telle mobilisation, et c’est très important de provoquer une réaction avec cette manifestation." Une réaction qu’attend aussi Françoise de Smedt, cheffe de groupe PTB au parlement bruxellois. "Il faut des mesures fortes, il y a seulement trois magistrats à Bruxelles qui s’occupent des affaires de mœurs. Ce n’est rien du tout!"

Les rues d’Ixelles ont accompagné le cortège. À leurs fenêtres, les riverains se pressent pour filmer, applaudir ou même cogner des casseroles pour se joindre au mouvement. Une chose est sûre pour les féministes radicales présentes, la colère continuera de grimper tant que la justice ne condamnera pas les faits qui les ont amenées dans la rue.

Sylvain Anciaux