VIDÉO | Le mirage du regroupement familial

Tout mineur réfugié seul en Belgique a le droit de demander à ses parents de le rejoindre. Mais la procédure, difficile, coûteuse et exigeante, n’est pas à la portée de tout le monde.

Déclaration universelle des droits de l’homme, article 16, alinéa 3 :

Vue d'ici, l'oppression de Daesh sur le Moyen-Orient semble bien éloignée. C'était pourtant le quotidien du jeune Osman, contraint de quitter l'Afghanistan à l'âge de 14 ans. «Ils me demandaient de venir avec eux pour tirer sur des gens, mais je ne voulais pas. Pourquoi devrais-je tuer d'autres personnes? », s'interroge-t-il. Le jeune adolescent décide de partir. Il laisse derrière lui ses frères, ses parents, sa vie.

Le lien de parenté reste à prouver

Osman arrive en Belgique. Il est immédiatement placé dans un centre pour demandeurs d'asile à Overpelt, dans le Limbourg. «Quand je suis arrivé, j'avais très peur de me retrouver face à de nouvelles personnes, dans un nouveau pays, avec de nouvelles langues… je ne connaissais ni le néerlandais, ni le français, ni l'anglais. C'était très difficile pour moi », révèle-t-il.

 Lorsque Frans Briers a recueilli le jeune Osman, il n’imaginait pas la longue bataille administrative qui l’attendait.
Lorsque Frans Briers a recueilli le jeune Osman, il n’imaginait pas la longue bataille administrative qui l’attendait. ©EdA - J. Covolo

Très vite, la question du regroupement familial se pose. Une procédure envisageable, mais extrêmement coûteuse: «Au départ, nous avions prévu 1 500€ par personne. En comptant la mère et les trois frères, cela faisait 6 000€, détaille son tuteur Frans Briers. Mais on nous demande des tests ADN, soit environ 200€ par personne. Il faut donc compter 1 000€ supplémentaires. ». L'Afghanistan ne disposant pas d'ambassade belge, la maman d'Osman s'est installée au Pakistan le temps de la procédure. Deux ans plus tard, mère et fils ne sont toujours pas réunis.

Une chance inespérée

L’histoire d’Osman n’est pas un cas unique. Lorsque le quotidien n’est plus rythmé que par des impacts de bombes, que les tableaux noirs font place aux cartes à pointer ou que la maladie décime toute une population, il faut partir. Selon Amnesty international, 5 000 mineurs étrangers non accompagnés (MENA) se sont ainsi retrouvés sur le sol belge en 2015. Après leur prise en charge, plusieurs associations sont là pour les aider.

L’association Mentor Escale est une seconde famille pour les adolescents qu’elle accompagne.
L’association Mentor Escale est une seconde famille pour les adolescents qu’elle accompagne. ©EdA - J. Covolo

Mentor Escale, à Ixelles, est l'une d'entre elles. «Tous les jeunes vont devoir gérer leur vie comme un citoyen qui serait né ici. Nous aidons le jeune qui a obtenu ses papiers, mais qui a encore besoin d'aide sur énormément de démarches pour trouver un ancrage en Belgique: comment avoir accès à des loisirs, se créer un réseau, se faire des amis, etc.», explique Olivier Fagel, porte-parole.

Il le confirme, les cas de regroupements familiaux restent extrêmement rares: « Il y a des jeunes pour qui cela n'aurait pas de sens… parce qu'ils n'ont plus de parents par exemple. Je pense qu'on est à peu près à 10 procédures lancées alors que l'on suit 130 ou 140 jeunes par an. Sur les 10 procédures, il n'y en aura que trois ou quatre qui vont aboutir. »

 Fiyori a retrouvé son papa après huit années de séparation.
Fiyori a retrouvé son papa après huit années de séparation. ©EdA - J. Covolo

Heureusement, tout finit parfois par s'arranger. «Si j'ai des problèmes, j'en parle avec ma famille. Je partage tout avec eux. Je souhaite à ceux qui n'ont pas cette chance de connaître ça un jour », confie Fiyori, une jeune Érythréenne de 21 ans. Après tant d'épreuves, rien ne vaut le bonheur ne pas entrer dans une maison vide à la fin de la journée.

Partirais-tu seul à l’étranger si tu n’étais plus en sécurité? Enverriez-vous votre propre enfant si la Belgique n’était plus sûre? Nous vous avons posé la question.

VIDÉO | Le mirage du regroupement familial
©© Emanuel Crooÿ

Julien Covolo, 24 ans, Blegny

J’habite en région liégeoise. J’ai toujours été passionné par l’audiovisuel et les nouvelles technologies. Du vieux caméscope familial à la Belgodyssée, il n’y a qu’un pas!

Raconter une histoire, expliquer une situation avec pédagogie par l’écriture, l’image ou la voix, demeure un défi dont je ne me lasse jamais. Je perçois le journaliste comme un véritable acteur de la vie démocratique, délivrant au citoyen les clés de compréhension du monde qui nous entoure.

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