Pour les administratifs des universités, "la rentrée, c'est presque un tsunami"
"On est juste mort!". Catherine Dehon, directrice du département études et étudiants de l'ULB, exprime le ressenti du personnel administratif, informatique et des professeurs qui valident les programmes des étudiants.
- Publié le 14-11-2016 à 05h00

"Cette réforme de l'enseignement supérieur, c'est presque un tsunami. La grosse difficulté organisationnelle c'est que les années d'études n'existent plus. On est entré dans un processus d'accumulation de crédits et cela a été très compliqué à gérer sans ressources supplémentaires. Proposer un programme d'études plus flexible, c'est bien mais cette flexibilité doit être accompagnée car les étudiants sont un peu perdus".
Même son de cloche du côté de l'UCL où une partie du personnel administratif est en burn-out ou au bord de l'épuisement. Le décret paysage ne fait pas que des heureux. "Désormais, les étudiants progressent à leur rythme, au fil d'un programme individualisé qui doit être validé par un jury d'admission, explique Marc Lits, prorecteur de l'UCL.On a fait les comptes: le nouveau système exige 1 heure de travail supplémentaire par étudiant – il y a en 30 000 à l'UCL – pour valider son programme et vérifier qu'il sera bien financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il faudrait 28 personnes pour mener à bien ces tâches administratives et pédagogiques mais on n'a reçu aucun subside pour cela ".
Les cours ont repris le 15 septembre mais certains étudiants au parcours plus chaotique n'ont vu leur programme validé que fin septembre voire début octobre. D'autres ont des cours qui se donnent au même moment. Se posent aussi des problèmes pratiques: auditoires surpeuplés, étudiants trop nombreux aux travaux pratiques…
"Ils veulent mettre trop sur leur tartine"
Et le parcours individualisé, un plus pour les étudiants? "On essaie de guider les étudiants de la manière la plus structurée possible en les encourageant à réussir tous leurs crédits bloc après bloc pour éviter qu'ils se voient refuser l'entrée en 2e master parce qu'il leur reste un crédit de bachelier", précise Catherine Dehon. Ce n'est pas la seule incohérence: " l'obligation pour l'étudiant d'avoir 60 crédits dans son programme nous contraint parfois à faire sauter un prérequis, ce qui pédagogiquement n'a aucun sens".
Entre ceux qui se contentent d'un programme allégé (45 crédits validés au lieu de 60) et ceux qui "veulent mettre trop sur leur tartine", il y a tout un suivi à assurer. "En Flandre, des études ont montré que les étudiants qui n'ont pas réussi tous les crédits de 1re année n'arrivent pas à les valider par la suite. À l'inverse, on doit freiner les étudiants trop gourmands car pour être financés l'année suivante, ils doivent avoir réussi 75% des crédits de leur programme".