Grève nationale du mardi 31 mai: ça déraille aux ateliers TGV de Forest, où «on n’investit ni dans les agents, ni dans les formations»

La grève nationale de ce mardi 31 mai prend un retentissement particulier aux ateliers TGV de Forest. Selon la CGSP Cheminots, c’est depuis le site de Forest que le service public a testé ses premiers détricotages des agents statutaires.

Julien Rensonnet

« Eh, on n’est pas resté ici toute la nuit pour les couilles du pape! »

Un conducteur tente de se faufiler sur le site de l’atelier TGV de Forest.Il pourrait franchir la rubalise autocollante qui barre le site.Mais pas le piquet de grève d’une quinzaine de travailleurs. « Y a vraiment pas beaucoup de gens qui se pointent », se félicite-t-on dans les rangs rouges. « Le mouvement est bien suivi ». On laisse entrer un vigile « parce que la sécurité d’un tel site, quand même, c’est important ». Mais on oblige la camionnette d’un prestataire technique luxembourgeois à faire demi-tour. Ses occupants photographient le barrage, comme preuve pour leur employeur.

C’est de cet atelier que l’externalisation des services SNCB a commencé.

« C’est de cet atelier que l’externalisation des services SNCB a commencé », rappelle Abdelmajid Elatrouss, secrétaire permanent bruxellois de la CGSP Cheminots. « C’est un site unique en Belgique.Historiquement, il employait uniquement des cheminots. Mais depuis 2014, THI Factory en a fait un laboratoire ».

 «Près de 25%» des quelque 400 agents des ateliers TGV de Forest seraient désormais des contractuels d’après les militants CGSP.La pression qu’ils ressentent rebondit aussi sur les épaules des statutaires, qui plaident contre les discriminations (statuts, salaires, pensions…) alors que tous opèrent ensemble.
«Près de 25%» des quelque 400 agents des ateliers TGV de Forest seraient désormais des contractuels d’après les militants CGSP.La pression qu’ils ressentent rebondit aussi sur les épaules des statutaires, qui plaident contre les discriminations (statuts, salaires, pensions…) alors que tous opèrent ensemble. ©ÉdA – Julien RENSONNET

À la rue du Charroi, l’opérateur des Thalys, piloté par la SNCF et la SNCB, a peu à peu intégré des travailleurs contractuels aux côtés des statutaires. Dans les rangs CGSP, on estime leur proportion à "20 ou 25%" sur les près de 400 agents.

«Directement sur le terrain»

Quel est le problème avec ce système? "Le métier ici, c’est un métier purement technique", reprend Abdelmajid Elatrouss. "Il s’agit de maintenance préventive et sécuritaire des trains à grande vitesse.Des convois qui roulent à 320km/h.Or, depuis 2018-19, on n’investit plus dans les formations ici.Le contractuel arrive, il rentre directement sur le terrain, on exige de lui qu’il soit indépendant". Le militant répète qu’il "tire la sonnette d’alarme" depuis plusieurs années."Si on n’investit plus dans la formation et les agents, on menace leur sécurité au travail.Celle des voyageurs aussi. Et à terme, on risque d’assister à des accidents ferroviaires".

Si on n’investit plus dans la formation, on menace la sécurité au travail.Et à terme, on risque d’assister à des accidents ferroviaires.

Aux ateliers forestois, on se dit donc "en avance dans la lutte" concernant le désinvestissement, voire la privatisation partielle des services publics, l’une des inquiétudes principales de cette journée de grève nationale du 31 mai 2022.Outre la formation et les investissements, la CGSP Cheminots revendique comme ailleurs un meilleur pouvoir d’achat et des pensions du service public."Les gens viennent ici des 4 coins de la Belgique.L’essence augmente.On n’a eu aucune revalorisation salariale depuis 2018".

Heureusement, ce 31 mai, pas besoin de cramer de l’essence pour se réchauffer.

 Aux ateliers TGVde Forest, la CGSP est sur le pont pour cette journée de grève nationale du 31 mai 2022. Et aussi en dessous.
Aux ateliers TGVde Forest, la CGSP est sur le pont pour cette journée de grève nationale du 31 mai 2022. Et aussi en dessous. ©ÉdA – Julien RENSONNET