Avant le mondial de bodybuilding, le champion de Belgique Nicolas Buba muscle le régime et allège la salle: «Des haltères d’à peine 44 kg» (vidéo et photos)

Pour Nicolas Buba, soulever deux haltères de 44 kg à bout de bras, c’est de la petite bière. Le champion de Belgique de bodybuilding « naturel » se prépare pour le mondial à Prague en « allégeant » ses séances. Son régime par contre, reste drastique : viande blanche, brocoli et rien d’autre. Rencontre à Etterbeek. 

Julien Rensonnet

"Ce vendredi, je vais manger juste un petit peu de riz. Ça sera la fête, comme si j’allais à Disneyland. Le but, c’est de regonfler le muscle, lui donner de la tonicité juste avant la compétition".

Cette compétition, c’est le championnat du monde de bodybuilding "naturel" qui se tient ce 19 novembre 2022 à Prague. Nicolas Buba s’y prépare depuis des mois. Pour lui, pas question de piquouse: ses formes, l’Etterbeekois les sculpte uniquement par le travail en salle et un régime draconien. C’est la règle dans cette discipline d’ascètes. "Des légumes verts, du poisson et du poulet, surtout dans la dernière ligne droite", énumère le colosse qui s’avale au minimum 1kg de viande par jour en 5 ou 6 repas. Et à peine quelques compléments alimentaires: acides aminés et protéines. "Durant 2 semaines, on évite les féculents pour être sec. La peau doit coller aux muscles". On comprend que le bol de riz de ce vendredi sera comme une assiette de Saint-Nicolas pour le souriant Bruxellois qui fait ses courses "en gros" avant de tout congeler. "Heureusement, je n’aime pas trop les sucreries !"

 Nicolas Buba peaufine chaque exercice pour travailler certains muscles bien précis. Il enquille les séries de 12 répétitions, soulevant des charges hallucinantes.
Nicolas Buba peaufine chaque exercice pour travailler certains muscles bien précis. Il enquille les séries de 12 répétitions, soulevant des charges hallucinantes. ©ÉdA – Julien Rensonnet
« Des légumes verts, du poisson et du poulet, surtout dans la dernière ligne droite: je fais mes courses en gros et je congèle tout »

Des Tupperware aux mariages

Son ticket pour Prague, Nicolas Buba l’a empoché le 5 novembre à Bredene. Il y a décroché son 2e titre de champion de Belgique en moins de 80 kg avant de s’adjuger le " toutes catégories ". Un 100% pour l’Etterbeekois, qui a remporté chaque compétition à laquelle il a participé. En 2017 en effet, l’homme avait déjà réussi le doublé Belgique-Monde. Depuis lors, cet addict des brocolis sans sel n’était plus monté sur les podiums. "J’ai arrêté les compétitions car je voulais me consacrer davantage à ma famille", se souvient le papa de deux enfants de 9 et 6 ans. "Le bodybuilding, ça empiète sur la vie privée. La faim est continuelle. Je peux devenir irritable". Même s’il circonscrit la gonflette à ses temps de midi, "ce hobby demande quand même beaucoup de sacrifices". Comme "aller aux mariages avec ses Tupperware".

 Le bodybuilding «naturel» proscrit tout dopage: pas de piqûre pour Nicolas Buba qui ne s’octroie que quelques compléments alimentaires.
Le bodybuilding «naturel» proscrit tout dopage: pas de piqûre pour Nicolas Buba qui ne s’octroie que quelques compléments alimentaires. ©ÉdA – Julien Rensonnet

Mais le Covid passe par là. "Toutes les salles ferment. Je mets le sport entre parenthèses. Et j’ai régressé", se souvient l’athlète que tout le monde salue dans la salle au sous-sol du centre sportif d’Etterbeek. "Au déconfinement, j’ai voulu me remettre en forme". La compétition devient "un moyen de se jauger, de voir où j’en suis". À la voir soulever la fonte sans broncher, on peut dire que la remise en forme à plutôt bien marché…

44 kg… « seulement »

Sur les bancs du Center Gym, Nicolas Buba empoigne deux haltères de 44 kg. "D’habitude, je suis plutôt à 50 mais là je suis en fin de régime", sourit-il sous les regards admiratifs des habitués. "Mon rythme: 5 fois semaine, 2 muscles par jour". Juste avant le mondial, la routine s’adoucit. "Je fais des “tours du monde”, soit tous les muscles chaque jour avec une charge modérée". Épaules, pectos, dos, biceps, triceps: en 45 minutes quotidiennes s’enchaînent 4 séries de 12 exercices pour chaque muscle. "J’amène du sang dans le muscle sans le fatiguer. On est dans la finition, pas l’hypertrophie". Juste de quoi déménager votre bibliothèque chaque jour, quoi…

 Le bodybuilding reste un hobby pour Nicolas Buba. «Mais ça coûte tout de même assez cher, rien qu’en nourriture». Heureusement, la fédé belge le sponsorise pour le mondial de Prague, comme 5 autres athlètes de chez nous.
Le bodybuilding reste un hobby pour Nicolas Buba. «Mais ça coûte tout de même assez cher, rien qu’en nourriture». Heureusement, la fédé belge le sponsorise pour le mondial de Prague, comme 5 autres athlètes de chez nous. ©ÉdA – Julien Rensonnet
« Sur scène, c’est comme un sprint continu: on contracte les muscles en même temps tout en souriant. Tout se joue sur 10 ou 15 minutes »

Le but, c’est de taper dans l’œil des juges au premier regard. "Ils demandent des poses au repos et, avec l’expérience, cernent rapidement les qualités musculaires". Dès ces quelques premières minutes, des mois de diète peuvent être réduits à néant. "On peut gagner pas mal de points avec les poses imposées: doubles biceps, montrer le dos, les pecs". En cas d’indécision, le jury rappelle les candidats. "Je pourrais revenir 3 fois de suite. à ce moment-là, c’est comme si on était en sprint continu: on contracte les muscles en même temps tout en souriant, sans montrer de faiblesse. Tout se joue sur 10 ou 15 minutes sur scène".

« Un athlète idéal »

Dans son comptoir, Maurice Jamar garde un œil sur son poulain aux baskets rouges. "Ça se présente bien: on va à Prague pour gagner". Le coach sait de quoi il parle: champion de Belgique dans les années 70, il est dans le bodybuilding depuis ses 16 ans. "On vient de fêter les 50 ans de la salle", glisse le mentor de 74 ans. "On a sorti pas mal de champions et championnes. Mais Nicolas, c’est un athlète idéal. Il suit scrupuleusement tout le régime que je prescris. Et puis, il est hyper harmonieux: c’est vraiment un bel athlète, de tous les côtés. C’est capital. Et il a cette taille exceptionnelle. Elle est très fine. Même les femmes, elles en rêvent, d’une taille comme ça".

 Pour son coach Maurice Jamar, Nicolas Buba est «un athlète exceptionnel».
Pour son coach Maurice Jamar, Nicolas Buba est «un athlète exceptionnel». ©ÉdA – Julien Rensonnet
« Nicolas, il a cette taille exceptionnelle. Elle est très fine. Même les femmes, elles en rêvent »

Samedi soir, médaille ou pas, Nicolas, son coach et ses frères et sœur s’attableront pour un bon resto dans la capitale tchèque. "Je profiterai, mais sans excès", glisse le sportif de 38 ans. "Certains masters continuent jusqu’à 60 ou 70 ans. Moi, je ne m’y vois pas. Je pense que ce mondial est ma dernière compétition. J’ai fait la promesse à mon épouse". Et le responsable de la ludothèque d’Etterbeek de confier: "La nourriture ne me manque pas: on est comme des machines. Ce qui me manque le plus, c’est de me retrouver moi-même, dans mon état normal. Un régime aussi strict, ça change une personnalité. Je suis fatigué tout le temps, dans ma bulle, focalisé sur mon grammage, mon entraînement. Je veux redonner de l’énergie à mes enfants, à ma femme, et plus tout dépenser à la salle".

 Des muscles qui pourraient sortir vos sacs blancs, jaunes, bleus et oranges en une seule fois… pour deux semaines!
Des muscles qui pourraient sortir vos sacs blancs, jaunes, bleus et oranges en une seule fois… pour deux semaines! ©ÉdA – Julien Rensonnet
 Nicolas Buba assure que ses titres sont aussi ceux du Center Gym Etterbeek «où tout le monde m’encourage et a un mot gentil avant les compétitions».
Nicolas Buba assure que ses titres sont aussi ceux du Center Gym Etterbeek «où tout le monde m’encourage et a un mot gentil avant les compétitions». ©ÉdA – Julien Rensonnet