Le décès de Sourour est survenu “dans un centre de détention où transitent 9.000 personnes par an”

Le parquet assure que le décès de Sourour dans des locaux de police “n’est pas dû à l’intervention d’un tiers”. Le Bourgmestre de Bruxelles Philippe Close donne davantage de nuance à l’affaire.

Belga
Cérémonie d'hommage à Sourour, retrouvée morte dans une cellule de la police de la zone de Bruxelles-Capitale-Ixelles, rue Royale.
Sourour, 46 ans, a été retrouvée morte dans une cellule de la police de la zone de Bruxelles-Capitale-Ixelles, rue Royale. ©MATHIEU LADEVEZE

”Sur base des premières constatations et du rapport provisoire d’autopsie, il semblerait qu’il n’y ait pas eu d’intervention de tiers” dans le décès de Sourour A., a indiqué ce lundi 16 janvier 2023 en fin d’après-midi le parquet de Bruxelles. Pour rappel, Sourour A., 46 ans, qui travaillait dans le milieu associatif, a été retrouvée morte dans une cellule de police à Bruxelles, jeudi matin. Ce décès a généré un vaste mouvement d’hommage et soulevé les questions de la famille, pour qui Sourour n’était pas suicidaire.

Le parquet de Bruxelles a confirmé que l’enquête a été confiée au Comité P, le comité permanent de contrôle des services de police. “Parmi d’autres devoirs d’enquête, le comité P a analysé les images des caméras du complexe cellulaire. Sur base des premières constatations et du rapport provisoire d’autopsie, il semblerait qu’il n’y ait pas eu d’intervention de tiers”, a déclaré le parquet.

”Une analyse toxicologique a également été ordonnée. Les résultats définitifs seront disponibles dans les semaines à venir”, a-t-il ajouté, précisant qu’il accorde une attention particulière à ce dossier.

”Ce n’est pas un commissariat”

Selon le Bourgmestre de Bruxelles Philippe Close (PS), ce décès s’est produit dans un centre où passent chaque année quelque 9.000 personnes faisant l’objet d’une arrestation administrative ou judiciaire. Close était interrogé lundi en fin de soirée au conseil communal par Bruno Bauwens (PTB), David Weytsman (MR) et Jérôme Jolibois (Ecolo) sur les informations en sa possession au sujet de cette mort qui questionne.

L’élu du PTB souhaite que l’on procède à un audit du “commissariat” où se sont produits les faits en raison de deux décès antérieurs qui y sont également survenus.

Philippe Close se veut nuancé. Selon ses mots, le décès est survenu non pas “dans un commissariat”, mais donc bien “dans le centre de détention de la police locale situé à la “Cité administrative”, entre le dispatching de la police fédérale et les locaux de la police de zone”. C’est là que sont prises en charge chaque année, quelque 9.000 personnes faisant l’objet d’arrestations administratives ou judiciaires.

Pressions thoraciques et défibrillateur

Restant prudent par rapport à l’évocation des faits qui sont au centre de devoirs d’enquête du parquet, le bourgmestre de la Ville a confirmé que la police locale de Bruxelles-Ixelles avait été contactée très tôt dans la matinée de jeudi pour une personne qui s’était introduite dans une voiture qu’elle refusait de quitter. Ce qui corrobore le rapport fourni par Doulkeridis à nos confrères de la RTBF (ci-dessous). La patrouille de police envoyée sur place a demandé à plusieurs reprises, en vain, à celle-ci de quitter les lieux. L’intéressée a alors été arrêtée administrativement pour trouble à l’ordre public et emmenée en cellule de dégrisement, a confirmé Philippe Close. En trouvant celle-ci inconsciente, les membres du personnel ont immédiatement pratiqué les pressions thoraciques et utilisé un défibrillateur dans l’attente de l’arrivée des services de secours.

Selon le parquet et le commissaire en chef cités par Philippe Close, il semble donc que d’après les images disponibles, il n’y aurait pas eu d’intervention d’un tiers dans le décès.

Le bourgmestre a encore précisé qu’à la suite des deux décès précédents, une procédure de passage toutes les heures en journée et toutes les deux heures la nuit a été mise en place au centre de détention. Dans la nuit du 17 au 18 janvier 2021, Ilyes Abbedou – un Algérien de 21 ans – a été retrouvé mort dans une cellule identique à celle de Sourour, au même endroit rue Royale. Il avait été interpellé après avoir été pris en flagrant délit du vol d’une veste dans un centre commercial. Onze mois plus tard, le 13 décembre 2021, Mohamed Amine Berkane (26 ans) perdait lui aussi la vie dans une cellule de la rue Royale. En séjour irrégulier, le jeune homme était suspecté d’avoir commis un vol.

Les autorités de la Ville sont disposées à rencontrer la famille de Sourour lorsque celle-ci le souhaitera, a-t-il encore dit.


Le rappel des faits : un suicide avec un pull ?

Selon Le Soir, Sourour A. a été interpellée par une patrouille de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles jeudi vers 6h, rue Américaine à Ixelles. Elle a ensuite été emmenée dans le complexe cellulaire du RAC, le centre administratif de la Police Fédérale, rue Royale. Elle y a été retrouvée morte une heure plus tard. La victime se serait suicidée en s’étranglant avec son pull.

D’après la RTBF, qui a pu prendre connaissance d’éléments du rapport de police via le bourgmestre d’Ixelles, Christos Doulkeridis, Sourour A. a été interpellée dans un véhicule immatriculé en Allemagne. C’est le propriétaire de ce véhicule qui a appelé la police. Une patrouille est intervenue pour demander à Sourour de sortir de la voiture. Selon le rapport, elle tenait des propos incohérents. Sourour A. a alors été arrêtée administrativement et conduite en cellule de dégrisement au RAC, centre de détention de la police locale, vers 6h. C’est ensuite vers 7h que les policiers ont découvert le corps sans vie de la quadragénaire.

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