Sous les yeux ébahis de Lucette, le sapin de Raeren s’est dressé sur la Grand-Place de Bruxelles (photos & vidéo)

Le sapin de Noël de la Grand-Place de Bruxelles est arrivé de Raeren ce 17 novembre 2022 à 6h. Après quelques démonstrations de dextérité des bûcherons et grutiers, il s’est planté dans le pavé centenaire vers 7h30. Sous les yeux de curieux émerveillés.

Julien Rensonnet

"J’aime bien venir voir l’arrivée du sapin sur la Grand-Place. On découvre des choses". Il est 6h. Le crachin glace. Emmitouflée dans sa combinaison de ski, Lucette, 6 ans, regarde les ouvriers du service propreté de la Ville de Bruxelles pomper l’eau qui encombre la logette du sapin, creusée dans le pavé centenaire. L’engin vrombit. Sa maman hausse la voix pour se faire entendre. Sans cette intervention, l’eau jaillirait au moment d’y enfoncer le tronc de près de 5 tonnes.

 Le sapin est arrivé de Raeren à 6h tapantes ce 17 novembre sur la Grand-Place de Bruxelles.
Le sapin est arrivé de Raeren à 6h tapantes ce 17 novembre sur la Grand-Place de Bruxelles. ©IPM – Jean-Luc FLEMAL – Julien RENSONNET
 Lucette n’en perd pas une miette.
Lucette n’en perd pas une miette. ©ÉdA – Julien RENSONNET

Lucette, Sophie et Arnaud se sont levés avant l’aube et ont bravé la pluie pour "ce qui devient une tradition familiale". Les Molenbeekois étaient venus voir le sapin illuminé en 2020. "L’an dernier, on a pris tous nos renseignements pour être certain de ne pas louper l’arrivée", raconte Sophie. "C’est un peu magique". Deviennent-ils des spécialistes des aiguilles décoratives ? "Pas vraiment", sourit Arnaud. "Mais on sait que cette année, c’est un Nordmann et que cette espèce est très touffue". Même si le papa s’étonne de trouver l’arbre saucissonné sur son semi-remorque "plutôt petit".

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»L’arrivée du sapin sur la Grand-Place, ça devient une tradition familiale pour nous», sourient Sophie, Arnaud et leur fille Lucette, 6 ans.
»L’arrivée du sapin sur la Grand-Place, ça devient une tradition familiale pour nous», sourient Sophie, Arnaud et leur fille Lucette, 6 ans. ©JEAN LUC FLEMAL
« Chez nous, on ne plante pas de sapin de Noël. C’est un souci écologique. On en construit en récup».

Le trio restera jusqu’au redressement du géant des Ardennes. "On va voir comment ils s’y prennent, avec ce vent. C’est vraiment un sacré bazar pour le transporter jusqu’ici", apprécie Arnaud. Chez lui, le couple ne plante pas de sapin de Noël. "C’est un souci écologique. On fait de la récup, on en construit en boîte de conserve". Celui de la Grand-Place, ils reviendront le voir décoré. Sophie: "plus que des souvenirs d’enfance, ça m’évoque les forêts, la grandeur, la majesté, la sérénité de l’arbre". Loin de la cohue des Plaisirs d’Hiver. "Il faudrait peut-être qu’on revienne vers 6h, comme aujourd’hui: c’est pile la bonne heure pour l’observer", glisse la famille qui s’éclipse pour déjeuner avant de déposer Lucette à l’école N°6 de Molenbeek, la Nouvelle Vague, le long du canal.

Taillé comme un crayon

" Attends, vas-y, on va le lever un peu parce qu’on doit le tailler en dessous ". Le Nordmann venu de Raeren s’élève au pied d’un hôtel de ville resté dans l’ombre pour économiser l’énergie. Un bûcheron guide le grutier pour orienter les 18m de l’arbre sans embrocher les spectateurs. "À gauche, à gauche ! C’est bon, descend". La tronçonneuse vrombit. Le bois s’affine comme un crayon. C’est presqu’un art.

 Il a d’abord fallu pomper l’eau dans la fosse avant de tronçonner l’arbre au cordeau.
Il a d’abord fallu pomper l’eau dans la fosse avant de tronçonner l’arbre au cordeau. ©ÉdA – Julien RENSONNET
 Ajuster le tronc de 5 tonnes pour le glisser dans sa logette: tout un art.
Ajuster le tronc de 5 tonnes pour le glisser dans sa logette: tout un art. ©IPM – Jean-Luc FLEMAL

Ann Sarlette et Max Kochartz, qui ont offert le sapin, sourient comme des enfants devant le père Noël. Ils ont pris congé pour le voir débarquer à Bruxelles. "Hier, je revenais de Berlin. J’étais dans le train quand le sapin a été coupé", confie Ann. "Mais j’ai tout suivi par téléphone, avec les photos qu’on m’envoyait. Quand je suis rentrée, l’apparence de la maison et du jardin était toute différente, avec beaucoup plus de lumière". Le jeune couple n’a pas vu l’arbre vieillir jusqu’à ses 40 ans. "On a acheté cet été. On n’a pas passé beaucoup de temps avec lui. Mais ça fait quand même quelque chose de le voir partir".

« On a acheté la maison cet été. On n’a pas passé beaucoup de temps avec le sapin. Mais c'est quand même quelque chose de le voir partir »
 Ann Sarlette et Max Kochartz, devant le sapin coupé ce 16 novembre 2022 à dans leur jardin de Raeren. «Il y a désormais plus de lumière dans la maison».
Ann Sarlette et Max Kochartz, devant le sapin coupé ce 16 novembre 2022 à dans leur jardin de Raeren. «Il y a désormais plus de lumière dans la maison». ©ÉdA – Julien Rensonnet

Champagne

Il le fallait cependant: la taille du conifère devenait menaçante en cas de tempête. "On voulait le couper. Par sécurité et pour la luminosité. Alors on faisait des blagues entre nous. On se disait que ça serait trop chouette de le voir sur la Grand-Place". Un jour, Ann prend les blagues au mot: "J’ai écrit aux grandes villes pour proposer le sapin. Anvers, Liège, Mons… Bruxelles est venu le voir avec un pépiniériste spécialisé. Et voilà". Ce pépiniériste, c’est Pierre Demesmaeker. Sa société Inter-Arbo garnit de longue date la Grand-Place, mais aussi les grosses villes belges et néerlandaises, voire le Palais de la Famille royale des Pays-Bas et le Vatican. "C’est le sapin parfait: il est bien conique et n’a pas de branches brunes", glisse-t-il tout en orientant ses gars comme un marshaller sur le bitume de Zaventem.

À 7h35, le conifère se dresse dans la lumière naissante. Reste à habiller cette merveille des hauts plateaux belges. 600 boules couleur champagne et 2km de guirlande l’illumineront dès le samedi 19 novembre. 3 camions nacelles aideront les 10 décorateurs à le dorer. Le sapin sera alors fin prêt pour vos selfies.

 Il ne reste plus qu’à décorer cette merveille de nos hauts plateaux avec 600 boules de Noël.
Il ne reste plus qu’à décorer cette merveille de nos hauts plateaux avec 600 boules de Noël. ©ÉdA – Julien Rensonnet
 Ce Nordmann ardennais de 40 ans d’âge déploie ses 18m sur la Grand-Place: il attend vos selfies.
Ce Nordmann ardennais de 40 ans d’âge déploie ses 18m sur la Grand-Place: il attend vos selfies. ©ÉdA – Julien Rensonnet
 Une fois les Plaisirs d’Hiver terminés, le sapin de Raeren sera réutilisé pour fabriquer des objets artisanaux.
Une fois les Plaisirs d’Hiver terminés, le sapin de Raeren sera réutilisé pour fabriquer des objets artisanaux. ©ÉdA – Julien Rensonnet
 Plongée dans le noir pour les raisons liées à la crise énergétique, la Grand-Place de Bruxelles va davantage rayonner une fois que le sapin de Raeren sera habillé de ses 2km de guirlande.
Plongée dans le noir pour les raisons liées à la crise énergétique, la Grand-Place de Bruxelles va davantage rayonner une fois que le sapin de Raeren sera habillé de ses 2km de guirlande. ©ÉdA – Julien Rensonnet
 Deux flèches parallèles: celle du sapin et celle de l’Hôtel de Ville de Bruxelles
Deux flèches parallèles: celle du sapin et celle de l’Hôtel de Ville de Bruxelles ©ÉdA – Julien Rensonnet