Le couple royal en visite chez BNP Paribas Fortis: pourquoi ce n’est pas si étonnant de voir le Roi Philippe dans une grande banque

Le Roi et la Reine inaugurent le siège flambant neuf de BNP Paribas Fortis ce mercredi. En pleines crises énergétique et climatique, cette visite chez un géant du monde financier peut étonner. Mais elle n’est pas si incongrue. Éclairage.

Julien Rensonnet

Ce mercredi 28 septembre, le Roi Philippe et la Reine Mathilde visitent le nouveau siège de la banque BNP Paribas Fortis, rue Montagne du parc à Bruxelles. En pleine crise énergétique, alors que les ménages belges peinent à payer leurs factures, l’idée de saluer le premier groupe bancaire européen peut paraître incongrue. On est en effet plus habitué à croiser le couple royal dans le secteur associatif ou culturel, ainsi que chez les entrepreneurs et chercheurs belges.

Mais cette escale à deux pas du Palais de Bruxelles, dans une institution financière dont la maison mère française pèse 57 milliards d’euros, est-elle si étonnante ? "C’est tout à fait normal. Ça me semble même évident. Cette visite se tient dans le cadre des 200 ans de la Société Générale de Belgique", pose d’emblée Vincent Dujardin, professeur d’histoire à l’UCL et auteur en 2017 de "Paroles de patrons, que sont devenus nos fleurons nationaux ?" Le double siècle du holding historique est en effet l’un des motifs invoqués par la banque pour justifier cette invitation royale.

La banque n’est pas le holding

Vincent Dujardin: «Fut une époque où l’on parlait symboliquement du parc de Bruxelles comme du siège des 4 pouvoirs en Belgique. À ses 4 côtés se tenaient le Palais, l’ambassade des États-Unis, le Parlement et le 16 rue de la Loi, et enfin la Société Générale». En 2022 encore, le palais s’aperçoit de la toiture du nouveau siège de BNP Paribas Fortis.
Vincent Dujardin: «Fut une époque où l’on parlait symboliquement du parc de Bruxelles comme du siège des 4 pouvoirs en Belgique. À ses 4 côtés se tenaient le Palais, l’ambassade des États-Unis, le Parlement et le 16 rue de la Loi, et enfin la Société Générale». En 2022 encore, le palais s’aperçoit de la toiture du nouveau siège de BNP Paribas Fortis. ©Hans Lucas via AFP

"Il ne faut pas confondre la banque et le holding", détaille l’historien. "Fondée en 1822, la Société Générale est devenue le plus grand holding de Belgique. Il a joué un rôle majeur dans le développement du pays". Ce groupe tentaculaire détenait comme filiales des fleurons nationaux de nombreux secteurs industriels: l’Union Minière au Congo, Electrabel, Distrigaz, Tractebel, les ACEC et la Brugeoise et Nivelles (rail), la FN à Herstal (armement)… Et bien sûr la Générale de Banque, dont les origines remontent à 1934. "La visite royale chez BNP Paribas Fortis est donc logique: c’est une façon de souligner et de reconnaître le pôle majeur de notre économie que fut la Société Générale", assure Vincent Dujardin. Qui ajoute: "Fut une époque où l’on parlait symboliquement du parc de Bruxelles comme du siège des 4 pouvoirs en Belgique. À ses 4 côtés se tenaient en effet le Palais royal, l’ambassade des États-Unis, le Parlement et le 16 rue de la Loi, et enfin la Société Générale".

Fut une époque où l’on parlait du parc de Bruxelles comme du siège des 4 pouvoirs en Belgique.

Le spécialiste de l’histoire contemporaine souligne d’ailleurs que Philippe n’est pas le seul souverain à honorer de sa présence le siège historique de ses voisins de quartier. "Ce fut le cas d’Albert Ier en 1922 déjà, pour le centenaire de la Société Générale. Le Roi Baudouin a suivi pour les 150 ans en 1972. Et Albert II enfin en 1997 pour les 175 ans". À l’époque, le gigantesque holding appartient au passé: pour échapper à l’OPA du patron italien Carlo de Benedetti, la Société Générale a été rachetée par Suez en 1988. Sa filiale bancaire, la Générale de Banque, existera jusqu’en 1999, après le rachat par Fortis en 1998 suivi de la fusion avec la CGER.

 Les souverains belges ont de tout temps entretenu des rapports avec le monde financier. À gauche, en janvier 1999, le prince Philippe arrive au concert du London Philharmonic Orchestra au Palais des Beaux-Arts en compagnie du Gouverneur de la Banque Nationale Fons Verplaetse et du Président de la Société Générale Étienne Davignon. À droite, en juin 1999, le roi Albert II est accueilli par le Président de Fortis Group Maurice Lippens pour les 175 ans de la compagnie d’assurances AG.
Les souverains belges ont de tout temps entretenu des rapports avec le monde financier. À gauche, en janvier 1999, le prince Philippe arrive au concert du London Philharmonic Orchestra au Palais des Beaux-Arts en compagnie du Gouverneur de la Banque Nationale Fons Verplaetse et du Président de la Société Générale Étienne Davignon. À droite, en juin 1999, le roi Albert II est accueilli par le Président de Fortis Group Maurice Lippens pour les 175 ans de la compagnie d’assurances AG. ©Archives Belga

BNP Paribas un peu belge

Mais avec la crise financière de 2008, Fortis a une nouvelle fois changé de mains. Le Gouvernement belge a racheté la banque avant de la céder aux Français de BNP Paribas. C’est ainsi que le couple royal visitera une multinationale hexagonale ce 25 septembre 2022. Mais dont l’État belge conserve encore près de 8% des parts. Dujardin: "En 2022, les banques sont aussi une partie de la solution à la crise énergétique. Notamment par la souplesse parfois nécessaire dans le report des crédits hypothécaires. Une autre crainte que l’on pourrait avoir, c’est de voir ces grandes banques cesser leurs investissements dans des projets belges. Le Roi parcourt le monde pour rencontrer des patrons et des investisseurs: si ces investisseurs sont en Belgique, son rôle est aussi d’aller les voir, de tisser des liens. Et puis, le Roi est le roi de tous les pans de la société: syndicats et patronat, ASBL et entreprises, transports, médecins, chercheurs…"

En 2022, les banques sont aussi une partie de la solution à la crise énergétique. Notamment par la souplesse dans le report des crédits hypothécaires.

Au menu des souverains ce mercredi, BNP Paribas Fortis annonce en premier lieu l’inauguration du nouveau siège de la banque, "conçu comme un immeuble passif et répondant aux normes les plus élevées en matière d’innovation et de performances environnementales". Le Directeur Médias et Communication du Palais Royal Xavier Baert confirme que "ce nouveau site passif représente une innovation architecturale intéressante, à plus forte raison encore dans le contexte actuel, celui de la flambée des prix et de la lutte contre le réchauffement climatique".

 Avec ce nouveau site rue Montagne du Parc, BNP Paribas Fortis affirme être à la pointe de l’architecture passive.
Avec ce nouveau site rue Montagne du Parc, BNP Paribas Fortis affirme être à la pointe de l’architecture passive. ©Belga

Digitalisation au menu

Des échanges sont aussi prévus sur la digitalisation du secteur bancaire, qui peut avoir un impact significatif sur les personnes plus précarisées. Là encore, "l’accompagnement des personnes à faibles compétences numériques, notamment les ainés" est un sujet important aux yeux du Roi. D’autres actualités du secteur bancaire, "le développement durable et le capital humain" clôtureront la journée. "C’est un secteur important pour l’économie et la population. Tout le monde quasiment a un compte bancaire. Comment le secteur accompagne-t-il ses clients ? Comment forme-t-il ses employés ? Que fait-il pour soutenir les opérateurs économiques belges et favoriser les investissements durables ? Tous ces sujets sont éminemment importants pour le Roi", résume le représentant du Palais. Et de pointer que "les banques sont en 2022 des acteurs incontournables pour financer la relance économique et l’action des autorités pour limiter les prix de l’énergie".

Le Roi rencontre autant les fédérations d’entreprises que les associations ou les syndicats.

Au final, Xavier Baert assure qu’il n’y a "pas de règles strictes pour la sélection des visites royales". Celles-ci s’organisent "soit à l’initiative du Palais, soit sur invitation adressée aux Souverains". Ils en reçoivent des centaines par an. Celles-ci sont analysées "sur leurs mérites propres et, selon leur intérêt et les disponibilités des Souverains, décision est prise d’y répondre favorablement ou pas. Le Roi rencontre autant les fédérations d’entreprises que les associations ou les syndicats". Dans le cas de BNP Paribas Fortis, le carton est arrivé "il y a un an déjà". Et c’est bien "dans le cadre du bicentenaire de la Société Générale" que le couple royal descendra rue Montagne du Parc.

Baudouin et Fabiola figuraient sur les billets de 10.000 francs belges.
Baudouin et Fabiola figuraient sur les billets de 10.000 francs belges. ©BELGAIMAGE