Inondations, attentats, cyberattaque…: au cœur de BPS, d’où se gèrent toutes les crises bruxelloises, comme un décor de film catastrophe

C’est Bruxelles Prévention et Sécurité qui gère toute crise survenant dans la capitale. On visite son QG, bunker bardé d’écrans digne d’un film hollywoodien, ou la couleur des tapis est une frontière. Avant de rencontrer Sophie Lavaux, Haut Fonctionnaire et directrice de BPS, qui assure son métier « sans stress, mais sans routine non plus ».

Julien Rensonnet

Un interrupteur s’enfonce.Dans une belle synchronisation, les écrans sourdent de la table en contreplaqué immaculée.Et s’allument d’un même élan. La scène a tout d’un film catastrophe, lorsqu’on pénètre avec « Monsieur le Président » dans un bunker ultra-sécurisé et que, dans le ciel, les extraterrestres lancent leur OPA hostile sur le globe.

La ressemblance n’est pas un hasard: ces ordinateurs sont ceux du QG de Bruxelles Prévention et Sécurité. C’est depuis ce sous-sol du quartier du Congrès que la Haut Fonctionnaire bruxelloise Sophie Lavaux pilote les services d’urgence en cas de crise. Soit "un événement particulier dont l’impact dépasse une seule commune ou une seule zone de police". On peut penser à une inondation, un accident dans un tunnel, une manif qui dérape, un attentat… Mais aussi des événements plus prévisibles comme les 20km ou le défilé du 21 Juillet. En mars dernier, c’est l’afflux massif des réfugiés ukrainiens qui a généré le premier déclenchement de la phase " provinciale " de crise de l’histoire de Bruxelles .Une crise toujours en cours.

 Les salles opérationnelles de Bruxelles Prévention et Sécurité sont réunies sur un seul plateau où chaque zone est délimitée par la couleur de la moquette.
Les salles opérationnelles de Bruxelles Prévention et Sécurité sont réunies sur un seul plateau où chaque zone est délimitée par la couleur de la moquette. ©ÉdA – Julien RENSONNET

Tapis bleu, tapis gris, tapis beige

À la moindre alerte, s’attableront donc ici police, pompiers, Croix Rouge, armée, protection civile, STIB, ministre-Président et bourgmestres concernés…Dans le jargon, on parle des "5 disciplines": les secours, le médical, la police, la logistique et l’information à la population.S’y adjoignent des experts, convoqués d’urgence. On pourrait ainsi y retrouver des ingénieurs du rail en cas de crash ferroviaire, des scientifiques et employés de grosses industries en cas d’incident chimique ou nucléaire, des virologues en cas d’épidémie… Rassemblés sur cette moquette crème, les décideurs convoqués coordonneront les secours sur le terrain, appelleront les renforts, édicteront en urgence des ordonnances de police. Tout ça selon des protocoles réfléchis en amont.Et éprouvés lors d’exercices.

De part et d’autre de cette table de commandement s’étalent deux zones aux limites marquées par les couleurs du tapis qui assourdit les pas. Si la crise survient, on retrouvera côté bleu "les agents opérationnels".Ces policiers ont les yeux rivés sur les écrans retransmettant les caméras sélectionnées parmi les quelque 2.000 dont dispose BPS sur le territoire de la région. Sans compter les drones qui décollent dans l’urgence. Un "master opérateur" joue le rôle de réalisateurs, distribuant les images dans toutes les salles. Dont le côté "gris" de la moquette, à l’autre bout de la pièce. C’est là que travaillent les "officiers de liaison", relais des "cinq disciplines".Par exemple du SIAMU ou de Mobiris.

 Le «gold commander» est le chef de la zone de police qui va assister la Haut Fonctionnaire lors des prises de décision stratégiques durant la crise.
Le «gold commander» est le chef de la zone de police qui va assister la Haut Fonctionnaire lors des prises de décision stratégiques durant la crise. ©ÉdA – Julien RENSONNET

Téléphone rouge

Entre les deux, sur le tapis beige, la Haut Fonctionnaire est donc abreuvée des infos venant des coins bleus et gris.Elle y est secondée par le chef de la zone de police concernée en premier lieu, surnommé "gold commander" durant la phase de crise. Ce sont eux qui prennent les décisions stratégiques. La coordination est primordiale: il ne faudrait pas déployer des policiers dans une zone explosive suite à une fuite de gaz. Se déroule donc dans ce sous-sol climatisé une réplique des "réunions capot" qui prennent place dans la rue lors d’incendies ou autres faits divers.

Il va sans dire qu’internet n’a pas intérêt à flancher.Outre les liaisons classiques, la Haut Fonctionnaire peut donc toujours compter sur un "téléphone rouge" d’une robustesse à toute épreuve. Un "chat" sur une plateforme de communication sécurisée distribue aussi les infos à tous les acteurs et fonctionne comme "tableau de bord" de l’opération. Où on relaye aussi les images et plans qui aident pompiers, policiers, ambulanciers, soldats, à ne perdre aucune seconde.

 En cas de crise, un «master opérateur» joue le rôle de «réalisateur» et abreuve les écrans des images nécessaires à la compréhension de chaque incident.
En cas de crise, un «master opérateur» joue le rôle de «réalisateur» et abreuve les écrans des images nécessaires à la compréhension de chaque incident. ©ÉdA – Julien RENSONNET

Il nous revient que ce centre opérationnel est une véritable Rolls-Royce, qui n’a rien à envier aux outils dont dispose le Fédéral. Mais quand Tania Jimenez allume pour nous les machines de la "salle stratégique", on plonge encore plus dans le décor hollywoodien. D’un fouetté du poignet ou d’un balayage des doigts, la manager de l’implémentation des technologies informatiques et de communication de BPS ouvre les multiples fenêtres, les maximise, les éjecte… Ne manquent que les bruitages technologiques et les halos turquoises des écrans tactiles de cinéma. Mais quand épaulettes des hauts gradés, écharpes des maïeurs et cravates des experts y rejoindront "Madame la Haut Fonctionnaire", on sera malheureusement très loin de la fiction.

Inondations, attentats, cyberattaque…: au cœur de BPS, d’où se gèrent toutes les crises bruxelloises, comme un décor de film catastrophe
©ÉdA – Julien RENSONNET