À Saint-Louis Bruxelles, un cercle étudiant cherche à "décoloniser le langage"

Le cercle Kilimanjaro cherche à conscientiser les étudiants de l'université sur les amalgames encore présents dans notre langage.

Sylvain ANCIAUX
À Saint-Louis Bruxelles, un cercle étudiant cherche à "décoloniser le langage"

Le Cercle étudiant Panafricain "Kilimandjaro" existe depuis 1991. Depuis deux semaines, sa cellule "conférences et débats" a lancé une campagne de sensibilisation pour éveiller aux mots que l'on utilise sans se rendre compte de l'impact qu'ils peuvent avoir. "Beurette, Berbère, Africain, Métisse, Black, Afro-descendant, Arabe, Maghrebin, Rasta." Chaque jour, ces mots s'envolent de bouches rarement mal intentionnées, pourtant ils impactent, amalgament et touchent les personnes concernées. "Les mots ont leur portée, leur sens, on veut sensibiliser à ça, l'objectif, c'est de décoloniser notre langage", développe Yara, membre du cercle, et qui a participé au projet.

L'idée germe en septembre, quand une membre du cercle se dit fatiguée d'être "insultée de la mauvaise façon". "Nous partons d'un constat qu"il y a une mauvaise utilisation des termes", explique Laura, et pour sensibiliser à ce sujet, il fallait une action "choc". "Le but, c'était d'être accrocheurs (...), une conférence sur ce sujet n'allait pas ramener beaucoup de monde." Alors, le groupe de travail composé d'une petite dizaine d'étudiantes de l'université s'est mis en branle et a trouvé un accord avec Saint-Louis pour afficher ses affiches dans les valves de l'établissement. Pourtant, les initiatrices de la campagne l'assurent, l'enseignement, des primaires à l'université, a encore de gros progrès à faire, "il y a un souci au niveau de la formation des profs" explique Habiba, qui étudie en troisième année et est la doyenne du groupe. Et Yara de compléter : "au niveau des profs, des parents, il y avait souvent des remarques racistes et islamophobes (...), tout le monde a son mot à dire sur notre physique".

Des retours positifs

Bonne surprise pour les membres du cercle, la réception semble être plutôt positive. Les affiches ne sont pas l'objet d'une controverse et trouvent même écho dans d'autres universités, à Bruxelles, et même à Paris! Preuve en est que la question de la décolonisation trouve sa place dans le débat actuel, "c'est un sujet qui touche directement nos identités, ce sont des communautés et des identités qui sont réduites et amalgamées, avance Lina, les gens qui emploient ces mots ne savent pas que ça impacte ceux qui les reçoivent". Un succès qui s'explique peut-être par l'ouverture et l'incitation au débat dont le cercle Kilimandjaro fait preuve. "On a fait cette campagne à titre informatif, nous ne sommes pas la police du langage", précise Yara, membre du cercle, qui concède que ces affiches ne livrent que leur analyse.

Le comité formé au sein du cercle du Kilimanjaro l'atteste, les mots que l'on emploie pour qualifier des communauté et identités son parfois lourds à entendre, toutes les jeunes femmes assurent que cette problématique a gravé, au fond d'elles, de graves problèmes de confiance en soi.