Avec le rap de Zwangere Guy, le 21 juillet en slashs au Bal National: «Tout le monde est “scheilezat”»

Zwangere Guy est l’alien de l’affiche du Bal National. Le rappeur bruxellois est plus habitué aux salles sombres ou aux festivals qu’aux scènes partagées avec le Grand Jojo. Mais le MC, crâneur, aime sa ville et veut le clamer. Pour ce 20 juillet, il nous couve un poème. En slash.

Julien Rensonnet
Avec le rap de Zwangere Guy, le 21 juillet en slashs au Bal National: «Tout le monde est “scheilezat”»
Avec son rap cru comme un américain, Zwangere Guy est l'alien bruxellois de l'affiche du Bal National. ©EdA - Julien RENSONNET

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Casquette blanche vissée sur la tête, tasse de thé à la main, Zwangere Guy tranche avec la dégaine des habitués du Daringman, historique bruincafé de la rue de Flandre, à Bruxelles. Slashs à têtes de tigre enfilées sur des chaussettes blanches et sac-banane en bandoulière sur un survêt’ de tennis, il crâne un peu devant les blousons noirs et les bottillons de rockeurs. «Je fais le Bal National, eh», lance-t-il en levant la Stella qu’il n’a pas pu refuser deux fois. Arno bronche à peine. Si les sourcils se lèvent, personne ne promet de venir voir le concert. Le rappeur de 29 ans s’en moque comme de sa première plaque d’IAM: il rejoint sa team sur le seuil du caberdouche, claque quelques mains et dégaine son iPhone pour jauger sa popularité sur Facebook.

Ce soir-là, Zwangere Guy et ses potes du 77 flanqueront le feu aux Gentse Feesten. Mais le gros rendez-vous de la semaine, c’est le podium des Marolles. Alors le rappeur promet: «J’assurerai à Gand parce qu’à mes yeux, un concert pourri de ma plus grande idole peut tout changer. Mais après, je ferme ma gueule pendant 2 jours. Avec Dour, le Bal National, c’est ma grosse date de l’été». Dans un autre style. Plutôt que Roméo Elvis, La Smala, Le Motel, Caballero ou JeanJass, c’est Stellla et le Grand Jojo qui y agripperont le micro après «l’homme enceint».

Avec son rap sombre comme un «bloempanch», aux mots crus comme un américain, l’ancien Stikstof atterrit donc en alien dans les Marolles ce 20 juillet. Mais aussi en voisin. On retrace le chemin entre son appart de Poelaert et le Jeu de Balle, pour comprendre comment il a traîné ses slashs de l’ombre du Palais de Justice aux spots du Bal National.

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«Le Bal National, c’est le scandale: certains disent “bal marginal”»

Zwangere Guy: «Le Bal National, ça fait des années qu’on y va».
Zwangere Guy: «Le Bal National, ça fait des années qu’on y va». ©EdA - Julien RENSONNET

Zwangere Guy: un rappeur comme vous au Bal National, c’est quand même drôle, non?

Je ne sais pas ce qui se passe. J’ai rencontré le programmateur lors du lancement de ma mixtape au magasin de vinyles Crevette Records, rue Blaes dans les Marolles. Il était étonné que je parle le dialecte bruxellois. Il pensait prendre Stikstof, le collectif dont je fais partie. Mais ça ne marchait pas. On a causé et le lendemain, j’étais booké. Ça me fait tellement plaisir! Parce que j’habite juste là.

Le Bal National, vous connaissez alors?

Ça fait des années qu’on y va, t’sais! J’ai embrassé ma copine pour la première fois à Couleur Café mais c’est au Bal National que je lui ai proposé de sortir avec moi. Elle a dit oui direct!

C’est aussi très folklorique: on est loin du rap.

Les gens dansent, chantent. Et puis c’est le gros scandale, hein, le Bal National: tout le monde picole, puis tout le monde est bourré, «scheilezat»! Certains disent «bal marginal». Même les flics qui y travaillent boivent leur coup. Enfin, maintenant c’est peut-être moins le cas...

«Le Sablon pousse un peu trop vers les Marolles, ça craint. Mais le Vieux Marché, il est quand même cool».
«Le Sablon pousse un peu trop vers les Marolles, ça craint. Mais le Vieux Marché, il est quand même cool». ©EdA - Julien RENSONNET

Et partager le micro avec Stellla et le Grand Jojo: c’est bon pour votre pedigree?

Mes deux plus beaux bookings de l’été, c’est Dour et le Bal National! J’ai pas du tout honte. D’ailleurs, y a bien pire. Plein de potes vont venir et tout le monde verra comme je suis fier de ma ville.

Vous allez jouer comme à Dour?

Pas du tout! Ça sera moins violent. Ou peut-être pas... J’amènerai plein de surprises: mes gars de Stikstof, Roméo, le 77 et même un quatuor à cordes. En plus je vais improviser un poème sur place. Un truc sur ma ville, sur la situation politique. Ça sera dans les deux langues et en dialecte bruxellois.

Qu’est-ce que vous aimez dans les Marolles?

Y a plein de bons trucs à manger, y faut le dire. Et le Vieux Marché, il est quand même cool. Ailleurs, on voit des boutiques branchées et l’ancienne cité ouvrière. Il y a donc cette mixité, un mélange culturel que tu ne comprends qu’en vivant là. Bien sûr, c’est plus comme avant: le Sablon pousse un peu trop, ça craint. Ça attire les touristes mais c’est pas encore la Grand-Place, hein. Et de toute façon, les Marolles à l’ancienne, je les ai pas connues.

Pourtant, on vous sent aussi comme chez vous rue de Flandres...

Je viens ici pour parler flamand en buvant ma bière. Parce qu’au Jeu de Balle, y a quand même un peu trop de Français, non? Mais j’aurais pas pu habiter ici: j’y suis jamais seul. Alors avec ma copine, on préfère quand même les bêtes «Froutchs».

Le rap en congé de maternité

 Zwangere Guy en a «sa blinde» d’entendre parler du rap bruxellois. Même s’il ne crache pas dans la chope...
Zwangere Guy en a «sa blinde» d’entendre parler du rap bruxellois. Même s’il ne crache pas dans la chope... ©EdA - Julien RENSONNET

Le rap bruxellois est encensé partout, il devient très populaire: vous n’en avez pas marre d’en entendre parler?

J’en ai ma blinde! Le rap n’a jamais vraiment eu besoin de la presse pour remplir des salles. Mais je la joue «low profile» parce que les journalistes sont comme des fans: ils peuvent aimer quelqu’un et l’oublier le lendemain.

Vous écoutez beaucoup de rap?

75% du temps, oui. Mais bon, j’écoute aussi du jazz, de la soul, de la house, de la techno. Et il me faut aussi du bon Toots et du vieux Arno. Lui c’est un copain: je suis convaincu qu’on fera quelque chose ensemble.

Vous avez sorti une première « mixtape » au printemps: pourquoi pas un album?

J’ai peut-être été bête. Tous les beats sont inédits en plus. Je trouve que la mixtape convenait mieux car il n’y a pas d’histoire, pas de cohésion entre les morceaux. Un album, j’en ferai peut-être un plus tard.

Un rap en néerlandais: les francophones n’ont pas trop l’habitude...

Ah ouais, on s’est incrustés! Et la langue sonne bien. Ma mixtape s’appelle «Zwangerschapsverlof vol.3». Ça veut dire «congé de maternité». Mais surtout ça chante à l’oreille, ça roule.

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