Kenia, petite Rwandaise malade du cœur, opérée en Belgique grâce à «La chaîne de l’espoir»

À Bruxelles, une petite Rwandaise, Kenia, se remet de son opération du cœur. Une dizaine d’enfants se font soigner chez nous, grâce à la chaîne de l’Espoir.

Anne Sandront – Jacques Duchateau

Assise calmement dans un grand fauteuil, Kenia feuillette des livres, pendant qu’on draine ses poumons, remplis de liquide après son opération du cœur. Elle ne pourra pas encore sortir aujourd’hui de l’hôpital, mais ça ne devrait plus tarder. Alors Cécile Masset, sa maman d’accueil, s’organise pour gérer l’organisation de la fin de journée de ses autres six enfants.

Opérée du cœur en Belgique

Kenia est arrivée du Rwanda le 5 mai dernier, pour se faire opérer chez nous, grâce à l'association La chaîne de l'Espoir. Cécile l'attendait à 6 h 25 du matin, à Zaventem. «C'est toujours un moment émouvant… dit la maman. Elle était assise sur une chaise roulante parce qu'elle était faible

La fillette de quatre ans est née avec une malformation cardiaque. Elle a dû quitter sa famille et son pays, parce que son opération à cœur ouvert n'était pas possible au Rwanda. Mais Kenia ne semble pas perturbée, ni par l'hôpital, ni par la famille nombreuse qui l'accueille, dont elle ne parle pas la langue. «Je pense que si mes petits bouts devaient vivre cela, ils pleureraient une semaine… Kenia, elle, a juste eu un gros coup de cafard, l'autre jour, remarque Cécile. L'autre jour, elle a pleuré trois quarts d'heure sans s'arrêter. Mais elle ne se plaint de rien

Un cardiologue de saint Luc parle sa langue, il a essayé d'entamer le dialogue avec elle, mais sans succès. «Avec d'autres enfants, le fait d'entendre leur langue peut les rendre soudain très tristes ou nostalgiques.»

Un déchirement à chaque fois

Ce n’est pas la première fois que la famille de Cécile ouvre sa maison à un enfant opéré en Belgique. Ils ont ouvert leurs portes pour la 1re fois il y a 15 ans, et ont déjà reçu sept autres enfants: six garçons et une fille.

 Cécile Masset, maman d’accueil de Kenia.
Cécile Masset, maman d’accueil de Kenia. ©ÉdA – Jacques Duchateau

Cécile assiste à chaque fois émerveillée à la métamorphose. Quand ils arrivent, ils sont faibles, et vivent au ralenti. Parfois, ils gémissent en se tenant le thorax. C'est très impressionnant! Puis, déjà quatre à cinq jours après l'opération, c'est un autre enfant qu'ils ont. «C'est comme une 2e naissance: ils courent, jouent au football, ils dansent! Il y a des explosions de joie et des fous rires.» Ils sont donc complètement en forme quand ils vont dans les écoles qui les ont parrainés, pour raconter leur histoire devant les élèves.

Au bout de huit semaines, l'aventure s'arrête. Les enfants, qui sont souvent venus avec un beau costume acheté au prix de sacrifices par leur famille, repartent avec un sac plein de vêtements, de jeux et de cadeaux pour tout le monde. Il y a des larmes. «On se console en se disant qu'on les reverra, mais ce n'est pas le cas» reconnaît Cécile. «On a reçu des photos d'Hussein, qui était venu chez nous à 18 mois, mais ce n'est plus le même enfant.» Pour les enfants les plus grands, c'est difficile de retourner dans un milieu défavorisé après avoir découvert les trajets en voiture, la télévision… Mais la Chaîne de l'Espoir n'est pas un organisme d'adoption. Obtenir un visa n'est possible que parce que le retour au pays est fixé. Et qui sait, peut-être que sur les 1 400 enfants sauvés, l'un deviendra médecin dans son pays…

Découvrez Kenia et sa maman d'accueil dans notre vidéo ci-dessus.

Si tu donnes un scalpel à un homme…

Déraciner un enfant africain ou sud-américain pendant deux mois pour le soigner en Belgique, ou envoyer un Superchirurgien, armé de son super-scalpel, pour opérer à l'étranger, ce n'est pas la philosophie de la Chaîne de l'Espoir.

Kenia, petite Rwandaise malade du cœur, opérée en Belgique grâce à «La chaîne de l’espoir»
©ÉdA – Jacques Duchateau

Le but de cette ASBL fondée en 1997 est de donner un maximum d'autonomie aux hôpitaux partenaires. Leur slogan pourrait être: «si tu donnes un scalpel à un chirurgien, il opérera toute sa vie», car l'accent est mis sur la formation des équipes sur place.

Mais la médecine évolue à 100 à l’heure, et les médecins sur place n’ont pas toujours accès aux nouvelles techniques, ou ne pratiquent pas régulièrement le geste chirurgical. Alors les médecins belges partent sur place pendant leurs vacances et opèrent ou assistent les autres chirurgiens en salle d’opération. Le tout bénévolement.

Parmi eux, on trouve des spécialistes en chirurgie cardiaque, orthopédique ou maxillo-facial, mais aussi des anesthésistes, des infirmiers, des kinés… Ils travaillent sur place en binôme: un médecin belge avec un médecin autochtone.

Uniquement des enfants

La chaîne de l’Espoir ne soigne que des enfants, qui ont le plus souvent un diagnostic vital engagé. La Belgique n’est pas le seul pays participant: la France – pays fondateur -, l’Allemagne, le Portugal, le Luxembourg et l’Italie font également partie de l’aventure. Et les pays bénéficiaires sont la République démocratique du Congo, le Bénin, le Rwanda, le Sénégal et le Nicaragua.

12.000€

1400 enfants ont été sauvés par la chaîne de l'Espoir depuis 1997. Dix à douze enfants viennent chaque année se faire opérer en Belgique, pour un coût variant de 12 000€ (les opérations cardiaques sont les plus chères). Quand les médecins partent à l'étranger pendant leurs vacances, ils effectuent en moyenne une trentaine d'opérations.

 La petite Kenia, opérée à Bruxelles, pourra bientôt retrouver sa famille.
La petite Kenia, opérée à Bruxelles, pourra bientôt retrouver sa famille. ©ÉdA – Jacques Duchateau

Le financement de la chaîne de l'Espoir est minoritairement public (DGD, WIB…), ce qui lui vaut un statut d'ONG. La majorité des fonds vient de donateurs, et d'activités externes. Prochain rendez-vous, un concert de Scala, organisé au Grand théâtre de Namur, le 9 septembre à 20 h.

Réservations: (www.theatredenamur.be/hors-saison)

L'équipe de bénévoles est composée de plus ou moins 130 personnes: des médecins, des infirmiers, des familles d'accueil et du personnel administratif. Il y a un noyau de fidèles, ainsi que des équipes qui se renouvellent.

 Association «La chaîne de l’espoir» qui permet à des enfants d’Afrique d’être opérés en Belgique
Association «La chaîne de l’espoir» qui permet à des enfants d’Afrique d’être opérés en Belgique ©ÉdA – Jacques Duchateau
 Association «La chaîne de l’espoir» qui permet à des enfants d’Afrique d’être opérés en Belgique La petite Kenia et sa maman d’accueil Cécile Masset.
Association «La chaîne de l’espoir» qui permet à des enfants d’Afrique d’être opérés en Belgique La petite Kenia et sa maman d’accueil Cécile Masset. ©ÉdA – Jacques Duchateau