Klara Festival: «Prends pitié», l’éternelle prière

Le plus important festival de musique classique bruxellois débutait ce 11 mars. De Bozar au Mirano,il aborde la passion, la souffrance et la pitié. Nécessaire aujourd’hui.

Marie-françoise Gihousse

Klara, c’est le Musiq’3 flamand. Mais c’est aussi à Bruxelles un des plus grands festivals de musique classique du pays. Un événement qui se place au niveau international avec, chaque année, quelques tout grands noms parmi les invités.

Le thème cette fois est «Erbarme dich», référence au «Erbarme dich, mein Gott» (prends pitié, mon Dieu) une des plus belles pages de la Passion selon Saint Matthieu de Bach. «L'année dernière déjà, nous confie Hendrik Storme directeur, la passion était au cœur du festival mais plutôt du côté de l'amour. Cette fois, ça me paraît encore plus intéressant parce que nous allons parler de souffrance et de pitié. Ce n'est d'ailleurs pas nécessairement un thème religieux, plutôt humain. Je trouve qu'un vent froid souffle actuellement sur nos vies, qu'il nous manque la pitié. Face aux réfugiés, par exemple, je suis étonné de notre manque d'humanité.»

Bil Viola à la cathédrale

Musique donc avec quelques grandes «passions» dont bien sûr celle de Matthieu dirigée par Sir John Eliot Gardiner ou revisitée par le compositeur chinois Tan Due. Celle de Jean à travers la création mondiale d'une pièce musicale au Kaaitheater And you must suffer dans des décors signés Wim Delvoye. Des stabat mater et des requiem aussi. «Une des questions à la base de notre démarche, c'est pourquoi les passions de Bach ou d'autres continuent à attirer un public aussi nombreux? A une époque où on pense que le religieux a disparu.»

De la musique, du théâtre, du cinéma à Flagey ou encore l'exposition Martyrs de l'artiste et vidéaste américain Bil Viola. Une exposition qui se tiendra, elle, dans la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule.

«C’est une chose typique du Klarafestival. Nous essayons toujours de faire appel à toutes les richesses de la musique classique bien sûr mais aussi du théâtre musical ou d’autres ressources. C’est important car, nous avons besoin de renouveler notre public. S’y ajoute la volonté de faire de ce festival une vraie fête autour de la musique classique.»

Musique live au Mirano

Pour preuve, le partenariat pour la seconde fois, entre le festival et Universal/Deutsche Grammophon pour l'organisation d'une Yellow Lounge au Mirano, célèbre boîte bruxelloise. «Le principe est de proposer trois petits concerts en alternance avec des DJ avant de faire la fête sur la piste.» Et cette année, au Mirano, c'est l'excellent guitariste Milos Karadaglic, la violoniste Esther Yoo et les pianistes Lucas et Arthur Jussen qui mèneront la danse aux côtés des DJ Mengel & Berg. «Un couple qui manie tout aussi bien le classique, que la pop ou l'électro.»

Un festival qui voit grand dans une période pourtant plutôt morose pour la culture. «Nous sommes le seul festival qui travaille avec tous les grands organismes culturels bruxellois. Quand on rassemble les budgets, ça permet de faire plus…»

+ Du 9 au 24 mars 2016, programme complet sur www.klarafestival.be

+ Concerts, interviews, ambiance… retransmis en direct sur Klara (radio de musique classique de la VRT) mais aussi sur Musiq’3