Guerre des taxis et guerre des nerfs: Uber condamnée, son principe copié à Bruxelles?

La société Uber, qui propose des covoiturages entre particuliers via une application, n’a pas l’intention de cesser ses activités après la décision du tribunal de commerce. Décision qui fâche la commissaire européenne Neelie Kroes, qui s'en prend violemment à Brigitte Grouwels. La Ministre des Transport répond du tac au tac.

Guerre des taxis et guerre des nerfs: Uber condamnée, son principe copié à Bruxelles?

Le tribunal de commerce de Bruxelles a ordonné à la société américaine Uber de cesser ses activités de covoiturage entre particuliers, dans un jugement rendu la semaine dernière.

Ce service permet aux particuliers de s'inscrire via une application mobile pour conduire les citoyens bruxellois à moindre coût. Selon la porte-parole de l'entreprise, ce service compte à Bruxelles «des milliers d'usagers».

Cette condamnation, agrémentée d’une astreinte de 10.000 euros par infraction constatée, est la conséquence d’une plainte introduite par la société Les Taxis Verts.

Google actionnaire

Depuis son arrivée sur le marché bruxellois, Uber, dont Google est actionnaire, s'était attiré les foudres des sociétés de taxis et de la Région bruxelloise. La ministre bruxelloise des Transports, Brigitte Grouwels, avait mis la société en demeure de cesser ses activités, en vain.

Récemment, trois associations de taxis avaient mis la ministre en demeure. Si Uber n’avait pas cessé ses activités pour le 15 avril, ces sociétés avaient laissé entendre qu’elles se sentiraient déliées de l’obligation de respecter la législation bruxelloise en matière de transport des personnes.

Uber va contester et continuer

Uber a annoncé qu’elle allait contester «de toutes les manières possibles» la décision du tribunal. Uber juge cette décision «inacceptable». Uber précise aussi qu’elle continuera à offrir le service "UberPop" à Bruxelles.

Uber affirme que les services de transport traditionnels et nouveaux peuvent parfaitement coexister. «Mieux, le nombre d’usagers des services de transport augmente dans ce cas. Cela a été prouvé dans d’autres villes où nous sommes actifs», poursuit la porte-parole.

L’entreprise souligne encore que les services qu’elle offre sont aussi bien dans l’intérêt du consommateur que de l’entrepreneur individuel.

Uber précise en outre être en discussions avec le gouvernement bruxellois dans le but de pouvoir offrir dans la capitale ses services sous licences - lesquels seront assurés par des chauffeurs professionnels. L’entreprise se dit confiante à ce propos et indique voir des ouvertures.

Elles l'ont dit

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Neelie Kroes

Mardi, la commissaire européenne Neelie Kroes s’était dite scandalisée par la décision de la justice belge.

«Je suis scandalisée par la décision rendue par un tribunal bruxellois d’interdire Uber», écrit-elle. «Sont-ils sérieux? Quel genre de système judiciaire est-ce donc?»

«Cette décision ne protège ou n’aide en rien les passagers. Il s’agit juste d’aider un cartel de taxis. La ministre régionale est Brigitte Grouwels. Son titre est celui de ‘ministre de la mobilité’, mais il devrait peut-être être ‘ministre de l’anti-mobilité’», dénonce le commissaire néerlandaise, connue pour son franc-parler.

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Brigitte Grouwels

Brigitte Grouwels a ensuite condamné la réaction de Kroes. «Les règles sont faites pour être suivies. Si elle avait été ministre en Belgique, Kroes aurait probablement dû démissionner après de tels propos», a réagi Grouwels sur la VRT-Radio.

La ministre bruxelloise a également défendu sa position. «Le système de Uber est intéressant, mais il existe des règles et il convient de les respecter. Le tribunal de Commerce a constaté qu’elles n’étaient pas respectées. Il est particulièrement fâcheux dans le chef d’un commissaire d’estimer que les règles ne doivent pas être respectées», a dit Grouwels.

Veiller au respect des règles en matière de fiscalité et d’assurance n’est pas anodin, a encore fait valoir Brigitte Grouwels.

«La société a fui ses responsabilités»

«Aux Etats-Unis, on a connaissance d’un accident mortel avec un taxi Uber, et on fait état de nombreux problèmes d’assurances, la société ayant fui ses responsabilités», a-t-elle précisé. «Nous voulons organiser, à Bruxelles, un secteur des taxis de qualité offrant une sécurité garantie», a appuyé la ministre. Celle-ci cherche en revanche à ce qu’une application telle que proposée par Uber puisse être développée pour le secteur des taxis.

Selon la ministre CD&V, Neelie Kroes est l’incarnation du «libéralisme sauvage» en vertu duquel «le plus fort gagnera». Grouwels dit partager un autre point de vue que celui de «la dérégulation incontrôlée qui peut mener au bain de sang social et à terme à une aggravation de l’offre».

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Els Ampe

La députée bruxelloise, Els Ampe, cheffe de groupe Open Vld, a appelé mercredi à ce que le règlement taxi puisse permettre l’éclosion de nouvelles initiatives telles que le covoiturage proposé par Uber.

«?La législation doit être ouverte au progrès futur. Nous ne pouvons pas répéter l’échec de la 4G?», a estimé Els Ampe dans un communiqué. «?C’est comme si nous revenions quelques siècles en arrière, au temps des guildes et des corporations. Un temps où les différentes professions empêchaient aux nouveaux acteurs d’exercer leur métier librement. Un tel manque de libre marché est nocif pour le consommateur?».

Pour Els Ampe, «?nous ne pouvons pas avoir peur du progrès. Les règles qui entravent l’amélioration de la qualité de vie doivent être abrogées?».

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