Fermeture du Fuse : le Conseil Bruxellois de la Nuit veut redéfinir les clubs en “lieux culturels” et les reconnaître comme “patrimoine immatériel”

Réuni en urgence, le Conseil Bruxellois de la nuit suggère de transformer les clubs en “lieux culturels”. Ce qui devrait aussi permettre d’empêcher une seule personne de provoquer leur fermeture, comme dans le cas du Fuse. C’est ce qu’on appelle le principe d'” Agent of change”.

Julien Rensonnet
Pierre , DJ résident , mixe au Fuse
Faire des clubs comme le Fuse un "patrimoine culturel" permettrait selon le Conseil de la Nuit de les protéger contre des initiatives juridiques du voisinage. (Archive) ©Alexis Haulot

Le Conseil Bruxellois de la Nuit s’est réuni “dans l’urgence” ce mercredi 18 janvier 2023. Cette réunion exceptionnelle des acteurs du secteur, mais aussi locaux et régionaux (lire plus bas), fait évidemment suite à la fermeture du Fuse. Pour rappel, le mythique club techno bruxellois a fait taire ses platines sine die ce vendredi 13 janvier 2023. En cause : un conflit de voisinage à propos de nuisances sonores. À ce sujet, le Conseil Bruxellois de la Nuit “regrette la situation vécue par le Fuse et demande à toutes les parties de faire preuve de pragmatisme et de rouvrir dans les plus brefs délais, si nécessaire de manière provisoire, afin de donner le temps aux parties de trouver une solution pérenne pour tous”.

Mais l’ambition du Conseil, créé en 2020 par le Gouvernement bruxellois des suites du covid, est plus large : ses membres souhaitent comprendre les raisons juridiques de la fermeture du Fuse, identifier ses conséquences à l’échelle régionale et “formuler des pistes pour éviter un précédent”.

”Sans vouloir se substituer à la procédure légale en cours”, écrit le Conseil dans un communiqué diffusé ce vendredi 20 janvier 2023, “Notre avis est unanime pour déclarer que la vie nocturne fait partie du patrimoine et de la culture bruxelloise et doit être défendu”. Insistant sur le fait que le clubbing “fait le rayonnement de Bruxelles au-delà de ses frontières et empêche l’appauvrissement culturel, économique et social de la capitale”, le Conseil “reconnaît néanmoins les répercussions et les conséquences du bruit engendré par la vie nocturne”.

Agent of change

D’où plusieurs “pistes de médiations” ébauchées. La plus intéressante sans doute : “explorer la piste du principe d'” agent of change” et ses implications dans le Code Bruxellois de l’Aménagement du Territoire (CoBAT)”. Une mission qui reviendrait à perspective.brussels. La Brussels By Night Federation avait déjà évoqué cette piste dans nos colonnes. Il s’agit, comme à Berlin ou Londres, de tenir compte d’un “principe d’antériorité” concernant des quartiers de fête nocturnes hébergeant clubs et cafés dansants afin d’éviter que les lois en cours pour toute une région n’offrent à un seul voisin le pouvoir de fermer ces lieux. Le Conseil détaille : “Ce principe stipule que c’est au nouvel aménagement sensible au bruit qu’incombe la responsabilité d’atténuer les impacts des activités ou utilisations existantes génératrices de bruit.” En clair : le voisin s’installe en connaissance de cause dans un quartier de vie nocturne. Et soit il isole à ses frais, soit il déménage.

guillement

Ce principe d'"Agent of change" stipule que c'est au nouvel aménagement sensible au bruit qu'incombe la responsabilité d'atténuer les impacts des activités ou utilisations existantes génératrices de bruit.

Autre piste majeure : “proposer, à court terme, aux administrations urban.brussels et perspective.brussels de redéfinir les critères liés aux établissements de nuit”. Plutôt que de leur conserver leur définition d'” activité commerciale”, il s’agirait de les requalifier en “équipements culturels et d’intérêt collectif”. Le Conseil argue ici de “leurs bénéfices à la culture, l’économie, l’emploi, la construction de soi, la santé mentale, le tremplin d’artistes locaux, le tourisme…” Allant un pas plus loin, le Conseil “proposera au Gouvernement Bruxellois “de reconnaître certains des clubs comme patrimoine culturel immatériel”. Cette nouvelle définition “et ses implications” devront être inscrites au PRAS. En Allemagne, en 2021, le Parlement a changé le statut des clubs en “lieux culturels”. Des demandes similaires émergent en Angleterre et en France. Berlin va plus loin : des acteurs historiques de la techno y militent pour l’inscription des clubs sur la liste du Patrimoine immatériel de l’UNESCO.

Un budget et des primes

Enfin, le Conseil bruxellois de la Nuit milite pour être “impliqué et consulté par Bruxelles Environnement dans l’élaboration des arrêtés bruit de voisinage et des installations classées prévus en 2024”.

Plaidant pour sa pérennité, le Conseil souhaite “se voir octroyer un budget afin de financer les études nécessaires à la réalisation de ce plan d’action”. Au bénéfice notamment des communes disposant de quartiers festifs. Il souhaite aussi que les primes régionales renolution.brussels puissent être octroyées “pour les travaux d’isolation et d’acoustique”.

Autour de la table ont pris place la Brussels by Night Fédération, née durant le covid et qui représente une soixantaine de clubs et organisateurs de soirées, la Fédération HoReCa, les urbanistes de 24h Brussels, le service tranquillité publique de la Ville de Bruxelles et l’administration régionale de promotion du tourisme visit.brussels qui héberge le Conseil depuis 6 mois. Tout ça sous les auspices de la coordinatrice du Conseil de la Nuit Alya Dirix et avec l’assistance technico-juridique d’experts de Bruxelles-Environnement. Rappelons-le : c’est la responsabilité de cette administration bruxelloise qui est pointée du doigt dans la fermeture du Fuse, le club arguant que les restrictions sonores et horaires de l’arrêt “son amplifié” de 2018 sont intenables pour une exploitation rentable.

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