"Bruxelles-Propreté a laissé travailler Monsieur avec 37 avertissements: il laissait ses collègues boire, tenait des propos racistes, menaçait..."

"Surveillance excessive", tâches avilissantes"... Pour l'avocat Me Antoine Chomé, aucun doute: Bruxelles-Propreté et un de ses responsables sont en cause dans le suicide d'un employé en 2016. C'est ce qu'il plaide en correctionnelle.

Belga
Le centre de tri Recyclis, exploité sur le site de Bempt à Forest par Bruxelles-Energie en collaboration avec Bruxelles-Propreté et Fost Plus, réalise le tri des emballages PMC et papiers-cartons pour la Région de Bruxelles-Capitale.
Bruxelles-Propreté est jugée pour déterminer sa responsabilité dans le suicide d'un employé en 2016. (Illustration) ©EdA - Julien Rensonnet

Me Antoine Chomé a plaidé, lundi après-midi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, la condamnation de Bruxelles-Propreté et de l’un de ses responsables pour non-assistance à personne en danger et homicide involontaire. Il estime qu’ils sont responsables du suicide, en août 2016, d’un employé dont il représente la famille. Cet employé dénonçait, depuis trois ans, le harcèlement moral dont il était victime de la part de son supérieur hiérarchique.

Me Chomé a avancé que le comportement d’un responsable de Bruxelles-Propreté, l’agence régionale de propreté publique, était en lien causal avec le décès d’un employé. L’avocat a notamment pointé, de la part du responsable en question, une “surveillance excessive” de la victime au travail. Il a également évoqué le fait qu’il lui ordonnait des “tâches avilissantes”, qu’il rédigeait à son sujet des “rapports de signalement qui ne tenaient pas la route, selon le tribunal du travail” qui les a examinés, et enfin le fait qu’il était l’auteur “d’insultes racistes” envers diverses personnes.

LIRE AUSSI | Bruxelles-Propreté est-elle responsable du suicide d'un de ses travailleurs? Le procès démarre

”L’agence a laissé travailler Monsieur L. alors qu’il avait déjà reçu 37 avertissements. Il laissait ses collègues boire de l’alcool au travail, tenait des propos racistes, menaçait des particuliers… Il créait un climat hostile et il n’y a pas eu un début d’enquête disciplinaire le concernant”, s’est offusqué l’avocat.

"À bout de souffle"

L’employé victime s’est donné la mort en août 2016, après une première tentative de suicide le 24 mai 2014. Cet homme, employé depuis 1992 par l’agence régionale bruxelloise de propreté publique, était harcelé moralement par l’un de ses supérieurs. Depuis 2013, il dénonçait ces faits et avait également porté plainte auprès de la police, le 17 juin 2014, peu après sa première tentative de suicide. Par ailleurs, l’auditorat du travail de Bruxelles avait été mis au courant des faits, dès le 16 septembre 2014, et était intervenu. Il avait pris contact avec l’employeur et avait saisi les services externes pour la prévention et la protection au travail.

Alors que la victime était déjà “à bout de souffle” selon Me Chomé, un nouvel incident s’est produit le 15  juillet 2016. Un rapport a mentionné qu’il était à l’origine de l’agression physique d’un de ses collègues, ce qui a conduit à son licenciement. Or, selon Me Chomé, le témoin-clé de cette agression a affirmé plus tard qu’il n’avait rien vu, la victime n’a pas déposé plainte et aucun certificat médical n’a été dressé. Ce énième coup dur aurait été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, selon l’avocat de la partie civile, conduisant la victime au geste de désespoir d’août 2016.

Le procès se poursuivra mercredi matin avec le réquisitoire de l’auditorat du travail.

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...