Des plantes grimpantes, mais pas seulement: voici comment 19 cours d’écoles bruxelloises seront végétalisées

Le projet régional Ré-Création va végétaliser 19 cours d’écoles bruxelloises. Il ne s’agit pas de juste y planter quelques grimpantes, mais de refondre totalement les espaces de jeu et de repos. Décryptage. 

Julien Rensonnet

" Donnez-nous, donnez-nous des jardins, des jardins pour y faire des bêtises « , chantent les enfants dans la bouche de Pierre Perret.

Dès 2023, ce vœu devrait se réaliser pour une vingtaine d’écoles bruxelloises. Le projet régional Ré-Création alloue en effet 5 millions d’euros pour végétaliser 19 cours de récréation (lire cadrée). Marylou Paës, coordinatrice de l’opération Ré-Création pour Bruxelles Environnement, nous en explique les enjeux.

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Qu’est-ce qu’une cour de récréation idéale ?

Question difficile. Tout dépend de la configuration de l’espace, du nombre d’élèves… Les écoles candidates surchauffent toutes au moindre rayon de soleil. Elles sont plates, mornes, tristes, elles manquent de diversité dans les activités proposées. Qui se limitent souvent à un terrain de foot entre 4 murs. D’où des conflits. Ces cours ne répondent pas aux besoins des enfants: se défouler, grimper, mais aussi papoter, se reposer… La cour idéale répond à tous ces besoins.

Peut-on répondre à tous ses axes dans chaque cour ?

Tout dépend du budget, évidemment. L’objectif de l’appel à projets, c’est de répondre à trois enjeux. D’abord apporter de la fraîcheur via l’implantation de nature. Ensuite, désimperméabiliser les sols, éviter les inondations et les flaques et déconnecter les eaux de pluies du réseau d’égouttage. Et enfin augmenter la biodiversité. Cette triple approche doit améliorer le bien-être, bien sûr. Elle résout aussi ce gros problème qu’est la répartition non-genrée des cours de récré.

 Un exemple de cour végétalisée avec, au centre, une agora. On y distingue aussi des modules d’équilibre, des cabanes, des jardins de pluie…
Un exemple de cour végétalisée avec, au centre, une agora. On y distingue aussi des modules d’équilibre, des cabanes, des jardins de pluie… ©Bruxelles Environnement – Opération Ré-Création
Un espace végétalisé est neutre. On y joue indifféremment qu’on soit garçon ou fille. Ce qui n’est pas le cas d’une cour dotée de terrains de sport.

C’est-à-dire ?

Un espace végétalisé est neutre. On y joue indifféremment qu’on soit garçon ou fille. Ce qui n’est pas le cas d’une cour dotée de terrains de sport où ceux qui n’y jouent pas sont relégués aux marges.

Vous n’oubliez pas non plus l’objectif pédagogique.

Une cour verdurisée, dotée d’une mare, d’un potager, répond à des objectifs de pédagogie tels que ceux prônés par "l’école du dehors". C’est d’autant plus important à Bruxelles, où sortir de l’école pour voir la nature reste compliqué.

Les 19 projets retenus mettent aussi l’accent sur des espaces de calme. Comment les réaliser dans cet environnement de cour de récré terriblement bruyant ?

La végétalisation apaise. Construire de petites cabanes de bois peut traduire visuellement l’isolement et le calme souhaités par les enfants, d’autant qu’un tel équipement atténue la propagation du bruit. On se rend compte aussi que les élèves, lorsqu’ils se rendent à l’extérieur dans le cadre d’un cours, s’avèrent plus calmes qu’en classe intérieure. Enfin, si on change l’infrastructure, on adaptera le niveau de bruit. Un enfant qui chipote dans une rivière, des copeaux de bois, est davantage concentré.

Une rivière ? !

Une école bruxelloise en est déjà dotée, oui ! Ce ne sera jamais une véritable rivière, mais plutôt un "cheminement d’eau" avec une pompe à eau de pluie qui permet de se pencher sur le cycle de l’eau. En cas de sécheresse, les élèves se rendront compte que la rivière s’assèche. On revient à la pédagogie.

Il faut dédramatiser le fait d’être un peu sale, de ramener un peu de sable et de boue sur ses genoux.

Des rivières, des mares, des pelouses, des reliefs… Et si la boue entre dans les écoles ? Qu’en pensent les directions, enseignants et personnel d’entretien ?

Ces craintes peuvent être levées avec quelques petites infrastructures comme une armoire à bottes. Certaines écoles "sacrifient" les couloirs mais, en classe, profs et élèves chaussent leurs pantoufles. Ils aiment ça. À Courtrai, une école équipe ses enfants de combinaisons imperméables pour jouer en extérieur. Il faut dédramatiser le fait d’être un peu sale, de ramener un peu de sable et de boue sur ses genoux. Les parents qu’on rencontre sont plutôt d’accord. Une solution peut aussi venir de l’ouverture des cours en dehors des heures et ainsi mutualiser leur entretien et celui des locaux. Les élèves seront d’ailleurs sensibilisés et intégrés à ce dernier.

 Les cabanes peuvent être de bons marqueurs des zones de calme puisqu’elles isolent aussi physiquement du bruit qui règne dans les cours d’écoles.
Les cabanes peuvent être de bons marqueurs des zones de calme puisqu’elles isolent aussi physiquement du bruit qui règne dans les cours d’écoles. ©Bruxelles Environnement – Opération Ré-Création

Comment les acteurs des écoles sont-ils impliqués dans le projet ?

Enseignants, direction, personnels, parents, élèves sont impliqués dans la conception dès le début. Celle-ci chemine sur un parcours en plusieurs étapes où enfants et enseignants de chaque cycle sont représentés. Ce sont des ambassadeurs, qui forment un groupe pilote. On a dû le limiter à 20 membres parce que l’adhésion a bien fonctionné.

Certaines suggestions vous ont-elles étonnée ?

Il y a des demandes d’élèves rigolotes comme un ring de boxe ou des trappes s’ouvrant dans le sol. Je suis aussi surprise du nombre de demandes concernant des animaux. Mais comme Bruxelles Environnement est aussi l’administration qui veille au bien-être animal, nous tenterons de limiter l’enthousiasme: une cour de récré, c’est très bruyant, ce n’est peut-être pas le lieu le plus opportun, et un animal demande beaucoup d’entretien. Le personnel enseignant en est d’ailleurs bien conscient.

500 écoles étaient éligibles, dans des quartiers denses, soumis à des îlots de chaleur, dépourvus d’espaces verts: il y a des besoins

Quand les travaux seront-ils réalisés ?

Les plans d’architectes seront bientôt publiés. Il faut encore écrire les cahiers des charges, certains projets demandent des permis d’urbanisme et d’autres pas. Les travaux seront étalés. Certains se tiendront en 2023 mais plus probablement en 2024. Il faut parfois retirer tout le revêtement de sol.

Y aura-t-il un nouvel appel à projets ?

Nous avions 500 écoles éligibles en fonction de leur situation dans des quartiers denses, soumis à des îlots de chaleur, dépourvus d’espaces verts… 62 candidatures ont été reçues. Ces chiffres prouvent qu’il y a des besoins. On devra rechercher des financements pour une éventuelle 2e édition, peut-être au niveau européen.

La cour de papa, avec terrain de foot et préau, c’est fini en 2022 ?

À nos yeux, cette conception doit disparaître, oui. Ce n’est pas une manière de préparer nos villes aux changements qu’on va vivre.

Mares, murs d’escalade et nichoirs à chauves-souris

Le lancement de l’opération Ré-Création menée par Bruxelles Environnement remonte à un an. C’est à ce moment que les premières graines de la co-conception des projets de cours végétalisées ont été plantées. 20 écoles avaient été retenues en amont, sur les 62 candidatures déposées. L’une d’entre elles a ensuite fait marche arrière pour des raisons d’un calendrier dépendant d’autres travaux.

 Le Sint-Lutgardiscollege, à Auderghem, bénéficie déjà d’une cour de récré végétalisée et agrémentée de nombreux modules répartis en différentes zones selon les besoins des enfants: exploration, sport, calme…
Le Sint-Lutgardiscollege, à Auderghem, bénéficie déjà d’une cour de récré végétalisée et agrémentée de nombreux modules répartis en différentes zones selon les besoins des enfants: exploration, sport, calme… ©Bruxelles Environnement – Opération Ré-Création

Les équipements proposés par les équipes enseignantes, les parents, les élèves, les architectes, ne se contentent pas de planter une plante verte dans un bac séparant un terrain de foot: il s’agit de refontes totales des cours de récré. On y trouve des modules de jeu en bois, des agoras à gradins couverts ou non, des murs d’escalade, des mares et ruisseaux, des plateaux d’échecs, des buttes, ponts et parcours sous-terrains, des cordes à grimper, des nichoirs à oiseaux et chauves-souris, des poulaillers, des fontaines, des cabanes, des rondins d’équilibres, des engins de street-workout et même… un labyrinthe végétal. Sans oublier des tableaux noirs pour donner cours dehors.

43.000m2

Au total, 43.092m2 seront désimperméabilisés et/ou végétalisés partout dans Bruxelles. Le subside potentiel pour chaque école est de 300.000€. Ils reposent sur une enveloppe de 5 millions d’euros que le Gouvernement bruxellois a débloquée en 2021.

Les écoles participantes: École communale Claire Joie (Etterbeek), École en Couleurs (Forest, Campus Saint-Jean fondamental et primaire (Molenbeek), École 1-2 (Saint-Gilles), École Clair Vivre Omega & Alpha (Evere), École 2 maternelle (Schaerbeek), École Nouvelle (Saint-Gilles), Sainte-Trinité Cardinal Mercier 2 (Ixelles), École La Farandole (Etterbeek), École Clarté (Jette), Athénée Royal de Bruxelles 2 (Laeken), Basisschool De Kleurdoos (Bruxelles), Kunst-humaniora Brussel (Laeken), GO ! TA Zavelenberg (Berchem-Sainte-Agathe), VBS Sint-Lutgardis (Ganshoren), Champ des Tournesols (Jette), Collège des Étoiles (Haren), Athénée Royal du Sippelberg (Molenbeek), École communale 14 La Flûte enchantée (Molenbeek).

+ AILLEURS | Consultez les plans de chaque école sur le site web de l’Opération Ré-Création

 L’exemple du Sint-Lutgardiscollege, à Auderghem, montre que la verdure ne se fait pas nécessairement au détriment des terrains de sport.
L’exemple du Sint-Lutgardiscollege, à Auderghem, montre que la verdure ne se fait pas nécessairement au détriment des terrains de sport. ©Bruxelles Environnement – Opération Ré-Création

« Renouer avec la nature améliore le bien-être des élèves et leurs compétences », souligne Alain Maron, Ministre bruxellois de l’Environnement (Écolo). « Dès lors, nous avons veillé à sélectionner prioritairement les cours des écoles situées dans un îlot de chaleur ou dans un quartier dense, où les espaces verts sont rares ». Et de conclure: « Ce chantier participatif vise à faire de nos cours de récréation des oasis de verdure, au bénéfice des écoles, de leur quartier, de la biodiversité et d’une meilleure résilience au changement climatique ».