Moins cher de reloger les personnes sans logement? Un SDF coûte 40.000€ par an à Bruxelles

Le département d’économie appliquée de l’ULB présente une étude sur le coût du sans chez-soirisme. Il ne serait pas plus cher de loger une personne à la rue que de continuer à gérer le sans-abrisme.

M.D.
 Selon 16 associations bruxelloises, un SDF coûte précisément 41.167 euros par an en moyenne.
Selon 16 associations bruxelloises, un SDF coûte précisément 41.167 euros par an en moyenne. ©ÉdA – Mathieu Golinvaux

40 000 euros. C’est le coût moyen d’une personne sans logements en Région Bruxelloise. Pour obtenir ce chiffre, le département d’économie appliquée de l’Université Libre de Bruxelles a compilé le coût des services que pourraient utiliser les personnes à la rue : place d’hébergement, accueil de jour, soins, maison de justice, mais aussi les pertes de recettes pour l’État (cotisations notamment). Divisez le tout par les 5.313 sans-abri, sans logement et sans logement adéquat, décomptés en Région bruxelloise et vous obtenez 41.167 euros par an.

L’étude est allée plus loin en analysant différents profils inclus dans le sans chez-soirisme (qui regroupe sans abris, sans logements ou squatteurs) : une femme avec enfants, un homme dépendant à l’alcool, à la drogue et avec des problèmes de santé mentale ou encore un SDF qui n’utilise que très peu les services d’aide. La fourchette s’étend alors de 30.000 euros par an à 73.000 euros.

Les reloger tous

L’ULB a voulu comparer ce résultat au coût du relogement de ces personnes. L’étude, présentée ce mercredi par Justine Carlier rassemble alors les frais d’aide sociale, de revenu de remplacement et d’accompagnement pour l’accès au logement. Parmi tous les scénarios envisagés, les coûts du relogement varieraient de 34.000 à 70.000 euros.

L’étude propose une vision simplifiée qui, déjà, ne prend pas en compte tous les coûts (le bénévolat, l’aide alimentaire, l’entretien des espaces publics, les interventions de police…). Elle part aussi du principe que parmi les 5.313 sans-abri décomptées en 2020, toutes accepteraient un logement et toutes auraient un droit au logement. Or, selon Laurent Demoulin, de l’ASBL Diogenes, la majorité des sans-abri sont en situation de séjour irrégulier ou en transit vers un autre pays. Cela leur ferme l’accès aux droits, notamment aux logements sociaux. Les éventuels coûts de construction de logements ne sont pas pris en compte non-plus.

Ça coûterait moins cher avec un logement

16 ASBL ainsi que Bruss’Help, le CPAS de la ville de Bruxelles et la fédération des services sociaux ont financé cette étude de 6 mois basée sur des données de 2019. Le constat est simple pour le secteur : donner l’accès directement à un logement montre de meilleur taux de réussite que la politique de gestion traditionnelle où la personne doit passer plusieurs paliers d’insertion avant d’avoir, in fine, un logement. Aujourd’hui en région bruxelloise, 200 personnes sont suivies par un accompagnement Housing First.

Selon les associations, cette politique doit être bien plus élargie, tout en ne coupant pas les alternatives "Il faut aussi que le logement soit choisi et non subi. Qu’il corresponde aux besoins et aux envies des personnes. La dignité doit être conservée". Les ASBL accusent notamment le statut de "cohabitant" qui pénalise financièrement de nombreuses personnes qui souhaitent ne pas habiter seules.

« Des logements existent »

L’autre enjeu principal reste la place. Le secteur associatif déplore le manque de logements à Bruxelles. "On sait trouver des solutions, on l’a déjà montré pendant les crises que nous traversons. Des logements existent à Bruxelles. Le sans-abrisme devient une fatalité si on le considère comme tel, mais cette étude montre bien que la situation actuelle relève de choix politique et non d’une fatalité", explique Laurent d’Ursel du Syndicat des Immenses, l’une des organisations qui finance l’étude.

Entre 2008 et 2020 (dernier décompte) le nombre de personnes sans abris et sans logement a augmenté de 208 %.