Bruxelles in the Dark: ces restos bruxellois clouent le bec au gaz et à l’électricité ce week-end pour dénoncer les coûts de l’énergie

Barbecue, tartare, pain au feu de bois, pompe à bière manuelle, jus pressé main, café infusé à froid et bande-son au ukulélé : c’est le menu d’une dizaine d’adresses bruxelloises ce week-end. Pour « Bruxelles in the Dark », ces bars et restos cuisinent sans gaz ni électricité. Et dénoncent ainsi le coût de l’énergie. 

Julien Rensonnet

"Tout a commencé quand j’ai reçu ma dernière facture d’électricité cette semaine. Je passe de 600€ à 1800€ par mois. On est déprimé, pour être honnête. Et on a commencé à réfléchir à comment faire pour utiliser moins d’énergie".

Pia Renaudat est la patronne du Petit Mercado. Au coin des rues de la Victoire et Hôtel des Monnaies, l’adresse saint-gilloise s’affiche "supérette et comptoir". Ce samedi, on y brunchera "zéro énergie". Comme une dizaine d’adresses bruxelloises, le Petit Mercado débranche ses fours et taques, mais aussi éclairage, machine à café, presse-fruits et même wifi et radio. "Un ami viendra peut-être jouer du ukulélé", sourit la Bruxelloise. "Lancer ce truc cool face aux nouvelles super pourries", c’est un peu le concept du premier "Bruxelles in the Dark", né de l’indigestion face aux additions des fournisseurs d’énergie.

Clouer le bec au gaz

 Ce samedi 1er octobre, le Petit Mercado servira un brunch 100% sans gaz ni électricité.
Ce samedi 1er octobre, le Petit Mercado servira un brunch 100% sans gaz ni électricité. ©DR

 «On utilise une énergie débordante dans nos métiers de l’horeca. On est dépendant», constate Pia Renaudat.
«On utilise une énergie débordante dans nos métiers de l’horeca. On est dépendant», constate Pia Renaudat. ©DR

"On utilise une énergie débordante dans nos métiers de l’horeca. On est dépendant. Frigos, chambres froide, becs de gaz… Et encore, moi je garde une cuisine de taille familiale", ne peux que constater Pia. "Jusqu’aux volets électriques". Qui resteront baissés ce samedi, "ce qui m’angoisse un peu car il ne faudrait pas que les clients croient qu’on est fermé". La tenancière l’assure comme beaucoup d’autres: "même si ça marche bien, on pourra pas tenir si ça continue comme ça. Sauf en haussant les prix ou en faisant des concessions sur la qualité des produits. Mais c’est pas pour ça qu’on fait ce métier".

On veut sensibiliser sans tomber dans le misérabilisme du patron qui se plaint de la crise en apportant le café.

L’idée de "Bruxelles in the Dark", Pia la tient d’une discussion avec Pierre Millour, de Liesse. "On veut sensibiliser sans tomber dans le misérabilisme du patron qui se plaint de la crise en apportant le café", relaye le boss du resto voisin de la maison communale de Saint-Gilles. "On le voit: quand on se passe d’énergie, ça crée un vrai b… Alors nous, on constate qu’il y a un problème. D’où cet appel à l’aide. Nous, on n’a pas de solution. On est des cafetiers. D’autres ont fait de longues études et sont payés pour les trouver, ces solutions".

Pompe à bière manuelle

Pierre est "en négociation" avec ses fournisseurs concernant ses contrats. Au quotidien, son adresse carbure avec deux fours, la gazinière 4 feux et les frigos. Ce week-end, c’est au barbecue qu’il rassasiera, éclairé à la bougie. "On aura un pain plat au feu de bois avec labneh et zaatar, un steak tartare et sa version végé aux betteraves, des pommes de terre au barbecue. En dessert: fruits frais en fonction de l’arrivage". Surprise du chef: "une pompe à bière manuelle prêtée par Cantillon".

Au Petit Mercado, Pia se réjouit de réinterpréter son "gros petit-déjeuner" avec les contraintes qu’elle s’impose: jus d’orange pressé à la main, café infusé à froid la veille et "un beurre fondu à la bougie pour tremper le pain. Des idées ludiques pour aller jusqu’au bout du concept. Et donc de préférence en payant cash même si on coupera pas l’électricité". L’envie d’y aller à fond est la même dans le haut de la commune. "Mais on laisse évidemment les frigos allumés: on ne voudrait pas qu’un contrôle de l’Afsca nous force à fermer. Idem pour les systèmes obligatoires d’extraction d’air".

 Les réservations pour le menu sans gaz ni électricité de Liesse ont explosé. «Mais pour survivre, on a besoin des clients aussi durant la semaine».
Les réservations pour le menu sans gaz ni électricité de Liesse ont explosé. «Mais pour survivre, on a besoin des clients aussi durant la semaine». ©ÉdA – Julien Rensonnet

On est complet. C’est un peu frustrant. Les clients, on n’en a pas juste besoin lors des événements. On en a besoin tous les jours.

Les réservations se multiplient. "On a été complet en 20 minutes alors on rajoute une soirée vendredi", opine Pierre Millour. "C’est bien. C’est aussi un peu frustrant. Les clients, on n’en a pas juste besoin lors des événements. On en a besoin tous les jours". Pia Renaudat abonde: "S’il faut le refaire, je le referai. Pourquoi pas étendre à d’autres villes ? J’espère surtout voir arriver des mesures. On est hyper contents des réactions dans un moment pas tellement fun. Mais c’est pas ça qui va nous sauver. En 2022, je ne conseille plus aux gens de se lancer dans l’horeca".

Manger dans le noir ne met donc pas à l’abri des idées noires.