Fusillades à répétition à Bruxelles: «Difficile de recueillir des témoignages» dans le milieu des stups

Les autorités judiciaires confirment que la multiplication des fusillades à Bruxelles est en lien avec le trafic de drogue. Où les enquêtes sont compliquées.

Belga
 La zone Bruxelles-Ouest se dit très impliquée dans la lutte contre le trafic de drogue.
La zone Bruxelles-Ouest se dit très impliquée dans la lutte contre le trafic de drogue. ©BELGA (archive)

Une recrudescence des faits de violence impliquant des armes à feu a été constatée depuis le mois de septembre 2021, principalement sur les territoires des zones de police locales Bruxelles-Ouest, Bruxelles-Capitale/Ixelles et Bruxelles-Midi, a indiqué lundi le parquet de Bruxelles. Ces dernières semaines, la région bruxelloise a connu plusieurs fusillades, parfois mortelles, notamment à Bruxelles et à Molenbeek-Saint-Jean.

"Les premiers devoirs d’enquête sembleraient démontrer que, dans la majorité des cas, ces faits sont à mettre en lien avec des règlements de compte dans le milieu de la vente de stupéfiants", a expliqué le parquet. "Les enquêtes policières sont rendues particulièrement difficiles en raison de la difficulté de recueillir des témoignages dans les milieux concernés, avec pour conséquence que l’essentiel des éléments de preuve repose sur des éléments scientifiques", a-t-il dit.

Ces dossiers sont considérés comme prioritaires par la police et la justice. "Le parquet de Bruxelles est sensible à la problématique et se rassemble régulièrement depuis plusieurs mois avec les services de police compétents pour faire le point sur la situation et envisager les moyens à mettre en œuvre afin d’endiguer cette criminalité", a-t-il commenté.

Une présence policière accrue est mise en œuvre dans certains quartiers sensibles, afin de rassurer la population. Par ailleurs, les enquêtes se poursuivent pour déterminer les circonstances exactes des faits et identifier les auteurs.

Ysebaert (zone Ouest): «Ils se disputent des bouts de trottoirs»

 Luc Ysebaert, chef de corps de la zone de police Bruxelles Ouest (Molenbeek-Saint-Jean, Berchem-Sainte-Agathe, Ganshoren, Jette et Koekelberg).
Luc Ysebaert, chef de corps de la zone de police Bruxelles Ouest (Molenbeek-Saint-Jean, Berchem-Sainte-Agathe, Ganshoren, Jette et Koekelberg). ©BELGA

La criminalité sur la zone de police de Bruxelles-Ouest (Molenbeek-Saint-Jean, Berchem-Sainte-Agathe, Ganshoren, Jette et Koekelberg) a baissé de 11% en 2021 par rapport aux données de 2016, et de 13% pour la seule commune de Molenbeek-Saint-Jean, mais "on a une flambée de violence avec les dealers de rue et on travaille activement dessus", a souligné le chef de corps Luc Ysebaert, qui est revenu mercredi après-midi sur les phénomènes des fusillades liées aux trafics de stupéfiants qui traversent le territoire zonal.

Il y a eu 14 fusillades depuis septembre dernier et 6 depuis janvier. Parmi celles de l’année 2022, 4 ont déjà été liées à des faits de trafics de drogues et une doit encore voir ses circonstances éclaircies par l’enquête en cours. Une personne est décédée en avril après s’être fait tirer dessus (Dion), mais le différend en cause s’inscrit ici dans le cadre d’une relation interpersonnelle.

«Règlements de compte»

"Globalement, on peut dire qu’il s’agit pour beaucoup de règlements de compte entre groupes qui sont actifs dans la vente de stupéfiants sur la voie publique", observe Luc Ysebaert. "Les fusillades sont fort inquiétantes et insécurisantes et on prend donc cela très au sérieux. Le travail d’enquête avance de manière significative. Pour les faits qui ont eu lieu depuis avril, 4 personnes ont été placées sous mandat d’arrêt par un juge d’instruction sur base de 3 dossiers différents montés par nos services. Nous avons une activité judiciaire assez intense autour de ces événements et on arrive rapidement à identifier des suspects. Sur plusieurs événements, on a pu en interpeller en flagrant délit. La police est donc très active et réactive."

Nous avons une activité judiciaire assez intense autour de ces événements et on arrive rapidement à identifier des suspects. On a pu en interpeller en flagrant délit.

Reste qu’il estimerait bienvenu un renfort de ses effectifs, actuellement en déficit de 122 agents opérationnels, même si des efforts sont faits pour raccourcir la durée des processus de recrutement. "On a aussi l’appui de la police fédérale à travers le plan Canal, dont on entend qu’il serait peut-être en sursis", ajoute le chef de corps. "Notre demande est de le maintenir pour que nous puissions continuer à mettre la pression dans certains quartiers où une vigilance est nécessaire… La promesse de 50 personnes en appui pour la zone de Bruxelles-Ouest a été honorée pendant de nombreuses années, mais depuis 2 ans il y a une érosion de l’effectif et on a seulement une vingtaine de personnes aujourd’hui. La force de ce renfort est qu’il est structurel et non ponctuel. Ces agents sont injectés pour 2-3 ans et apprennent à connaître un quartier déterminé. La capacité est un point décisif dans la lutte contre ce phénomène."

Signes précurseurs d’une plantation

Il fait valoir que depuis janvier la zone dispose d’un plan d’action visant à lutter contre la vente de stupéfiants, établi en collaboration avec le parquet de Bruxelles et les autorités administratives pouvant décider de fermer des établissements où aurait cours du trafic. "On a l’ambition d’augmenter le nombre de chiens spécialisés en stupéfiants, qui permettent de faire des recherches proactives, et on veut former nos agents de quartier aux signes précurseurs de l’installation d’une plantation."

On a une recrudescence générale de la présence d’armes entre les mains de délinquants, qui n’hésitent pas à les utiliser pour régler leurs comptes et ça se passe aussi à Matonge ou dans d’autres quartiers.

Luc Ysebaert estime que le trafic de drogues est présent dans différents lieux de la région, mais qu’il a un ancrage local fort. "On a une recrudescence générale de la présence d’armes entre les mains de délinquants, qui n’hésitent pas à les utiliser pour régler leurs comptes et ça se passe aussi à Matonge ou dans d’autres quartiers de la région bruxelloise. C’est un phénomène relativement récent, avec l’amplitude qu’on lui connaît aujourd’hui. […] Des gens s’approprient un quartier et se disputent des bouts de trottoirs pour vendre leurs drogues. Il y a peu de perméabilité entre les quartiers. Moins de 5 groupes se disputent des territoires chez nous. On a interpellé depuis janvier 119 personnes pour des faits de vente et 93 ont été mises à la disposition du parquet". Elles ont généralement entre 18 et 30 ans. Certains membres de ces groupes liés par le trafic sont actifs dans des bandes urbaines, mais pas tous.

Trafic d’armes: le job du fédéral

Depuis janvier, la police a saisi environ 2 kg de cocaïne, 4 kg d’héroïne et 34 kg de cannabis. Elle a aussi découvert une plantation.

Si dans leur travail quotidien ses policiers sont de plus en plus confrontés à la présence d’armes à feu, Luc Ysebaert explique que les enquêtes sur le trafic d’armes sont surtout de la compétence de la police fédérale spécialisée.