Le parlement bruxellois rejette le texte visant à interdire l’abattage sans étourdissement

Le parlement bruxellois a rejeté ce vendredi 17 juin 2022 la proposition d’ordonnance DéFI-Groen-Open Vld proposant l’interdiction de l’abattage sans étourdissement. 

Belga
 Le parlement bruxellois a validé par 42 «oui», 38 «non» et 8 abstentions les conclusions de sa commission de l’environnement tendant au rejet de cette proposition.
Le parlement bruxellois a validé par 42 «oui», 38 «non» et 8 abstentions les conclusions de sa commission de l’environnement tendant au rejet de cette proposition. ©BELGA

Le parlement bruxellois a rejeté vendredi, à l’aide d’une majorité alternative, la proposition d’ordonnance DéFI-Groen-Open Vld visant à interdire l’abattage sans étourdissement. Plus précisément, il a validé par 42 "oui", 38 "non" et 8 abstentions les conclusions de sa commission de l’environnement tendant au rejet de cette proposition.

Ce vote clôt le débat sur les articles de cette proposition et sur les amendements, en particulier celui qu’Arnaud Vertstraete (Groen) se préparait à défendre et qui proposait un report de l’entrée en vigueur de la mesure jusqu’à un an après l’entrée en vigueur d’un Code sur le Bien-être animal que la Région doit encore élaborer.

Comme pressenti depuis quelques jours et au cours du long débat en séance plénière, hormis le PTB, aucun groupe politique francophone n’a voté comme un(e) seul(e) homme/femme y compris parmi les co-signataires de la proposition.

Chez DéFI, le rejet de la proposition DéFI-Groen-Open Vld a été refusé par six députés sur dix et accepté par Mehmet Khöksal et Marc Loewenstein. Michaël Vossart et Nicole Bomele se sont abstenus.

Les autres abstentions sont le fait de Viviane Teitelbaum (MR); Céline Fremault et Christophe De Beukelaer (Les Engagés); Pierre-Yves Lux (Ecolo); Khadija Zamouri (Open Vld); et Pepijn Kennis (Agora).

Plus globalement, dans la majorité, les votes en faveur du rejet de la proposition ont été majoritaires au PS (14 sur 16). Comme annoncé par les intéressés en séance, Julien Uyttendaele et Véronique Jamoulle ont voté contre.

Chez les Verts, ils sont cinq sur quinze à avoir fait comme ces deux derniers (le chef du groupe John Pitseys, Ingrid Parmentier, Isabelle Peauthier, Thomas Naessens, Matteo Segers).

Les élus PTB ont tous voté en faveur du rejet de la proposition, à l’inverse de ceux de la N-VA et du MR -hormis Viviane Teitelbaum qui s’est abstenue- qui se sont prononcés contre le rejet.

Parmi les élus Vooruit, le chef du groupe Fouad Ahidar s’est prononcé pour le rejetau grand dam de son président de parti Conner Rousseau, qui a annoncé l’éviction de l’intéressé du bureau politique du parti.

Sans surprise, les trois auteurs principaux de la proposition, à savoir Jonathan de Patoul (DéFI), Lotte Stoops (Groen), et Carla Dejonghe (Open Vld) ont défendu la proposition durant le débat, et à l’issue de la séance.

Ainsi, le premier s’est réjoui du fait que le parlement ait pu débattre de ce sujet. Comme ses collègues co-autrices, il a rappelé que la proposition se fondait sur la préoccupation du bien-être animal. Ce vétérinaire de formation a ajouté qu’elle était aussi fondée sur la science.

Pour le MR, la cheffe de groupe Alexia Bertrand et la députée Aurélie Czekalski ont souligné qu’il existait désormais des solutions d’abattage pour réduire la souffrance animale tout en garantissant le respect des religions.

"Si les membres du Parlement mettent aujourd’hui de côté les arguments scientifiques et juridiques pour donner la priorité aux croyances religieuses, qu’est-ce qui va les empêcher de le faire à nouveau à l’avenir - dans d’autres débats? Le parlement bruxellois piétine les fondements de notre État de droit laïque, et ce pour des raisons purement électoralistes", a déploré Cieltje Van Achter (N-VA).

À l’opposé, Isabelle Emmery et Martin Casier (PS) ont plaidé pour le rejet de la proposition d’ordonnance. La première a notamment souligné les conséquences possibles d’une délocalisation de l’abattage sans étourdissement vers l’étranger sur l’emploi, les prix et le bien-être animal. Martin Casier a jugé que la proposition n’était pas proportionnelle, notamment parce qu’elle masque le fait que la viande halal et cachère sera bel et bien produite à l’étranger et vendue - plus chère - à Bruxelles.

Via Bruno Bauwens, le PTB a rejeté la proposition d’ordonnance, jugeant qu’elle ne se focalisait que sur les deux dernières minutes de la vie d’un animal et ne s’attardait guère sur la gestion inhumaine de toute la vie des 300 millions d’animaux produits par an par le marché capitaliste.

Les écologistes Ingrid Parmentier et Ahmed Mouhssin ont chacun exprimé leurs points de vue, l’une pour la proposition, et l’autre contre.

Chez DéFI, Marc Loewenstein a tenu à dire que la production de viande cachère ne tolérait aucune forme d’étourdissement. À ses yeux, tout en gardant l’objectif du bien-être animal, il faudrait avoir la sagesse de prolonger le débat avec les représentants des communautés religieuses sur ce sujet "éminemment sensible et complexe".

Céline Fremault (Les Engagés) s’en est prise davantage à la forme et la tournure du débat qu’au contenu pour dénoncer la prise de risque inutile qu’a constitué le dépôt de la proposition d’ordonnance sur la cohésion de la société bruxelloise et celle de la majorité, ainsi que sur l’écart entre le citoyen et le monde politique. À ses yeux, il eût à tout le moins fallu approfondir les choses.

C’est aussi le point de vue exprimé par Pepijn Kennis (Agora) qui a demandé une remise du débat sur le métier en commençant par une commission délibérative à laquelle participent les citoyens.

À ce propos, Arnaud Verstraete (Groen) a tenté en vain d’obtenir un refus des conclusions de la commission tendant au rejet de la proposition d’ordonnance et une modification de celle-ci pour une entrée en vigueur un an après l’adoption d’un Code bruxellois sur le Bien-être animal.

Gaia trouve «hallucinant» que des politiques ont voté contre des arguments scientifiques

L’association de défense des animaux Gaia a réagi outrée au rejet, vendredi, par le parlement bruxellois de la proposition d’ordonnance visant à interdire l’abattage sans étourdissement. "C’est hallucinant que des parlementaires ayant tous les arguments scientifiques à leur disposition nient que la terre est ronde", s’est ainsi offusquée Ann De Greef, la directrice de Gaia.

Le parlement bruxellois a rejeté vendredi la proposition d’ordonnance DéFI-Groen-Open Vld voulant imposer l’étourdissement avant l’abattage animal en Région bruxelloise. Trente-huit parlementaires ont voté contre cette proposition tandis que huit se sont abstenus.

"Les hommes et les femmes politiques devraient se fonder sur la science. Or, ce n’est clairement pas le cas. À cause d’eux, des centaines de milliers d’animaux vont encore être abattus dans la pire douleur", dénonce Ann De Greef.

La directrice de Gaia estime que les huit parlementaires qui se sont abstenus sont "tout aussi coupables" que ceux ayant voté contre. "Comment peut-on ne pas avoir d’opinion sur quelque chose d’aussi cruel", s’interroge-t-elle auprès de l’agence Belga, alors qu’il existe un consensus scientifique sur le fait que l’étourdissement préalable est le meilleur moyen de réduire la souffrance de l’animal. "Je me demande s’ils vont bien dormir la nuit..."

"Les députés bruxellois donnent aux religieux rigoristes un droit de veto de facto sur le bien-être animal et sont complices des douleurs extrêmes de milliers d’animaux abattus sans étourdissement", s’est de son côté indigné le président de Gaia, Michel Vandenbosch, cité dans un communiqué. "Les députés ont fait preuve d’un manque répréhensible d’humanité et d’éthique à l’égard des animaux sans défense, qui méritent une protection particulière en vertu de la loi générale bruxelloise sur le bien-être animal", souligne-t-il.

Selon cette loi, les animaux, "en tant qu’êtres vivants doués de sensibilité, d’intérêt personnel et de dignité", méritent une protection spécifique.

Gaia rappelle que 95 à 96% des moutons abattus à l’abattoir d’Anderlecht sont tués sans étourdissement.

"Mais notre lutte ne fait que commencer"’, avertit d’ores et déjà Ann De Greef. "On est des pitbulls. On mord et on ne lâche rien", illustre-t-elle.

L’association revient par ailleurs sur les arrêts rendus par la Cour de justice de l’Union européenne et la Cour constitutionnelle belge, qui ont statué en faveur d’un étourdissement préalable des animaux lors de leur abattage rituel, au grand dam de plusieurs associations juives et musulmanes. L’abattage rituel ne prévoit en effet pas d’étourdissement de l’animal, qui doit être intact avant la mise à mort.

Par leur votre, les députés bruxellois "maintiennent sciemment un régime d’exemption religieuse, en conséquence de quoi des milliers d’animaux continueront à subir des douleurs et des souffrances extrêmes à des fins religieuses", relève M. Vandenbosch. "Ces députés ont fait preuve d’un mépris sans précédent pour les valeurs et les normes sociales actuelles, largement répandues en matière de traitement des animaux: les animaux doivent être épargnés de toute souffrance évitable. Par conséquent, les animaux destinés à l’abattage doivent, sans exception, être étourdis avant d’être abattus", conclut-il.

En Flandre, l’interdiction d’abattage sans étourdissement est entrée en vigueur le 1er janvier 2019, tandis qu’elle est d’application depuis le 1er septembre 2019 en Wallonie.