La vraie raison de l’entartage de Pascal Sevran à Bruxelles

Ce vendredi soir, Mireille Dumas revient sur France 3 avec un documentaire de quasi deux heures consacré aux émissions en direct tournées à l’extérieur. Et à leurs inévitables couacs. Dont un qui concerne la Belgique.

Marc Uytterhaeghe
 C’était le 23 mars 1995: Pascal Sevran se faisait entarter par Noël Godin sur la Grand-Place de Bruxelles.
C’était le 23 mars 1995: Pascal Sevran se faisait entarter par Noël Godin sur la Grand-Place de Bruxelles. ©INA

Car parmi les moments qui seront évoqués, on retrouve le fameux entartage de Pascal Sevran sur la Grand-Place de Bruxelles, le 23 mars 1995 dans l’émission de Pascal Sanchez Une pêche d’enfer.

Un attentat pâtissier revendiqué par Noël Godin, alias Le Gloupier. "C’est le signe d’une vraie reconnaissance médiatique", s’exclame Pascal Sanchez, un peu décontenancé.

"La liste est grande de ceux qui se sont fait avoir, je rentre dans une liste célèbre", s’exclame Pascal Sevran après un brin de nettoyage. Quelques secondes plus tard, il ajoute: "Je prends ça comme un hommage formidable à ma notoriété."

Dans son livre Entartons, entartons les pompeux cornichons! paru chez Flammarion en 2005, Noël Godin explique les vraies raisons de cet entartage du présentateur de La chance aux chansons sur France 2. En réalité, cet attentat pâtissier a été "commandé" par Bernard Hennebert, coordinateur à l’époque de l’ATA, Association de Téléspectateurs Actifs (qui a été dissoute en 2001).

La vraie raison de l’entartage de Pascal Sevran à Bruxelles

"En fait, Pascal Sevran cumulait deux casquettes: celle d’animateur et celle de chanteur, nous raconte Bernard Hennebert, qui a conservé la bouteille de crème chantilly produit blanc en souvenir. Un mois avant cet attentat pâtissier, nous avions envoyé une plainte au CSA français car en janvier, dans deux émissions consacrées aux Voix d’or, Pascal Sevran avait présenté la pochette de son nouveau disque, Pascal Sevran à Pleyel, alors qu’il n’y avait aucun lien entre le contenu de son disque et la thématique de l’émission."

L’animateur se servait de sa position d’animateur pour assurer son autopromo. Il était d’ailleurs coutumier du fait. En novembre 1993, dans La chance aux chansons, pendant les 35 minutes d’émission, il brandira cinq fois son album à l’antenne, sous les vivats d’un public de figurants payés pour l’applaudir. "De quoi abuser un public peu critique, explique Bernard Hennebert. Ce jour-là, parmi la douzaine de chansons proposées, six devaient leurs paroles au talent du présentateur!" Ce qui signifiait des rentrées d’argent supplémentaires grâce aux droits d’auteur… "Le même manège se poursuivra durant les deux jours suivants, poursuit Hennebert. Pascal Sevran s’est réservé ces trois émissions promotionnelles pendant la période clef où il faut exposer ses productions pour mieux les vendre aux fêtes de fin d’année."

Le 17 mars 1995, soit quelques jours avant l’attentat pâtissier de la Grand-Place, le CSA français enjoint par courrier France 2 à ce que de telles pratiques ne se renouvellent pas.

Cela ne servira cependant pas de leçon à l’animateur, qui continuera à faire de l’auto-promo pour ses disques, comme le relève cette procédure de sanction lancée par le CSA envers France en 1999.

"Il serait intéressant de découvrir si pareille pratique, malgré l’intervention du CSA, continue actuellement", conclut Bernard Hennebert.