Brabant wallon: honorer les bébés disparus en photo

80% des hôpitaux wallons proposent un service de photographie post-mortem. Une pratique délicate qu’assure notamment l’ASBL Au-delà des nuages.

SANDRA FARRANDS,S.F.
Brabant wallon: honorer  les bébés disparus en photo
Sur chaque photo, l’enfant décédé n’est généralement pas seul mais entouré. ©DELPHINE GINGOUX

Ce dimanche 12 décembre a lieu la 25 Journée mondiale des enfants partis trop tôt. Partout dans le monde, de nombreuses personnes allumeront des bougies à 19 h pour créer un cercle de lumières en souvenir des enfants décédés.

En Europe, la mort reste souvent un sujet tabou, encore plus lorsqu'il s'agit du départ d'un bébé. Convaincue qu'il faut honorer la mémoire des enfants, l'ASBL Au-delà des nuages propose des services photographiques aux "paranges", les parents endeuillés. La photographe Delphine Gingoux raconte qu'elle est devenue bénévole pour cette mission à la suite du décès du bébé d'un couple d'amis. "Quand j'ai appris que leur bébé était décédé in utero, je leur ai proposé spontanément de les photographier ensemble. J'avais déjà fait des photos de grossesse, et il était prévu que je vienne faire celles de la naissance. Ils ont tout de suite accepté, malgré la tournure des événements. J'ai vu chez eux l'importance qu'il y avait de garder une trace de cet enfant." Sa démarche l'a amenée à s'associer à l'ASBL Au-delà des nuages. "Si j'ai pu le faire pour des amis, je peux le faire pour des inconnus."

Une démarche délicate

Tout un rituel empreint d'intelligence émotionnelle se met en place à chaque fois. Dans une grande majorité des hôpitaux wallons, le personnel des maternités propose ce service aux parents. Avec l'accord exclusif des parents, Delphine Gingoux ou d'autres bénévoles photographes interviennent dans les 24 heures, avant l'inhumation. L'usage pour eux est de féliciter les parents. "Généralement, la famille ne sait pas comment agir avec les parents endeuillés. Nous, nous faisons la démarche de souligner qu'ils sont devenus parents. Quoiqu'il arrive, ils le sont. Et ça leur fait un bien fou." Durant la séance, Delphine Gingoux parle beaucoup à l'enfant. "Il est là, il est très concret. Je l'accompagne, cela rassure. Cela permet aussi de briser un certain froid dans l'atmosphère…" Le temps est compté, ce moment permet aux parents de découvrir encore un peu leur enfant. "Ils peuvent observer les ressemblances, ajoute-t-elle. C'est très dur, mais j'ai vraiment la sensation de leur rendre service."

Des photographies poétiques

"Ce sont des photographies très chaleureuses, comme si le bébé était vivant, confie Anneleen Fransen, cofondatrice de l'ASBL Au-delà des nuages. Avant, les parents n'avaient rien pour se souvenir de leur enfant. Notre mission est de faciliter leur travail de mémoire. La mémoire humaine fait que l'on oublie vite les détails." Loin d'être macabre, ce travail est fait en collaboration avec les parents. "Les photos sont prises comme si l'enfant était vivant." Sur chacune des photos, des étreintes enveloppent fœtus et tout petit bébé. Le personnel soignant dépose délicatement une main ou un pied sur un tableau d'argile, sous le regard des parents.

Delphine Gingoux: "Un jour, les parents d'une petite fille m'ont dit que grâce à cette séance photo, ils allaient pouvoir montrer leur bébé aux membres de leur famille, qui allaient pouvoir voir son petit nez, ses petites oreilles…" Des images uniques quand les heures partagées ensemble sont si brèves.

Bien sûr, bon nombre de gens ont des a priori sur ce travail photographique: "Souvent les gens trouvent ça glauque. Toutefois, à force d'expliquer notre intention, une compréhension émerge. Mais, clairement, c'est un travail difficile."

Dans certaines cultures, les coutumes post-mortem sont différentes. Comme chez les Malgaches, ajoute Delphine Gingoux: "J'ai une tante malgache. Dans son pays, on enterre les morts dans un tissu et dix ans après, on les déterre. On nettoie tous les os et on les remet dans de nouveaux tissus. Et à chaque célébration, on fait une ode aux personnes décédées."

 Une parcelle des étoiles vient d’être aménagée au cimetière de Tourinnes-Saint-Lambert.
Une parcelle des étoiles vient d’être aménagée au cimetière de Tourinnes-Saint-Lambert. ©ÉDA

À Walhain, le service environnement compte proposer au collège communal de participer au concours qu'ont lancé début décembre la société DELA et l'ASBL Au-delà des nuages et qui s'adresse aux Communes désireuses de créer des "parcelles des étoiles" dans leurs cimetières. "Une parcelle des étoiles est souvent un endroit où les paranges peuvent donner une place à leur chagrin et obtenir un sentiment de reconnaissance de ce chagrin en tant que parent à part entière", explique Anneleen Fransen, de l'ASBL. La Commune qui remportera le concours recevra une aide de 10 000€ pour enjoliver ces espaces consacrés aux enfants et bébés disparus. Pour l'heure, dans l'entité de Walhain, c'est au cimetière de Tourinnes-Saint-Lambert qu'une parcelle des étoiles vient d'être dessinée. Un alignement fleuri de petites sépultures est désormais distinct des autres tombes.