Le tatouage artistique pour recouvrir et sublimer ses cicatrices

Le tatouage artistique est une solution encore peu connue pour recouvrir ses cicatrices et accepter l’épreuve qui les a causées. Un simple motif sur la peau a permis à des personnes comme Laurence et Charlotte de se réapproprier leur corps.

Pauline Denys
Le tatouage artistique pour recouvrir et sublimer ses cicatrices
Dans son salon de tatouage, Bruno prend le temps d’écouter l’histoire personnelle de chaque client. ©P.D.

Quelques fleurs et bourgeons sont dessinés à l’encre sur sa peau. Laurence désigne avec fierté le tatouage qui remonte sur son décolleté. Le motif démarre de son épaule gauche, vient recouvrir l’ensemble de sa poitrine, pour finir sa course sous son sein droit. «Sans ce tatouage, je serais toujours en train de me morfondre et d’avoir une vie familiale et sentimentale à néant», explique-t-elle.

 Le tatouage qui recouvre ses cicatrices sur sa poitrine a redonné le sourire à Laurence.
Le tatouage qui recouvre ses cicatrices sur sa poitrine a redonné le sourire à Laurence. ©P.D.

À 43 ans, cette Villersoise apprend qu’elle a un cancer du sein. Les neuf mois de traitement la laissent sur les rotules. Et pour clore ce chapitre, elle subit une double mastectomie suivie d’une reconstruction chirurgicale des deux seins. Cette opération laisse des cicatrices physiques et psychiques importantes. «J’étais guérie, mais ma tête n’était pas guérie. Tous les matins, je revoyais mes cicatrices, l’opération me revenait en pleine figure. Aujourd’hui, je suis reconnaissante envers ce tatouage».

Faire de son corps une œuvre d’art

À 35 ans, Charlotte a fait de son corps une toile recouverte de nombreux motifs. Ce n’est pourtant qu’à 33 ans que cette habitante de Floreffe a fait réaliser son tout premier tatouage. Après trois grossesses, son corps était parsemé de vergetures. «Il a fallu que j’en fasse quelque chose parce que je n’arrivais plus à me regarder. J’avais très honte de moi.» Après de nombreuses recherches en ligne, la solution du tatouage artistique s’est imposée. Désormais, des taches d’encre, tels des coups de pinceau, viennent recouvrir et sublimer les cicatrices sur sa peau.

 Charlotte n’a plus honte de ses vergetures, désormais recouvertes de tatouages.
Charlotte n’a plus honte de ses vergetures, désormais recouvertes de tatouages. ©P.D.

Selon Jean Van Hemelrijck, psychologue et psychothérapeute, le tatouage artistique est une stratégie de réappropriation de son corps. «On redevient maître de son corps en faisant une inversion. Plutôt que de le cacher et de le dissimuler, et donc de cultiver ce sentiment de gêne et de honte, on en proclame la fierté. On expose son corps en le mettant en scène pour que le regard de l’autre vienne susciter l’admiration.»

Un tatouage pour accepter son histoire

Dans son salon de tatouage Inksecte à Rixensart, Bruno, alias Vru H, reçoit chaque semaine des clients qui lui demandent de recouvrir leurs cicatrices. Vergetures, cicatrices d’opération, scarifications, brûlures: les histoires et les épreuves sont multiples et très personnelles. «Couvrir des cicatrices demande beaucoup plus d’expérience et beaucoup d’empathie», explique-t-il. «Si vous n’aimez pas le contact avec les gens, si vous n’aimez pas écouter leurs histoires, vous n’arriverez pas à couvrir leurs cicatrices.»

Nous, on donne la possibilité d’écrire le futur de l’histoire de la cicatrice

 Telle une toile, plusieurs types d’encre peuvent être appliqués sur la peau pour venir dessiner des motifs à l’infini.
Telle une toile, plusieurs types d’encre peuvent être appliqués sur la peau pour venir dessiner des motifs à l’infini. ©P.D.

D’une histoire à l’autre, Bruno applique la couleur à l’aide de son dermographe et d’encres multiples sur les cicatrices. Celles-ci ne disparaissent pas, elles sont toujours perceptibles sous le motif qui les habille: «La plupart des personnes ne cherchent pas à les effacer mais à vivre avec.»

Une pratique à faire connaître davantage

Pour Laurence autant que pour Charlotte, le tatouage a signé le départ d’une nouvelle vie. Elles se disent donc étonnées que la pratique ne soit pas plus répandue. Elles constatent surtout qu’aucun lien n’existe entre le monde médical et celui du tatouage artistique, encore souvent réservé à une clientèle d’initiés. «Aucun médecin ni psychologue ne m’a indiqué cette voie pour réapprivoiser mon corps. Les alternatives proposées, c’est, soit soigner sa tête, soit opérer. C’est dommage», raconte Charlotte.

Laurence souhaite rendre cette pratique plus connue. «Pour les personnes mutilées d’une quelconque manière, si un tatouage peut être utile pour récupérer une estime de soi et retrouver le sourire, c’est important, il faut le faire», insiste-t-elle. Elle en est convaincue: si quelques gouttes d’encre lui ont permis, à elle, d’accepter son corps et son histoire, d’autres personnes peuvent entamer un processus de résilience similaire grâce au tatouage.

 Le dermographe permet à Bruno d’introduire les pigments de couleur sous la peau de façon irréversible.
Le dermographe permet à Bruno d’introduire les pigments de couleur sous la peau de façon irréversible. ©P.D.

Leurs cicatrices leur ont mené la vie dure. Le tatouage artistique a offert à Laurence et Charlotte un nouveau départ.

Qui est l’auteure de ce reportage?

Le tatouage artistique pour recouvrir et sublimer ses cicatrices
©Emmanuel Crooÿ

Pauline Denys, 23 ans – Ottignies

Avant de me lancer dans des études de journalisme à l’ULB, j’ai consacré du temps à ma passion pour les langues et la découverte d’autres cultures. Mes études de langues germaniques m’ont amenée à beaucoup voyager et à vivre à Anvers et aux Pays-Bas. Je m’épanouis à présent dans différents projets journalistiques, avec une préférence pour la radio et la presse écrite.