Une expo sur les deux ans de fouilles archéologiques de la Grand-Place de Nivelles

Dix ans après les fouilles archéologiques de la Grand-Place, une expo présente jusqu’en novembre des vestiges et le travail des scientifiques.

Vincent Fifi
Une expo sur les deux ans de fouilles archéologiques de la Grand-Place de Nivelles
©EdA

Les Nivellois se rappellent sans doute qu’en mars 2009, lorsque les travaux de réaménagement de la Grand-Place ont commencé, les archéologues de l’Agence wallonne du patrimoine (AWaP) ont précédé les pelleteuses. Très rapidement, ils ont mis au jour des vestiges exceptionnels un peu partout autour de la collégiale Sainte-Gertrude, sur la Grand-Place mais aussi sur la place Albert 1er.

Dès la première semaine, ils étaient tombés sur un cimetière et donc sur de nombreuses tombes contenant des cercueils de bois de divers types, dont certains inconnus dans nos régions. Puis ils ont découvert les vestiges d’une église, les fondations d’une autre, un deuxième cimetière, les restes de la maison abbatiale, de grands fours de tuiliers…

Gratuite et ouverte jusqu’en novembre

Finalement, ces fouilles ont duré deux ans et chaque balade sur la Grand-Place en travaux comprenait une halte au bord des tranchées où s’activaient les archéologues par tous les temps.

À l’occasion du 975eanniversaire de la consécration de la collégiale reconstruite en 1046 après un incendie, une exposition est consacrée au résultat de ces fouilles. On y voit divers vestiges mis au jour, mais l’idée est surtout de comprendre le travail qui a été mené durant dix ans par les scientifiques de diverses disciplines pour faire parler ces découvertes, dont certaines sont tout à fait exceptionnelles (lire ci-contre).

Cette toute première exposition consacrée aux fouilles menées de 2009 à 2011 est proposée à l’intérieur de la collégiale, et est accessible gratuitement durant les heures d’ouverture de l’édifice. Permettant de mieux comprendre la vie dans la cité des Aclots au Moyen-Âge, elle restera accessible jusqu’au mois de novembre prochain pour accueillir aussi les élèves des écoles.

Elle a été préparée par les archéologues et les historiens de l’art de l’AWaP. La ministre régionale du patrimoine, Valérie De Bue, a salué lors du vernissage l’importance de restituer aux citoyens ce qui a été découvert, après dix ans de travail de post-fouilles. "On ne peut que se réjouir de cette exposition qui permet de replonger dans quinze siècles d’histoire" , a-t-elle commenté.

Du côté de l’AWaP, entre les lignes d’un discours se réjouissant de l’événement, on pouvait percevoir une certaine frustration face à la manière dont les fouilles ont dû être menées, alors qu’elles constituaient l’occasion unique de retrouver le palais des Pépinides ou encore de comprendre les déplacements des pèlerins autour de l’abbaye dont Gertrude a été la première abbesse au 7e siècle. "Vingt-trois mois de travail pour collecter des indices de plus de 1000 ans d’histoire. On a fait des choix, et mesuré les pertes…", a glissé un responsable.

Quoi qu’il en soit, l’exposition permet d’apprendre une foule de choses sur le passé de Nivelles, sur les églises qui avaient été construites avant la collégiale ou encore sur les techniques de restauration.

L’exposition intitulée "Autour de Sainte-Gertrude" est dense, mais elle a été conçue pour que le visiteur curieux puisse en tirer un maximum d’informations sans l’aide d’un guide.

Un très intrigant bassin en laiton

Parmi les découvertes qui ont intrigué les archéologues figure celle d’un bassin en laiton, trouvé dans un caveau maçonné. Le corps du défunt avait été déposé sur une planche de bois et à côté de lui, sur une autre planche, était posé ce petit bassin où semblaient se trouver des restes de nourritures.

L’analyse d’un noyau de prune a permis de confirmer cette hypothèse et, via la technique du carbone14, de dater l’inhumation. Celle-ci remonte au 11e siècle. "Retrouver ce genre de choses dans une tombe située dans l’enceinte d’une abbaye, c’est exceptionnel, constate l’archéologue Marie-Laure Van Hove. A priori, placer de la nourriture auprès d’un défunt, ce n’est pas une pratique chrétienne."

Les panneaux de l’exposition montrent le travail effectué à partir des restes qui étaient dans le bassin: les pollens et résidus organiques mettent en évidence un pourcentage élevé de plantes de la famille du chou, mais il y a aussi des céréales et pas mal de végétaux comme le cerfeuil, des plantes de la famille des pissenlits, de la camomille, du trèfle des prés, de la vesce…

 Le mystérieux bassin en laiton.
Le mystérieux bassin en laiton. ©EdA

"Soit le bassin contenait une préparation à base de miel, ce qui pourrait expliquer la grande diversité des pollens rencontrée, soit il s’agit d’un dépôt de nourriture à base de légumes et de fruits accompagnés de pain ou de porridge" , indiquent les spécialistes.

Le bassin lui-même a été analysé. Il était dégradé et cassé en plusieurs morceaux mais les techniques utilisées pour le reconstituer de manière minutieuse ont montré que le récipient en laiton avait été martelé à partir d’une tôle, et était décoré sur sa face interne de petits triangles emboutis, après un tracé préliminaire à la pointe sèche. Il s’agit vraisemblablement d’un bassin servant à se laver les mains. Et si à partir du 8e siècle, on n’enterrait plus chez nous les notables avec du mobilier, ces pratiques ont perduré dans le nord de l’Europe. "Le décor du bassin de Nivelles le rapproche aussi de cette aire culturelle, précise le panneau consacré à cette découverte hors du commun. Dans l’île de Gotland, aujourd’hui en Suède, des sépultures du 11e siècle livrent au moins deux bassins en laiton montrant des arcades semblables à celles de Nivelles." Une des hypothèses émises par les archéologues est la présence d’une élite originaire ces régions du nord de l’Europe au 11e siècle à Nivelles, où elle aurait été inhumée