Pollution sur le canal Bruxelles-Charleroi: la navigation est interrompue au moins jusqu’à vendredi

Une grosse pollution aux hydrocarbures a été détectée sur le canal Bruxelles-Charleroi, entre Ittre et Clabecq. La dépollution prendra du temps.

Jérôme BRYS
Pollution sur le canal Bruxelles-Charleroi: la navigation est interrompue au moins jusqu’à vendredi
L’entreprise UDH, spécialisée dans la dépollution des cours d’eau, va encore devoir travailler plusieurs jours sur le canal à hauteur d’Ittre. ©ÉdA

Mercredi dernier, le 17 mars, le Service public de Wallonie (SPW) était informé à 14 h 40, par le service incendie de Tubize, d’une pollution aux hydrocarbures sur le canal Bruxelles-Charleroi entre Ittre et Clabecq. Un agent s’est rapidement rendu sur place et si l’origine n’avait pu être déterminée, on se dirigeait vers un dégazage de péniche. Mais cette piste s’est rapidement dégonflée et dans le même temps, la pollution, elle, s’est accentuée.

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«Nous avons fait appel à la protection civile pour endiguer la pollution qui s'étendait sur 750 mètres», expliquait ce mardi Nicolas Yernaux, porte-parole du SPW. Mais cette intervention ne s'est pas révélée suffisante. En urgence, le SPW a lancé un marché

 L’eau va encore devoir être purgée de nombreuses heures.
L’eau va encore devoir être purgée de nombreuses heures. ©ÉdA

public pour permettre à une société spécialisée dans la dépollution des cours d'eau de s'en occuper. La société UDH a été désignée et près d'une semaine après les faits, elle est toujours sur place pour s'occuper de cette pollution. «Dans un premier temps, la société NLMK nous a dit que cela ne venait pas de chez elle car elle prétendait que tout était en ordre de son côté. Mais voyant que la pollution perdurait, nous sommes retournés sur place pour faire quelques investigations et NLMK a reconnu qu'elle était à la base du problème avec une défaillance au niveau d'un équipement.» Ce que la société, via sa porte-parole, ne confirmait pas encore ce mardi (lire ci-dessous).

Depuis vendredi dernier, la société UDH travaille d'arrache-pied pour nettoyer le canal. «Heureusement, on ne déplore pas de mortalité chez les poissons alors que quelques citoyens ont parlé de deux ou trois oiseaux, certainement des cormorans, qui seraient décédés. De notre côté, on assure le suivi au niveau du Département de la nature et des forêts pour s'assurer de l'impact sur la faune et la flore.»

Quoi qu'il en soit, une fois que les auteurs auront été clairement identifiés, l'addition risque d'être salée. «Nous sommes en train de dresser les PV mais on parle ici d'une pollution de grande ampleur, continue Nicolas Yernaux. Les PV seront transmis au parquet et ce sera au juge d'instruction de déterminer la nature de l'infraction. Ça peut coûter très cher car l'interruption de la navigation a un coût: les bateliers ne peuvent plus faire leur travail, et des amendes sont prévues. On parle par exemple d'une astreinte de 25 000€ par heure de fermeture de la navigation. Plus les frais de la dépollution», conclut le porte-parole du SPW.

En raison de la pollution et afin de faciliter les opérations de nettoyage, le canal a été fermé à la navigation dès lundi, pour une durée probable de trois à quatre jours.

 Plusieurs pompes aspirent les hydrocarbures qui se trouvent dans le canal.
Plusieurs pompes aspirent les hydrocarbures qui se trouvent dans le canal. ©ÉdA

métier depuis une quarantaine d'années. Et des pollutions de cette importance, il n'en a pas connu beaucoup, même lorsqu'il travaillait sur la Meuse. «C'est très rare et à Ittre, ce n'est jamais arrivé depuis que je suis là. On a tout de même trouvé 150 m3 d'hydrocarbures, ce qui est énorme.» Et les conséquences sont multiples. «Nous allons devoir complètement nettoyer l'écluse aussi. En fait, c'est un peu comme une marée noire en mer mais à notre échelle. Il y a aussi des problèmes potentiels pour les bateaux qui sont à l'arrêt et qui vont être sales. Le souci, c'est qu'on ne sait pas encore si ce produit est corrosif ou pas. La société UDH est occupée à pomper les saletés depuis vendredi et ce n'est pas encore fini. Quant aux riverains, certains ont ressenti des odeurs.»

Il est clair qu'avant de voir à nouveau un bateau franchir l'écluse d'Ittre, il va encore falloir patienter un peu. «Lundi, ils ont travaillé jusqu'à 23 h. Je suis de nature optimiste mais cela va encore durer. Je ne pense pas qu'il y aura une avancée avant vendredi. J'ai d'ailleurs demandé aux bateliers et les affréteurs de me contacter jeudi afin de savoir ce qu'il en sera mais ils ne doivent pas se faire d'illusion. La société est toujours en train de ramasser les crasses avec plusieurs pompes. Tout cela est aspiré et ensuite placé dans des conteneurs. Donc pour le moment, on est à l'arrêt», conclut le chef de poste de l'écluse ittroise.

La société NLMK dit que le problème ne vient pas d’elle et cherche les causes

Pour la société sidérurgiste, le problème ne viendrait pas de chez elle mais de la péniche qui a coulé la semaine dernière.

Pointée du doigt, la société NLMK, dont les installations s'étalent à la fois sur Ittre et sur Clabecq, tempère et essaye, elle aussi, de trouver les causes de cette importante pollution. «Pour revenir sur les faits, il y a une semaine, une péniche d'habitation a coulé et celle-ci se trouvait juste en face de la zone de pompage de notre usine, explique Maurine de Rémont, porte-parole de NLMK. Plusieurs experts sont venus sur place et privilégient une autre piste. En fait, notre système de filtration de l'eau aurait été contaminé par la péniche qui a coulé la semaine dernière. En quelque sorte, nous aurions aspiré la pollution de la péniche qui aurait ensuite pollué notre système interne. Mais les analyses continuent…»

Si aucune fuite ni défectuosité n'a été détectée du côté de NLMK, l'entreprise dit mettre, elle aussi, tout en œuvre pour contrer la pollution. «Dès que nous avons été informés, nous avons mis en place des mesures de précaution et nous avons prêté notre assistance. Un système de pompage de l'eau a été mis à disposition, tout comme des barrages flottants qui ont été installés par nos soins. Des échantillons ont été prélevés et sont encore en cours d'analyse. Nous essayons de collaborer au maximum et dans les chiffres dont nous disposons, qui remontent à 15 ans, nous n'avons jamais noté un tel dysfonctionnement. Mais je le répète: aucune fuite ni aucune perdition n'a été détectée dans nos installations» conclut Maurine de Rémont.

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