«Les Pouilles, une usine à castrats»

Passionné par son sujet, Dominique Corbiau explique que la région italienne des Pouilles était aux XVIIe et XVIIIe siècles une véritable usine à castrats.

A.B.

«On les fabriquait à la chaîne, mais il y avait beaucoup de déchets… On opérait les gamins vers 7 ou 8 ans. Les enfants n’étaient pas sûrs de survivre à l’opération, étant donné les conditions d’hygiène. Ensuite, ça ne donnait pas toujours les résultats biologiquement escomptés. Enfin, pour en faire de beaux et bons interprètes, on leur inculquait une éducation de haute volée que tous n’étaient pas capables de suivre. Finalement, on avait un bon castrat que lorsque tous ces éléments étaient réunis. Autant dire, pas souvent…»

Mais quand un castrat était né, sa voix atteignait des sommets de grâce:«C'était une voix qui combinait celle d'un homme, d'une femme et d'un enfant. Physiquement, on touchait au divin: pas de pilosité, des corps particuliers… Ils étaient tellement baroques. C'était le Graal pour les gens de l'époque.»

Avec sa voix de contre-ténor, Dominique Corbiau possède la tessiture qui se rapproche le plus de celle des castrats, mais… «S'ils existaient encore, je ne monterais jamais sur une scène. Ils étaient inégalables. Beaucoup plus puissants et plus spectaculaires que n'importe quel chanteur!»