Un coup dans le thorax de son compagnon

Le couple, aujourd’hui séparé, est à la fois victime et prévenu dans ce dossier de violence conjugale, sur fond d’assuétudes dont l’alcool.

Catherine Dethine
 Elle lui a donné un coup de couteau dans la poitrine, il l’aurait poussée dans l’escalier.
Elle lui a donné un coup de couteau dans la poitrine, il l’aurait poussée dans l’escalier. ©pixarno - stock.adobe.com

Ces deux-là se sont retrouvés quelque 30 ans plus tard via les réseaux sociaux. Des retrouvailles qui se sont vite avérées explosives car chacun a ses démons. Et cela se termine bien souvent par des coups.

Néanmoins, le 20 août, le scénario s’est corsé. "Parce qu’elle en avait marre", cette Jamboise (née en 1966) a planté son compagnon dans le thorax avec un couteau. Sans issue fatale, fort heureusement. Elle risque un an. Lui 12 mois. Il a des antécédents spécifiques.

Le dossier se décline en deux citations. La première vise des faits qui prennent place dans la maison du compagnon à Jemeppe où ils résidaient à l’époque. Nous sommes le 3 juillet 2018. Le prévenu rentre de formation, passablement énervé. Le ton monte. Il tente d’étrangler sa compagne. Pour qu’il la lâche, elle le tire par la barbe. Sur ce, il lui met un coup de boule "pour se défendre".

La seconde scène se déroule le 20 août 2019. "Je gardais mes petits-enfants, explique la dame. Il était passé 19 h. On avait déjà soupé et j’étais en pyjama." Le compagnon qui subodore qu’elle a bu, l’agresse verbalement. Il nie les coups. Elle prétend le contraire: "J’en ai eu marre. J’ai été prendre un couteau dans la cuisine pour qu’il se taise. Je ne voulais pas viser le cœur. Je regrette.", explique-t-elle. Ce n’est que le lendemain qu’il se rendra à l’hôpital.

Second volet: une citation directe de la compagne qui déclare avoir été poussée dans l’escalier par son compagnon. C’était le 30 septembre 2017. Mais là, pas de plainte ni de témoins si ce n’est les deux voisins réquisitionnés pour la conduire à l’hôpital où on diagnostique plusieurs fractures au bras droit. Ce qui lui occasionne une incapacité de plus de 4 mois. L’auteur présumé nie en bloc.

Requalification

Pour la substitute Hélène Mascart, la tentative de meurtre peut faire l’objet d’une requalification en coups et blessures volontaires. Elle requiert un an avec sursis probatoire. Quant au prévenu, le parquet demande 12 mois et un suivi pour sa violence et ses addictions (alcool et stupéfiants).

Me Donceel, qui défend les intérêts de la compagne, parle "d’un geste de survie" face aux violences, insultes et viols subis. Pour l’avocate namuroise, le coup de couteau, c’est de la légitime défense. Elle demande l’acquittement. Du côté de sa consœur, on met en lumière la grande précarité dans laquelle vivait le couple. "C’est parole contre parole". Quant à la chute dans l’escalier, il n’y a pas de preuve. "Madame serait déjà tombée seule alors qu’elle était ivre." Elle demande que son client bénéficie d’une série de conditions à respecter. Tous deux parties civiles, il demande un euro à titre provisionnel. Jugement le 5 décembre.