Cromioss veut faire parler l’évêque 775 ans après sa mort

Le tombeau de Jacques de Vitry, inhumé en 1241, a été ouvert hier à Aiseau. La démarche devrait permettre d’en savoir plus sur le mécène du trésor d’Oignies.

Benoît Wattier
Cromioss veut faire parler l’évêque 775 ans après sa mort
Ouverture tombeau J de Vitry ©ÉdA 30310679812 – J.P.D.K.

Un corbillard est stationné à proximité de l’église Sainte-Marie d’Oignies. À l’intérieur de l’édifice, des responsables ecclésiastiques, dont l’évêque de Tournai, sont présents. Pourtant, il n’y a ni funérailles, ni célébration religieuse. L’assemblée est d’ailleurs composée surtout d’historiens, de scientifiques et de journalistes… Car ce qui se passe est assez exceptionnel: le tombeau d’un évêque du XIIIe siècle, va être ouvert.

Inhumé en 1241

C’est que l’église paroissiale renferme le tombeau contenant les ossements de Jacques de Vitry, inhumé au prieuré d’Oignies en 1241. Un personnage qui intéresse beaucoup la Société archéologique de Namur (SAN). Le dignitaire religieux était aussi un mécène qui a grandement contribué à la réalisation du trésor d’Oignies, une des «sept merveilles de Belgique», conservé au Musée provincial des arts anciens du Namurois. Un trésor qui renferme également deux mitres attribuées elles aussi à l’évêque.

Un ambitieux projet scientifique

C’est, en tout cas, ce que la tradition historique rapporte, mais rien n’a jamais permis de le prouver. Ce que Cromioss pourrait faire. Ce projet scientifique a été mis sur pied par la SAN, présidé par Cédric Visart de Bocarmé, avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin, plus précisément par le Fonds Jean-Jacques Comhaire qui vise le développement de l’archéométrie.

Autrement dit, un ensemble de disciplines scientifiques visant à étudier le passé: l’archéologie, la biologie, l’anthropologie ou encore la physique nucléaire. Cette étude mobilise des scientifiques des universités de Namur et de Liège, de l’Institut du patrimoine artistique, de l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique, du Centre européen d’archéométrie, du Musée de la mode d’Anvers, du Service archéologique du SPW et de la KUL.

Concordance

Bref, il s’agit d’associer sciences humaines et sciences exactes pour espérer faire progresser les connaissances historiques. Une démarche encore assez rare. Dans le cas présent, l’objectif est d’analyser les deux sources – ossements et mitres – pour déterminer si elles appartiennent à la même personne. Cette concordance augmenterait la probabilité qu’il s’agisse de Jacques de Vitry.

Dans un premier temps, il s’agit donc de prélever des échantillons, d’étudier les ossements, de les analyser au carbone 14 pour les dater. Des échantillons d’ADN seront aussi prélevés sur les mitres pour les analyser. Dans un second temps, les fibres, colorants et autres techniques de tissage de celles-ci seront analysés à l’aide de procédés de pointe pour connaître leur provenance, le contexte de leur fabrication.

Les résultats, qui seront médiatisés, ne sont pas attendus avant plusieurs mois. On saura alors si Jacques de Vitry avait encore quelque chose à nous dire.