Avec ses maillots et leggings, la marque bruxelloise Kaly Ora part à la pêche au plastique

Les maillots de la marque bruxelloise Kaly Ora recyclent les filets de pêche fantômes qui dérivent dans les océans. Ses leggings, tops et brassières se chargent des bouteilles en plastique. Et en plus, ils sont branchés! Rencontre avec leur créatrice.

Avec ses maillots et leggings, la marque bruxelloise Kaly Ora part à la pêche au plastique
La marque bruxelloise Kaly Ora, fondée par Flore Carlier, recycle des filets de pêche et de bouteilles en plastique pour créer ses maillots de bain et tenues de loisirs sobres et branchés. ©Kaly Ora – ÉdA J. R.
Julien Rensonnet

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Avec ses maillots et leggings, la marque bruxelloise Kaly Ora part à la pêche au plastique

Non, il n’y a pas que des bouteilles et des pailles dans l’océan. Selon une étude largement médiatisée de l’ONG The Ocean Cleanup, la majorité des déchets dérivant dans les eaux mondiales est constituée de… filets de pêche. L’organisation néerlandaise

estime même leur proportion à 46 % dans le continent de plastique du Pacifique

. Selon le projet participatif français Ghost Med par ailleurs,

les filets et nasses représentent 10 % des déchets marins

.

C'est sans doute une goutte d'eau dans l'océan de la pollution, mais Flore Carlier lutte à sa manière contre ces "filets fantômes" qui emprisonnent les tortues et empoisonnent les poissons gobant leurs microplastiques. Comment? En recyclant des filets repêchés en mer dans sa gamme de… maillots de bain. Sa marque, Kaly Ora, a été mise à l'eau il y a 1 an et demi.

L’idée lui vient alors qu’elle vit en Thaïlande. "Je travaillais dans la mode, notamment sur les questions de durabilité. J’ai découvert cette technologie qui recycle les filets de nylon dérivant. En même temps, j’ai été estomaquée par la pollution ahurissante de ce pays. Et comme l’impact environnemental de la mode est assez horrible, j’ai voulu me lancer".

Flore Carlier plonge d’abord avec ces maillots élégants et réversibles. Plus récemment, la Saint-Gilloise est rejointe par Trang Nguyen. Ensemble, les Bruxelloises viennent de sortir une gamme de "loungewear" hyper tendance en ces temps confinés. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur leur démarche.

Des plongeurs récupèrent les «filets fantômes».
Des plongeurs récupèrent les «filets fantômes». ©whitcomberd – stock.adobe.com

Kaly Ora collabore avec l'ONG Healthy Seas. "Elle travaille avec des pêcheurs du monde entier qui récupèrent des filets de pêche en mer", résume Flore Carlier. Les filets sont ensuite transformés en nylon de seconde main. Une seconde usine fait de ce nylon un tissu polyamide. C'est ce tissu qu'utilise une 3e usine, à Bali, où la Bruxelloise fabrique ses maillots et bikinis réversibles.

Les poissons disparaissent de certaines eaux. Les pêcheurs locaux en perdent leurs gagne-pain. Alors, on leur demande parfois de pêcher… du plastique.

Healthy Seas n’est pas la seule ONG active pour "nettoyer" les flots. Leurs activités s’inscrivent dans un contexte global où le plastique envahit toujours plus les mers alors que les réserves de poisson fondent. "Sur certaines côtes, le poisson se tarit car les gros bateaux pêchent toujours plus au large", déplore la Saint-Gilloise. "L’écosystème change, les petits pêcheurs locaux perdent leurs gagne-pain. C’est pourquoi on leur demande parfois de pêcher… du plastique". De pêcheurs, ils deviennent éboueurs des mers.

2. Des tenues "loungewear": c’est quoi?

Le «loungewear» Kaly Ora n’a pas de couture. Il se porte à la maison, pour le fitness ou le yoga. Son élégante sobriété peut aussi en faire une tenue branchée.
Le «loungewear» Kaly Ora n’a pas de couture. Il se porte à la maison, pour le fitness ou le yoga. Son élégante sobriété peut aussi en faire une tenue branchée. ©Kaly Ora

"La saison du maillot ne dure que 3 mois en Belgique. J’ai donc lancé un deuxième projet à base d’un autre tissu. Il recycle cette fois des bouteilles en plastique". Cette gamme de vêtements basiques en nylon sans couture, aux tons pastels branchés, l’entrepreneuse de 29 ans la qualifie de "loungewear". Soit des vêtements d’intérieur, tops, brassières et leggings bien confortables, qui trouveront d’autant plus preneuses qu’on s’habitue désormais au confinement. "On ne voulait pas se limiter au “sportswear”, mais concevoir une tenue super confortable pour rester à la maison. Pas mal de clientes les portent aussi pour le yoga. Et j’espère qu’au printemps, quand on ressortira, on le portera comme un ensemble cool, avec une petite veste au-dessus".

3. Quel impact?

Dans la mode, les maillots et le sportswear sont toujours fabriqués à base de plastique: un coton serait trop lourd et mettrait trop de temps à sécher. Aussi, utiliser un plastique recyclé dans la conception des gammes Kaly Ora limite fortement son impact. "Pour mes tenues loungewear, j’ai recyclé 36.000 bouteilles. J’ai épargné 600 litres de pétrole, diminué l’impact CO2 de 20% et baissé de 99% l’utilisation d’eau", additionne Flore Carlier.

4. Pourquoi pas Bruxelles?

Les maillots Kaly Ora sont produits à Bali. Ses leggings et tops à Istanbul. Pourquoi ne pas les fabriquer à Bruxelles? "La flexibilité est plus grande à Bali", justifie la fondatrice. "Je peux y commander 30 unités alors qu’en Europe, c’est minimum 200 par lot". Avec 1800 maillots fabriqués jusqu’ici et 1000 prévus pour 2022, Kaly Ora reste modeste. Elle a donc besoin de la plus grosse flexibilité possible dans ses stocks de modèles, tailles et tons. Bien sûr, la main-d’œuvre est moins chère en Asie ou Turquie. "Mais ce n’est pas uniquement financier: ce que je gagne en confection, je le repaye en transport et droits de douane".

Les maillots Kaly Ora sont fabriqués à Bali, les tops et leggings à Istanbul.
Les maillots Kaly Ora sont fabriqués à Bali, les tops et leggings à Istanbul. ©Kaly Ora – ÉdA J. R.

Flore Carlier réfléchit donc à rapatrier sa production au Portugal ou dans les pays de l’Est. Mais reconnaît que "Bruxelles n’est pas gérable: c’est trop cher". Et puis, la Bruxelloise garde un rêve: "J’ai vécu en Thaïlande, à Hong Kong…: une petite partie de moi reste en Asie. Je pense y retourner". Et de susurrer que Bruxelles pourrait servir de base pour le lancement d’une gamme lingerie.

5. Mais au fait, pourquoi Kaly Ora?

Kaly Ora, "c’est un hommage à l’île grecque de Kalymnos, où j’ai passé pas mal de vacances", décrypte la jeune femme. La marque s’inspire aussi de l’expression grecque "i ora i kali" qu’on lance pour souhaiter des bons moments et un futur radieux. Avec moins de plastique dans les océans?

 Un futur radieux pour les maillots de bain bruxellois Kaly Ora?
Un futur radieux pour les maillots de bain bruxellois Kaly Ora? ©Kaly Ora
Avec ses maillots et leggings, la marque bruxelloise Kaly Ora part à la pêche au plastique