Inspirée des recettes de sa grand-mère, Gaële lance Rum Babs, un rhum arrangé infusé de son Madagascar natal

Bananes, ananas, vanille, cannelle…: le rhum arrangé de la Bruxelloise Gaële Sary fait oublier la grisaille pour le soleil de Madagascar. Inspirés des recettes familiales, les punchs de Rum Babs sont généreux aussi pour les producteurs de l’île rouge.

Julien Rensonnet

Enfant, à Madagascar, Gaële Sary a recueilli une petite maki abandonnée par sa mère. Sans doute le lémurien à l’iconique queue zébrée s’est-il gavé des fruits du jardin de Constance, la grand-mère de la Schaerbeekoise. "Dans la cour poussaient des mangues, des litchis, des bananes, des ananas, d’énormes avocats… Et de la vanille aussi". Ces fruits ne faisaient pas le plaisir unique du primate. "J’ai toujours vu ma grand-mère préparer le rhum arrangé", se souvient la Bruxelloise. "Et chez mes taties, je voyais des pots et des pots qui macéraient. Parfois pendant 2 ans ou plus".

J’ai toujours vu ma grand-mère préparer le rhum arrangé. Et chez mes taties, je voyais des pots et des pots qui macéraient.

Sous la drache bruxelloise, en pleine saison des navets et choux de Bruxelles, le rhum arrangé de Gaële agit comme un last minute pour le Tropique du Capricorne. Et rafraîchit des effluves du glühwein qui montent des Plaisirs d’Hiver. "Je me suis inspirée des recettes de ma grand-mère, mais réinterprétées à ma façon. A Madagascar, on ajoute pas mal de sucre car le rhum pur y est très fort. Moi, je pense que la sucrosité des fruits suffit", confie la fondatrice de Rum Babs. "Et puis, c’est tendance". Bien plus branché que le betsabetsa, vin de cannes malgache dont le rhum arrangé tire son origine. Et que l’ancienne femme de chambre devenue chef d’équipe d’une enseigne bruxelloise de restauration laisse à ses souvenirs d’enfance.

 Gaël Sary a «emprunté» ses recettes à sa grand-mère Constance, auprès de qui elle a grandi à Madagascar. «Mais elle ajoutait beaucoup plus de sucre car le rhum là-bas est très fort».
Gaël Sary a «emprunté» ses recettes à sa grand-mère Constance, auprès de qui elle a grandi à Madagascar. «Mais elle ajoutait beaucoup plus de sucre car le rhum là-bas est très fort». ©ÉdA – Julien RENSONNET

Pitikys , cannelle, litchis…

Ces eaux-de-vie safran sont commercialisées depuis mars 2021 en deux variétés, dans un contexte où la popularité du punch décolle en Europe. "J’offrais des bouteilles à des amis, qui en redemandaient toujours plus. Donc pendant le corona, je me suis lancée". Ornés d’un baobab et d’un maki, les flacons rendent hommage à son île rouge natale. "Tous mes fruits viennent de Madagascar, sélectionnés chez des petits producteurs. Pour l’un, j’utilise des pitikys, petites bananes séchées au soleil. J’ajoute gingembre, vanille et cannelle Ceylan, beaucoup plus douce et fine que la cannelle cassia chinoise. Pour l’autre, baies roses et vanille bourbon épicent l’ananas. Mais je ne vous dirai pas comment j’entre les rondelles dans la bouteille".

Ainsi augmenté de ses trésors à allécher les pirates de romans d’aventures, le rhum d’un petit producteur malgache tenu secret "tant la concurrence est sévère" patiente "entre 3 et 6 mois" sur leurs étagères de Schaerbeek. Les rejoindront très vite plusieurs autres recettes. Dont une édition spéciale aux litchis impossible à produire toute l’année vu la saisonnalité hivernale extrêmement courte des rugueux cœurs cramoisis. Elle sera dégustée "en avril ou mai".

Vous la voyez, cette gousse de vanille qui diffuse son parfum dans la bouteille?
Vous la voyez, cette gousse de vanille qui diffuse son parfum dans la bouteille? ©ÉdA – Julien RENSONNET

Makis et bois rose

Loin des multinationales de l'apéro distribuées en supermarché, Rum Babs se positionne sur un segment premium. Une bouteille de 700ml coûte 45€, une mignonnette de 100ml 10,50€. Mais à ce prix-là, vous financez aussi les causes que soutient Gaële: l'éducation des enfants malgaches dès maintenant, et plus tard la conservation du bois rose et des makis, en voie d'extinction. Car comme ses breuvages, la Schaerbeekoise d'adoption est généreuse. "Je voudrais acheter des terrains à Madagascar pour verser un salaire équitable aux producteurs de mes fruits. Rum Babs est aussi une façon pour moi de parler des injustices et de cette pauvreté que j'ai moi-même vécue".

Je voudrais acheter des terrains à Madagascar pour verser un salaire équitable aux producteurs de mes fruits

Et si vous doutez de la qualité de Rum Babs, sachez que les recettes ont été approuvées par la famille de Gaële à Madagascar. "J’attendais leur bénédiction. Les bouteilles sont parties là-bas, mais elles ne sont pas revenues!"

 Sur les étiquettes de Rum Babs, Gaële envoie un clin d’œil au petit Maki qu’elle avait recueillie lorsqu’elle était enfant. Elle souhaite désormais s’investir dans la protection de ce petit lémurien typique de Madagascar, en voie d’extinction.
Sur les étiquettes de Rum Babs, Gaële envoie un clin d’œil au petit Maki qu’elle avait recueillie lorsqu’elle était enfant. Elle souhaite désormais s’investir dans la protection de ce petit lémurien typique de Madagascar, en voie d’extinction. ©ÉdA – Julien RENSONNET